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Anciens délégués du Québec

13 novembre 2017

Donald Trump n’est qu’un maillon de l’histoire

26 août 2017 | Ginette Chenard - Coprésidente de l’Observatoire sur les États-Unis et ancienne déléguée du Québec à Atlanta | États-Unis

Photo: Andrew Caballero-Reynolds AGence France-PresseDes manifestants du Ku Klux Klan à Charlottesville, en Virginie, le 8 juillet dernier

Dans la foulée des manifestations à Charlottesville, le refus du président Donald Trump de condamner sans équivoque les suprémacistes blancs responsables de la violence a choqué plus d’un Américain. Il concédait ainsi à l’intolérance et au racisme une légitimité indue tout en portant atteinte aux préceptes de la moralité au coeur du projet démocratique américain.

 

Le plus troublant, c’est que cet état des choses n’est pas nouveau. Le président américain n’est pas le premier populiste à exacerber le racisme, ce grand mal national : il s’inscrit plutôt comme le dernier maillon de ce long et apparemment interminable chapitre de l’histoire américaine débutant avec l’esclavage, il y a près de 400 ans. Depuis, le scénario du ressentiment et du déni à propos de la question raciale a survécu à plusieurs crises passagères.

 

La présidence de Barack Obama a confirmé ce racisme aussi vicieux que pernicieux qu’on aurait cru inconcevable au XXIe siècle. En outre, elle a été le prétexte conjoncturel de la recrudescence du militantisme politique de plus d’un millier de groupes haineux rassemblant suprémacistes blancs, membres du Ku Klux Klan, néoconfédérés, néonazis, etc., ceux-là mêmes qui ont revigoré les chimères populistes de Trump et facilité son élection.

 

Cet état de fait historique s’est constamment reproduit, à l’exception de deux moments de rupture : la guerre de Sécession et les mouvements des droits civiques. Fort de sa pluralité, le peuple américain a alors rejeté le statu quo racial par simple moralité, en s’appuyant sur les valeurs libérales fondatrices d’égalité, de justice et de droit au bonheur pour tous. En acceptant des interventions politiques et militaires massives, la nation en crise a permis des virages raciaux progressistes. L’opiniâtreté politique du président Abraham Lincoln, inégalée à ce jour, a mené à la rédaction de la Proclamation d’émancipation des Noirs en pleine guerre civile ; de même, il faut saluer le courage politique du président Lyndon B. Johnson, l’instigateur des lois sur les droits civiques et d’une myriade de programmes antidiscrimination visant à en finir avec les agressions sauvages contre les Noirs du Sud. En revanche, entre 1876 et 1964, la complaisance de présidents populistes, tels Wilson ou Taft, à l’égard des régimes ségrégationnistes sudistes n’a été surpassée que par le discours démagogique cru et l’obsession tyrannique des élites suprémacistes blanches du Sud.

 

Cependant, depuis l’abolition de la ségrégation, aucun président, à l’exception de Donald Trump, n’a osé déroger aux règles élémentaires de l’autorité morale présidentielle en cautionnant publiquement le suprémacisme blanc. Parallèlement, aucun président n’a réussi à construire solidement des ponts entre les deux communautés ni à lancer une « conversation » nationale au sujet d’une question raciale jugée urgente par nombre d’Afro-Américains.

 

Y a-t-il crise présentement ?

 

Après Charlottesville, certains observateurs ont soulevé l’hypothèse du déclenchement imminent d’une « nouvelle forme de guerre civile ». En effet, les propos du président Trump ont provoqué un raz-de-marée : manifestations antiracistes mêlant Blancs et Noirs, démissions de gens d’affaires influents, dénonciations de militaires haut gradés et même dissensions entre les élus républicains, tous indignés en fonction de leur conscience morale. Sans compter le démantèlement furtif de quelques symboles sécessionnistes parmi les milliers qui tapissent le Sud.

 

Les Américains, démocrates et républicains, Noirs et Blancs, sont généralement divisés sur ce dernier point. Donnant raison à Trump, au moins deux Américains sur trois appuient ce pavoisement au nom de la fierté sudiste et de l’histoire. Ce constat témoigne d’un attachement ambivalent, pourtant insoutenable, envers des emblèmes idéalisant l’esclavagisme. De plus, un enseignement partial et mensonger de l’histoire dans les écoles démontre l’endurante fracturation politique du pays. Néanmoins, la perspective d’une soi-disant nouvelle guerre civile au nom du maintien ou pas des symboles sécessionnistes demeure improbable.

  Pour autant, une « nouvelle guerre culturelle » s’annonce-t-elle ? À l’instar de Reagan et d’autres républicains, Trump a fidèlement repris les slogans « Make America Great Again » et « Take Back Our Country ». En plus de fouetter indûment la nostalgie populaire à propos de valeurs traditionnelles caractéristiques du Sud, Trump s’inscrit comme le plus récent acteur de la mutation apparemment indomptable du Parti républicain vers un conservatisme de plus en plus radical et extrémiste.

 

La poursuite d’un conservatisme social et fiscal de droite, d’un combat implacable contre le libéralisme, de la « déconstruction du gouvernement » et de manipulations politiques racistes et ethniques à des fins de conquêtes électorales partisanes oriente toujours le programme du Parti républicain. Un renversement subit et retentissant des gains pour le contrôle de « l’âme américaine », en faveur d’un Parti démocrate à la recherche d’un nouveau souffle, apparaît peu vraisemblable. En somme, les échauffourées raciales de Charlottesville ou les excès suprémacistes de Trump ne font pas craindre une « nouvelle crise de la moralité ». Ces thèmes vont bientôt disparaître de l’embarras populaire.

 

Il en est autrement du manque d’autorité morale chez Donald Trump, sans parler de sa compétence. Une pléiade de facteurs conjoncturels irritent et effraient plusieurs Américains, du désengagement de l’État en matière de politiques de bien-être général à la perte d’influence du pays dans le monde. La croissance d’un sentiment d’insécurité illustre encore mieux le déshonneur national et international que le président Trump fait subir aux Américains.

 

Le nouveau triangle Quebec-Canada-Etats-Unis

Chères et chers collègues

À l'invitation de la présidente Suzanne ÉTHIER, je vous fais suivre son message

 " Suite à l'article suivant  paru dans Le Devoir du 4 fevrier dernier (2017)

 http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/490845/le-quebec-face-a-donald-j-trump-le-nouveau-triangle-quebec-canada-usa

 

Je souhaiterais faire suivre aux membres de l'AADQ la réaction de Francois Lebrun (en attaché),cela permettrait à d'autres membres de réagir ou d'interagir sur cette question". 

 ----------------------------

Bonsoir Guy,
J'ai lu avec beaucoup d'interet l'article que tu as co-signe dans le Devoir de ce matin..
Je  suis tout a fait d'accord avec la teneur de cet article ,notamment lorsque que tu ecris
'que le Quebec doit profiter de toutes les tribunes pour faire valoir nos points de vue et nos interets ; a  cet egard,selon mon experience, la conference des PM de l'Est du Canada et des Gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre est un endroit  privilegie pour 'veiller aux interets  des entreprises quebecoises qui exportent dans ce tres important 'marche'  voisin du Quebec
En outre
..le gouvernement du Quebec et ,comme tu le suggeres,le milieu d'affaires pourraient " utiliser " davantage cet organisme regional pour faire valoir son point de vue a Washington par le biais de Gouverneurs qui ont de l'influence on Capitol Hill ,le Gouverneur Republicain du Maine,! De facon precise,je pense que le MRI et AMCHAM-Quebec pourraient organiser au cours  des prochains mois des missions economiques aupres des leaders politiques de la Nouvelle-Angleterre qui ont de l'influence on Capitol Hill ( Gouverneurs ainsi que Senateurs et representants 'republicans' de  la Nouvelle-Angleterre qui siegent a Washington!

je suis egalement d'accord avec ta suggestion de creer 'une chaire de recherches sur les relations Quebec -USA,,idealement une chaire interuniversitaire,,avec secretariat dans une universite qui accueille beaucoup d'etudiants americains,,vu son experience d'universitaire et de delegue general du Quebec a New-York,je pense que John Parisella a le profil ideal pour presider cette chaire,,,
Evidemment comme tu   le mentionnes,il faut etre davantage present a Washington, ..sans doute par le biais de la delegation du Quebec,,mais egalement,,je dirais meme surtout ,par une presence accrue du milieu des affaires quebecois via des firmes de lobbyistes qui jouent un role tres tres important  on Capitol Hill..
Et voila les quelques commentaires  que ton article a suscite de ma part
Quant a moi,nonobstant l'election de Monsieur Trump.je demeure optimiste quant a l'avenir de nos relations avec les USA,,en effet l'histoire de la Nouvelle-France et  du Quebec demontre que malgre la conjoncture et les obstacles de divers ordres,de tres nombreux  entrepreneurs quebecois se sont 'debrouilles'  pour traverser la frontiere et reussir sur  le marche americain'
A la prochaine
Francois

 

Beaudoin Louise

Le Québec isolé www.cyberpresse.ca (opinions)   7 décembre 2009

Le Moulin à paroles - La reconquête de la dignité Le Devoir (opinions)   17 septembre 2009

Que le vrai Jean Charest se lève Le Devoir, jeudi 22 décembre 2005

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La mesure du défi budgétaire  Le Devoir, mardi 27 octobre 2009

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Le métier de diplomate québécois  Histoire des Relations internationales du Québec

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Tirons profit du rapport Bastarache (Le Devoir  25 janvier 2011 Québec)

La controverse autour de la bataille des Plaines d’Abraham

Jeux de guerre Le Devoir (opinions)   31 janvier 2009

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LES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION:  24 septembre 1997

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Réinventer la gouvernance Le Devoir (opinions)   1er février 2010

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La francophonie: une union géoculturelle en formation OPTIONS POLITIQUES, juillet-août 2008

Du «ni-ni» au «bling-bling»   Le lundi 28 avril 2008 – La Presse

«  Mario Dumont à Paris »  Idées  du Devoir  le 14 février 2008

L'interventionnisme américain ou le brouillage de l'action du Québec  Le Devoir samedi 25 2003

Léger Jean Marc

La revanche des Patriotes Le Journal de Montréal    20 mai 2009

Une commission aussi futile que son objet Lettres au Devoir   19 septembre 2007

Abolir enfin les « commissions scolaires » Lettres au Devoir   14 septembre 2007

Le PQ doit se repenser et se relancer Lettres au Devoir   29 mars 2007

 

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Préserver les héritages menacés l’Aut’Journal - www.lautjournal.info   23 novembre 2009

La science économique n’est pas une science exacte  www.lactualite.com   3 août 2009

Les prédateurs du monde financier

Hommage à Gaston Laurion Tribune libre de Vigile   29 décembre 2008

J’ai l’intention de saisir la Cour supérieure du Québec Tribune libre de Vigile   21 août 2003

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Forum organisé par la Société du patrimoine politique du Québec  (SOPPOQ)

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 Discours du consul général de France, Nicolas Chibaeff.

 

«Ranimer le désir de France   » 

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6 mai 2011

ALLOCUTION DE LA MINISTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES ET MINISTRE RESPONSABLE DE LA FRANCOPHONIE,  MADAME MONIQUE GAGNON-TREMBLAY À LA RÉCEPTION OFFERTE PAR L’ASSOCIATION DES ANCIENS DÉLÉGUÉS DU QUÉBEC

Robitaille Antoine

24 décembre 2005

Pettigrew défend la nomination de Licari à Paris; Landry et Michaud la dénoncent Le Devoir, samedi 24 décembre 2005

La nomination à Paris d'un ami de Charest est contestée - L'Association des anciens délégués du Québec prépare une lettre de protestation   LE DEVOIR Édition du jeudi 22 décembre 2005

Vaugeois  Denis

22 décembre 2005

Lettres: Bouchard en eaux troubles   Sillery, le 27 décembre 2005

 

ALLOCUTION

DE LA MINISTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES

ET MINISTRE RESPONSABLE DE LA FRANCOPHONIE,

MADAME MONIQUE GAGNON-TREMBLAY

À LA RÉCEPTION OFFERTE PAR

L’ASSOCIATION DES ANCIENS DÉLÉGUÉS DU QUÉBEC

Salle du Manège de l’hôtel Château Laurier

Québec, le jeudi 26 mai 2011

Mesdames, messieurs les anciens délégués

Mesdames, messieurs les chefs de poste,

Chers amis,

On a répété plus d’une fois que la diplomatie québécoise est jeune. La preuve que notre tradition diplomatique est récente, elle est ici. En effet, celles et ceux qui l’ont bâtie, celles et ceux qui l’ont inventée, celles et ceux qui ont mis au point sa pratique se réunissent régulièrement.

Peu de sociétés peuvent en dire autant.

Vous représentez, certes, un groupe hétérogène. Certains étaient actifs il y a encore très peu de temps. D’autres ont laissé la carrière il y a déjà quelques lustres.

Cela permet sans doute de riches échanges. Et je n’ose imaginer la quantité d’anecdotes.

La somme des compétences que l’on trouve ici, ce soir, est exceptionnelle. Vous représentez en outre, collectivement, une belle diversité de régions du monde.

Vous avez connu, parfois de très près, plusieurs sociétés et ce sur tous les continents. Vous en avez connu, souvent personnellement, les protagonistes. Bref, vous avez été témoins de l’histoire. Vous en avez conservé un regard précieux puisqu’on ne peut comprendre le présent sans référer au passé, surtout récent.

Vous avez été les artisans d’une diplomatie québécoise qui s’est bâtie, qui s’est faite avancée après avancée.

Certains d’entre vous êtes de celles et ceux qui ont dégagé notre diplomatie de sa phase artisanale, de cette époque où l’enthousiasme et la passion palliaient un professionnalisme à parfaire, où il fallait inventer et s’aventurer sur des chemins non balisés, où l’imagination et la créativité compensaient la modestie des moyens.

Vous avez porté cette diplomatie québécoise plus haut et plus loin et nous travaillons dans votre foulée.

Vous représentez une mémoire précieuse. Le ministère des Relations internationales a créé un fonds documentaire destiné à recueillir et classer les archives, permettant de constituer une véritable mémoire de l’action internationale du Québec et avons encore des chapitres à écrire dans la chronique de cette fabuleuse aventure.

À titre d’anciens délégués, vous êtes en mesure d’offrir à la relève vos connaissances, le recul et la perspective qui appartiennent à celles et à ceux qui se sont retirés des affaires et qui ne sont plus accaparés par les décisions

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quotidiennes, qui sont dégagés du travail de tous les instants que suppose cette fonction de représentant du Québec.

Il y a aujourd’hui une génération une nouvelle génération qui vient poursuivre cette tradition des relations internationales du Québec.

Les jeunes qui, tranquillement, investissent notre ministère n’ont aucune idée de ce qu’est un télex et seraient abasourdis d’apprendre qu’on ne pouvait suivre une soirée d’élections qu’au moyen d’ondes courtes grésillantes ou qu’un coup de fil pouvait grever un budget.

Mais ils ont une formation en relations internationales, ils parlent parfois plusieurs langues et ont beaucoup voyagé. Ils sont manifestement outillés pour porter cette action internationale encore plus loin.

Les interventions du Québec à l’étranger ont longtemps fait sourciller. L’évolution des affaires du monde a confirmé leur pertinence.

Je vous redis aujourd’hui ma fierté de faire partie d’une organisation qui permet au Québec, grâce à cet héritage et à cette tradition de qualité, de compétence, de professionnalisme tout autant que d’engagement que vous avez contribué à façonner, de prendre sa place dans le monde.

Je vous remercie.

 

  OPINION

La mesure du défi budgétaire 

    

Denis Bédard, Économiste,

ex-président de la Commission nationale sur les

finances et la fiscalité locales,

l'auteur a été secrétaire du Conseil du Trésor 



 

Le Devoir

Édition du mardi 27 octobre 2009

 

Dans la recherche de solutions à l'impasse budgétaire du gouvernement du Québec pour les prochaines années, il me semble utile de montrer l'ampleur du défi qui nous attend en mettant en relation l'évolution des déficits prévus, la croissance des revenus et des dépenses ainsi que le niveau de notre endettement.

 

La stratégie du gouvernement est basée sur un scénario financier quinquennal pour la période 2009-2010 à 2013-2014. Dans ce scénario, on constate que le déficit pour l'année en cours atteindrait 3,9 milliards de dollars, qu'il augmenterait à 4,8 et 5,6 milliards au cours des deux années suivantes et qu'il se stabiliserait par la suite à 6 milliards. Pour apprécier ce scénario, il est utile de retourner en arrière et d'analyser l'évolution récente de la situation financière, sans tenir compte toutefois de la technique de la réserve budgétaire qui a été utilisée pour compenser les variations des résultats d'une année à l'autre.

 

Ainsi, en 2007-2008, le budget enregistre un surplus de 1 milliard de dollars, mais l'année 2008-2009 connaît un revirement important, car le budget se solde par un déficit de 2 milliards, ce qui constitue une détérioration de 3 milliards d'une année à l'autre. Avant recours à la réserve budgétaire, on prévoit sur la même base pour 2009-2010 un déficit de 4,2 milliards de dollars, soit une nouvelle détérioration de 2,2 milliards. La situation financière du gouvernement s'est donc dégradée de 5,2 milliards de dollars en deux ans.

 

Baisse des coûts

 

Cette dégradation s'explique par deux facteurs: d'une part, de 2006-2007 à 2009-2010, les revenus autonomes diminuent progressivement de 49,7 milliards à 47,4 milliards et, d'autre part, les dépenses de programme augmentent de 51,7 à 60 milliards de dollars. L'évolution divergente que connaissent ces deux éléments cruciaux du budget a été en partie compensée par une baisse des coûts du service de la dette découlant de la baisse des taux d'intérêt et de la croissance des transferts fédéraux faisant suite aux discussions sur le déséquilibre fiscal. Mais le résultat net de cette évolution est que nous faisons face désormais à un trou financier. Il s'agit de la première cause de l'impasse à laquelle on fait maintenant face.

 

Pour les années suivantes du scénario budgétaire, à savoir 2010-2011 à 2013-2014, on voit une reprise de la croissance des revenus autonomes, mais elle est accompagnée cette fois d'une stagnation des transferts fédéraux et d'une croissance du service de la dette dont les coûts bondissent de 6,1 milliards en 2009-2010 à 9,4 milliards en 2013-2014.

 

Pour essayer de stabiliser le déficit à environ 6 milliards, l'objectif de croissance des dépenses de programme à partir de 2010-2011 est fixé à 3,2 % alors que la moyenne des trois années précédentes est de 5,1 %. Devant la hausse incontournable des dépenses de santé qui est de l'ordre de 5,5 % et l'évolution des dépenses d'éducation qui augmentent annuellement d'environ 3,5 %, les crédits des autres ministères devront être complètement gelés durant les quatre prochaines années pour respecter la limite globale de 3,2 %, situation qui se traduirait évidemment par une baisse des services compte tenu de la hausse des prix et des salaires.

 

Il n'y a évidemment aucune marge de manoeuvre dans ce scénario financier qui est basé sur des hypothèses fragiles compte tenu des incertitudes de la conjoncture économique. Les risques touchant à la fois l'évolution des revenus et des dépenses pourraient avoir un impact combiné significatif sur le déficit à court terme. Par exemple, en ce qui concerne seulement les dépenses, si leur croissance moyenne était de 4,2 %, soit 1 % de plus que l'objectif de 3,2 %, en se rappelant qu'elle fut de 5,1 au cours des dernières années, la prévision du déficit serait en 2013-2014 de 8,6 milliards au lieu de 6 milliards. Cela donne une idée de l'ampleur des risques, surtout à la veille du renouvellement des conventions collectives.

 

L'endettement du gouvernement

 

L'endettement est l'autre aspect inquiétant de l'impasse financière du gouvernement. Au 31 mars 2009, la dette brute était rendue à 151,4 milliards de dollars, ce qui équivalait à 49,9 % du PIB du Québec. Quel que soit le concept de dette utilisé (brute, directe ou nette), le Québec est de loin la province la plus endettée au Canada. Sauf la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve à 33 %, toutes les autres provinces ont une dette brute inférieure à 30 % du PIB. Si le Québec était à ce niveau de 30 %, la dette brute serait seulement de 90 milliards de dollars et le /a>service de dette coûterait en proportion 2,5 milliards de moins pour l'année en cours. On ne pourra jamais avoir une fiscalité compétitive tant que ce problème existera.

 

L'accroissement de la dette durant la période 2009-2014 dépendra des déficits qui seront encourus, mais aussi du financement qui sera nécessaire pour la réalisation du Plan québécois des infrastructures dont le total des investissements sera de 41,8 milliards entre 2008 et 2013. En tenant compte de l'ensemble des besoins de fonds du gouvernement, le scénario financier prévoit une hausse de la dette brute de 8,9 milliards en 2009-2010 et de 9,9 milliards en 2010-2011. La dette atteindrait ainsi 170,2 milliards de dollars au 31 mars 2011. À ce rythme, elle pourrait atteindre entre 190 et 200 milliards de dollars au 31 mars 2014.

 

En plus d'augmenter la dette, le plan des infrastructures aura un impact sur les dépenses budgétaires. Dans l'Énoncé économique du 14 janvier 2009, il est indiqué que cet impact serait de 576 millions en 2009-2010, augmentant à 1,4 milliard en 2012-2013, montants qui devront être absorbés à l'intérieur des objectifs prévus de croissance des dépenses, ce qui pose un problème supplémentaire de 800 millions.

 

La sortie de crise

 

La recherche de solutions à la sortie de crise devrait tenir compte des constatations découlant du bref diagnostic que nous venons de faire, à savoir qu'il y a eu premièrement une sous-croissance évidente des revenus autonomes depuis 2006-2007. Deuxièmement, la réalisation du plan des infrastructures aura des conséquences budgétaires et financières qui dépassent l'impact de la récession. Il faut de plus souligner que la pratique de la réserve budgétaire n'a finalement servi qu'à camoufler une détérioration des finances gouvernementales depuis trois ans tandis que la mise en place du Fonds des générations a donné l'illusion que le problème de la dette à long terme allait être facilement réglé.

 

Avec les besoins de financement appréhendés, on fait donc face aujourd'hui à une vague d'endettement qui est démesurée quand on compare notre situation à celle des autres administrations publiques au Canada. En laissant les infrastructures se dégrader et en repoussant les investissements pour répondre aux besoins du secteur public, les gouvernements ont contourné l'esprit de la loi sur le déficit zéro qui était de contrôler la croissance de la dette.

 

Quant au Fonds des générations, il n'aura fallu que trois ans pour montrer qu'il pourrait ne pas tenir la route à long terme: non seulement ses revenus de placement risquent de ne pas être au rendez-vous, mais l'objectif lui-même de diminuer l'importance de la dette va fuir devant nous comme il l'a fait depuis 1999 alors que la dette brute était de 101 milliards et qu'elle vogue maintenant vers les 200 milliards.

 

En résumé, les mécanismes en place ne seront tout simplement pas suffisants pour répondre à l'ampleur du défi budgétaire auquel le Québec fait face. Maintenant que la loi sur le déficit zéro est suspendue, il faut saisir l'occasion pour faire le bilan de son application et compte tenu de l'évolution critique de la dette du Québec, il faudrait aussi réévaluer les avantages du Fonds des générations par rapport à d'autres options qui pourraient permettre d'avoir un impact direct et plus rapide sur l'endettement du gouvernement. La question qui se pose est la suivante: faut-il remplacer la loi sur le déficit zéro par une loi sur le contrôle de l'endettement? Voilà un beau mandat pour un comité d'étude spécial qui ferait rapport sur ces enjeux avant le prochain discours sur le budget.

 

 

 

Charest tente de calmer le jeu

 

Pettigrew défend la nomination de Licari à Paris; Landry et Michaud la dénoncent

 

Antoine Robitaille

Édition du samedi 24 et du dimanche 25 décembre 2005

Le Devoir

 

Afin de calmer le jeu, le premier ministre Jean Charest a décidé d'intervenir hier au sujet de la nomination controversée de son ami Wilfrid-Guy Licari comme délégué général du Québec à Paris. En vain, semble-t-il, car cette nomination a continué d'alimenter le débat, suscitant des réactions de Pierre Pettigrew, Bernard Landry et Yves Michaud, entre autres.

 

 

«J'espère que la polémique va cesser», a dit au Devoir M. Charest, qui a refusé net ce que le chef du Parti québécois, André Boisclair, lui a réclamé jeudi sur les ondes de Radio-Canada, soit «de réviser sa décision».

 

«Ce n'est pas dans l'intérêt de la délégation [générale du Québec à Paris] que la polémique continue», a fait valoir le premier ministre. Il s'est du reste montré enchanté de l'intervention-surprise de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, sorti de sa réserve jeudi pour défendre la nomination de M. Licari à Paris.

 

Selon M. Charest, M. Bouchard a raison de souligner que M. Licari «a toujours été très respectueux des compétences québécoises [...] dans tout ce qu'il a entrepris; il fut un de ceux qui ont toujours été des alliés indéfectibles du Québec». Aussi, le parallèle que M. Bouchard a dressé entre le tollé qui avait suivi sa nomination et celui qu'a suscité celle de M. Licari est à ses yeux très juste : «Quand Lucien avait été nommé [à Paris], on lui avait reproché les mêmes choses qu'on reproche aujourd'hui à Wilfrid Licari, notamment le fait d'être un ami du chef du gouvernement, alors que Lucien, comme ambassadeur du Canada à Paris, a fait un excellent travail.»

 

M. Charest a insisté pour dire que M. Licari est «d'abord nommé pour ses compétences» et que cette nomination est «en droite ligne avec» ce qu'il veut «au niveau des affaires internationales», soit élargir la présence du Québec à l'étranger. Compte tenu de l'amitié entre les deux hommes, M. Licari «aura un canal privilégié» entre eux, a-t-il confirmé. «Mais ce ne sera pas pour autant un canal de détournement du ministère et des autres canaux», a nuancé M. Charest. Au fond, a-t-il fait valoir, «l'amitié n'est pas un substitut pour la compétence, et je n'aurais jamais osé nommer à ce poste une personne si je n'avais pas l'intime conviction qu'il en possédait».

 

 

Irrité par le caractère acerbe des critiques péquistes, M. Charest a insisté sur le fait qu'il a maintenu en poste Clément Duhaime jusqu'au mois dernier alors que celui-ci avait été nommé en 2000 à Paris par Lucien Bouchard. «J'ai toujours eu le plus grand respect pour Clément. Il est resté en poste après mon arrivée au pouvoir parce que c'est un professionnel» alors que tout le monde sait qu'il «n'est pas d'allégeance fédéraliste». Jean Charest a précisé ceci : «Je l'ai défendu avec beaucoup d'énergie à l'Organisation internationale de la francophonie [OIF] parce que c'est un pro, parce que c'est quelqu'un qui nous fait honneur.»

 

 

Selon M. Charest, savoir mettre de côté la partisanerie, comme M. Bouchard l'a fait jeudi et comme il l'a lui-même fait en maintenant M. Duhaime en poste, est essentiel à la valorisation des institutions : «Autant il est vrai qu'un premier ministre fédéraliste peut garder en poste une personne qui n'est pas d'allégeance fédéraliste parce que c'est un pro, autant l'inverse doit pouvoir être vrai aussi. Sinon, on diminue nos institutions.»

 

 

M. Charest a par ailleurs soutenu qu'il savait que M. Licari adhérait à la doctrine Gérin-Lajoie, combattue par le fédéral mais qui fonde la personnalité étrangère du Québec. «Il a été ambassadeur dans plusieurs pays francophones et au Vatican, où le Québec était au centre des échanges», a aussi fait valoir le premier ministre : «Il connaît très bien le Québec.»

 

De plus, il estime qu'à l'approche d'échéances importantes, notamment en 2008 (le 400e anniversaire de Québec ainsi que le 49e Congrès eucharistique international et le Sommet de la Francophonie, qui auront tous deux lieu dans la Vieille Capitale), M. Licari pourra être d'un apport crucial. Celui-ci a été ambassadeur au Vatican. Et il a été ambassadeur au Sénégal, où il s'est lié d'amitié avec Abou Diouf, aujourd'hui secrétaire général de l'OIF. Ce sont des réseaux qui pourront être mis à profit.

 

Pettigrew applaudit

 

Quant au ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, rejoint hier en pleine campagne électorale fédérale, il n'a eu que de bons mots pour M. Licari, dont il sera le patron jusqu'à la fin de février (M. Licari est en poste à Tunis). Il a salué cette nomination, y voyant une façon «d'enrichir la diplomatie québécoise». «Je connais Wilfrid depuis une trentaine d'années et je crois qu'il va faire un excellent délégué du Québec.» Au dire de M. Pettigrew, les critiques des anciens délégués et des péquistes à l'endroit de M. Licari montrent que «ces gens-là se choquent aussitôt que les choses sortent des chemins traditionnels».

 

M. Pettigrew a poursuivi : «Je trouve très bien que la diplomatie québécoise s'ouvre à un individu qui a une très large expérience, qui vient lui-même de l'étranger, qui s'est intégré au Québec. Voilà le genre de citoyen qu'on aime mettre au service du Québec. C'est très bien», a dit le ministre.

 

M. Pettigrew s'est dit nullement choqué par le fait que M. Licari l'a contredit jeudi, dans son entrevue au Devoir, au sujet de la doctrine Gérin-Lajoie, qu'il avait déclarée «périmée» au mois d'août. Il a prétendu avoir été mal cité à l'époque : «M. Licari a seulement contredit ce qu'on m'avait fait dire dans un point de presse.» Pourtant, les propos du ministre à l'époque ne faisaient aucun doute. Mais il a insisté : «Ce que j'ai dit [...], et c'est la seule chose qu'on avait retenue de ma position, c'est que je ne voyais pas la doctrine Gérin-Lajoie comme base de négociation sur autre chose que des ententes administratives, ce pour quoi elle avait été écrite en 1965.»

 

Transfuge et transfusion

 

Dans le camp péquiste, on ne désarmait pas hier. Un autre ex-premier ministre, Bernard Landry, a confirmé au Devoir qu'il préparait une réponse écrite à celui à qui il avait succédé, Lucien Bouchard, avec qui il dit «différer respectueusement d'opinion» au sujet de la nomination de M. Licari. Selon lui, l'ambassadeur a beau dire que la doctrine Gérin-Lajoie «coule dans ses veines», cela signifie «qu'il doit avoir eu des transfusions très récemment !», a-t-il raillé. M. Landry a insisté pour dire qu'il n'attaque pas l'homme, qui a été très courtois lorsqu'il l'a rencontré à l'étranger lorsqu'il était aux affaires. Il reste que M. Licari a eu à nier pendant plus de 30 ans que le Québec forme une nation. «Il a aussi eu à défendre devant les étrangers l'abjecte Loi sur la clarté», a déclaré M. Landry.

 

Michaud et l'olibrius

 

Ancien délégué du Québec à Paris, Yves Michaud allait dans le même sens hier. Se rappelant avoir rencontré M. Licari à plusieurs reprises, il a dit estimer que ce dernier «a toujours fonctionné selon le bréviaire des diplomates canadiens à l'étranger, qui ont tout fait et feront tout pour minimiser la personnalité internationale du Québec». Quant à la défense passionnée qu'en a faite Lucien Bouchard, M. Michaud a soutenu qu'elle est logique puisque, lorsqu'il a été ambassadeur à Paris, «il a tout fait [...] pour nous marginaliser et affaiblir la délégation du Québec en France». Aussi, dans les semaines qui ont suivi son arrivée au pouvoir à Québec, M. Bouchard «a démantelé presque la moitié du réseau des bureaux et délégations du Québec à l'étranger. Et Sylvain Simard [alors ministre des Relations internationales], cet olibrius, a avalé la couleuvre. Un vrai ministre aurait démissionné». En somme, a dit M. Michaud, «dans la position où est M. Bouchard actuellement, il eût mieux valu qu'il se tût».

 

 

Le lundi 28 avril 2008 – La Presse

Du «ni-ni» au «bling-bling»

 

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Nation sans État, le Québec devient facilement l'otage des alliés que sont la France (Nicolas Sarkozy), les États-Unis (George W. Bush) et la Canada.
Photo Bloomberg News

 

 

Anne Légaré

Mme Legaré est professeure associée à l'UQAM. Elle est l'auteure de «Le Québec, otage de ses alliés. Les relations du Québec avec la France et les États-Unis» (VLB-2003).

L'ancien ambassadeur du Canada en France, Jacques Roy, expliquait dans La Presse du 13 avril que «la vieille formule (du ni ingérence dans les affaires canadiennes, ni indifférence aux choix du Québec) exigeait un équilibrage qui, depuis des années, ne correspond pas à l'image que la France veut projeter au Canada et à l'étranger».

Or, à l'étude des relations diplomatiques entre le France et le Canada décrites dans les archives officielles du Quai d'Orsay (une étude que je viens d'effectuer pour la période qui commence en 1967), on constate que c'est le Canada qui adresse à la France une demande incessante de restreindre ses relations avec le Québec, ce que la France s'est refusée à faire jusqu'à maintenant, quitte à accentuer son intérêt pour les communautés francophones du reste du Canada, par exemple, afin d'atténuer, selon les termes d'un diplomate français, son «ardente obligation» à l'endroit du Québec. Le Québec a toujours salué cette position considérant que la France y exprime tout de même la reconnaissance de ses intérêts à l'endroit du Québec.

D'un autre côté, l'actuel ambassadeur de France au Canada, Daniel Jouanneau, disait récemment que «le Québec représente un atout exceptionnel pour la France dans le cadre de sa relation avec le Canada». La disparition de l'affirmation de «non-indifférence» dans la position officielle de la France à l'endroit du Québec serait grave, car elle refoulerait le Québec au simple statut «d'atout au sein du Canada»), ce qui reviendrait à lui enlever tout potentiel d'autonomie politique propre dans le présent contexte de ravalement du Canada à un simple appendice des États-Unis. Elle rejoindrait l'ensemble des autres signes qui concourent actuellement à un déplacement de la position de la France au sein de l'Alliance atlantique affaiblissant toute indépendance de la France à l'endroit des États-Unis, indépendance relative mais qui sert de «point d'appui» à plusieurs États, petits et grands.

 Des apparences importantes

 Le président Sarkozy a été qualifié de président «bling-bling» pour désigner sa forte tendance à accorder aux apparences plus d'importance qu'aux relations qui font la marque de la position de la France sur le plan international. Le bling-bling de Sarkozy agace surtout parce que ces mouvements de surface sont comme la paille dans l'oeil qui cache la forêt: on devine que cette brusquerie n'est que l'effet d'enjeux qui ne s'avouent pas. La nouvelle position de la France, supprimant sa non-indifférence au Québec, serait un indice supplémentaire du rôle que le nouveau président voudrait faire jouer à la France en se rapprochant d'un Canada de plus en plus inféodé à son voisin américain.

L'actualité offre plusieurs signes des réalignements recherchés par les États-Unis depuis 2003. Tout a commencé avec l'Irak et se poursuit avec l'Afghanistan: la cause en est l'affaiblissement de la position des États-Unis dans le monde, l'effritement d'une hégémonie par le dedans qui, malgré ses appels à la sécurité de l'Occident, n'a pas réussi à consolider de façon satisfaisante pour elle ses liens avec l'Europe. Cette situation a mis les États-Unis dans une position dont l'incertitude ouvre la voie à des recherches d'ajustements constants auprès de ses alliés.

Dans ce contexte, l'élection du premier ministre Harper a favorisé les intérêts américains et le Canada n'a pas cessé de devenir le bras allongé de la volonté américaine. La récente visite du président Sarkozy en Grande-Bretagne, assurant Gordon Brown de ses bonnes dispositions, voulait du même coup confirmer au président américain qu'il pourra de mieux en mieux compter sur la France La dynamique européenne dans ses relations avec les États-Unis n'est pas le moindre de ces enjeux au moment où Sarkozy s'apprête à assumer la présidence de l'Union européenne avant d'amener la France à réintégrer la structure militaire de l'OTAN.

Le règlement survenu à propos de la demande canadienne de renfort militaire à Kandahar adressée à la France illustre parfaitement les termes nouveaux dans lesquels s'esquisse le marchandage d'intérêts entre le Canada, les États-Unis et la France. Entre alliés, au-delà du bling-bling il y a le «donnant-donnant». Nation sans État, le Québec devient facilement l'otage de ses alliés. (..)

Puisque le Sommet de la Francophonie aura lieu avant l'élection américaine, l'occasion doit servir à renforcer les liens avec tous ceux qui, de gauche et de droite en France, en Europe, en Afrique, ailleurs et ici comptent sur la France pour consolider de réelles conditions de la diversité et de la démocratie dans le monde. À ce propos, toute modification explicite de la position de la France à l'endroit du Québec signifierait une indifférence à l'intégration canado-américaine qui se fait sans que le Québec en débatte, un affaiblissement dont la France n'a pas, avec le Canada, à se faire l'artisan.

 

«  Mario Dumont à Paris »

 

 Anne Legaré

professeur associé à l’UQAM

 

 

paru dans la page   Idées  du Devoir  le 14 février 2008

 

 

On a raison de s’inquiéter. La relation du Québec avec la France est importante pour le devenir du Québec parce qu’aucun autre État que la France ne peut se reconnaître une origine commune avec les habitants d’un sol distinct et tenants d’une autre citoyenneté, les Québecois et, en conséquence, maintenir des relations intenses avec eux. Alors que les Canadiens d’autrefois, puis les Canadiens-français sont devenus des Québécois, s’affirmant ainsi  dans leur spécificité et leur altérité, les Français nourrissent l’idée que les uns et les autres sont issus de ce même terreau  qui, à travers le temps et l’espace, a produit en Amérique du Nord une différence manifeste, l’identité québécoise. C’est en tout cas ce que disent avec attachement les diplomates et de nombreux acteurs politiques français qui ont vu dans le Québec moderne les réalisations et les succès d’un peuple nord-américain aux origines françaises. Souvent ils nous envient nos performances technologiques, notre combativité culturelle, nos capacités d’adaptation à ce monde en mutation.

 

C’est cette admiration qui parcourt les non-dits aussi bien que les témoignages les plus sincères des Français à l’endroit du Québec. Je viens de passer les cinq derniers mois à Paris. Les sentiments profonds des officiels français à l’endroit du Québec sont encore ceux que je viens de décrire. Mais si il y a un doute, une interrogation, ils portent sur les choix des Québécois eux-mêmes. Cela n’explique pas sans doute le retard du premier ministre François Fillon à recevoir le chef de l’opposition, Mario Dumont. Mais cela explique bien des hésitations à exprimer ouvertement un intérêt français, une sympathie trop manifeste. Les Français s’alignent sur nos choix, ils observent notre scène politique avec la distance qui est due à un autre peuple. Comment les Québécois se dépatouillent entre deux scènes politiques dont l’articulation les dessert visiblement, comment ils se reconnaissant dans des politiques provinciales qui ne leur rendent pas justice, comme ils sont indécis dans la formulation des politiques qui ne relèvent que d’eux (langue et histoire, par exemple), combien ils ignorent leur potentiel d’originalité en Amérique du Nord, comme ils tardent à faire leur choix, toutes ces tergiversations brouillent le regard que la France porte à notre endroit.

 

Ainsi, la Délégation générale du Québec en France est devenue le reflet de l’involution du Québec lui-même qui s’est manifestée dans les derniers choix électoraux des Québécois. Non pas qu’il ne s’y passe plus rien. Mais c’est surtout l’esprit qui a changé. Le délégué général du Québec, Wilfrid-Guy Licari, qui a été ambassadeur du Canada, s’est pénétré quotidiennement au cours de sa carrière de la réalité canadienne et tout comme pour Jean Charest, les gains du Québec sont aussi des gains de ce « bel ensemble qu’est le Canada ». Il en va de même, quoiqu’il en dise, de la stratégie autonomiste de Mario Dumont  C’est ainsi qu’était présent la semaine dernière, dans les locaux de la délégation, l’ambassadeur du Canada, Marc Lortie, dont la présence a été soulignée avec satisfaction par le chef de l’opposition lors de sa conférence sur l’avenir économique du Québec. Mario Dumont a tenu à réaffirmer à quelques reprises, dans son discours, la place du Québec au sein du Canada.

 

C’est sans doute la même logique qui a conduit la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, à mettre fin à ce mode de coopération avec la France et à  fermer les locaux du Centre de coopération interuniversitaire franco-québécoise, boulevard Raspail, par une décision unilatérale, sans tenir compte de l’avis des partenaires français, sans mesurer les acquis des dix dernières années et sans rendre publics les multiples impacts d’une telle décision. Il faut s’attendre à un maquillage médiatique de cet état de fait d’ici peu. On peut observer tous ces signes, éprouver un malaise après tant d’année d’indépendance et d’affranchissement symbolique, il demeure que ceux qui gouvernent le Québec actuellement sont des acteurs volontaires de la scène politique canadienne. Ce sont les Québécois qui l’ont voulu ainsi. Pour affirmer une véritable identité politique, tout reste à faire. Les Français n’ont pas tort de se demander si et comment on y parviendra.          

 

LE DEVOIR

Édition du jeudi 22 décembre 2005

 

La nomination à Paris d'un ami de Charest est contestée

 

L'Association des anciens délégués du Québec prépare une lettre de protestation

 

Antoine Robitaille

 

Québec -- La nomination de l'ambassadeur du Canada à Tunis, Wilfrid-Guy Licari, au poste de délégué général du Québec à Paris est contestée non seulement par l'opposition péquiste, mais aussi par les anciens détenteurs du titre le plus prestigieux de la diplomatie québécoise.

 

 

Actuellement en poste à Tunis, M. Licari, qui a 58 ans et dont la nomination a été entérinée par le conseil des ministres hier, est un ami personnel de Jean Charest. Ils se sont connus au Maroc en 1987, au moment des Jeux de la Francophonie à Casablanca, selon ce qu'a rapporté hier le porte-parole du premier ministre, Hugo D'Amours. M. Licari y était ambassadeur et M. Charest détenait alors le portefeuille de ministre d'État à la Jeunesse dans le gouvernement conservateur de Brian Mulroney. Plus récemment, à l'été 2003, lorsque M. Licari était ambassadeur du Canada au Vatican, Jean Charest, qui venait d'être élu, avait pu obtenir une audience avec le pape Jean-Paul II, notamment grâce au travail de M. Licari.

 

Comme Le Devoir le révélait il y a un mois, M. Licari, à l'emploi du ministère des Affaires étrangères du Canada depuis 1968, succédera à Clément Duhaime -- qui était en poste depuis 2000 rue Pergolèse --, non seulement comme délégué général du Québec mais aussi comme «sherpa» du premier ministre auprès de la Francophonie. M. Duhaime a été nommé au début du mois administrateur de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ce qui en fait une sorte de «sous-ministre» de l'organisation.

 

Chose inusitée, l'Association des anciens délégués généraux du Québec à Paris prépare une lettre ouverte pour protester contre cette nomination. «Ce n'est pas une question de compétence et encore moins une question personnelle», dit Michel Lucier, qui préside cette association. Selon M. Lucier, la nomination de M. Licari envoie un mauvais message : qu'il n'y a personne dans le «bassin québécois» qui puisse occuper ce poste, explique celui qui a été délégué de 1997 à 2000, sous Lucien Bouchard.

 

 

On se demande de plus comment un personnage qui a appliqué «le petit catéchisme» de lutte contre la diplomatie québécoise pendant des années peut soudainement se mettre à défendre cette même diplomatie. Il faut savoir que la délégation du Québec à Paris, par son statut de «quasi-ambassade» acquis dans les années soixante, est une sorte de vaisseau amiral des relations internationales du Québec. Or, avec la nomination d'un ambassadeur canadien, on craint, dit M. Lucier, que «la rue Pergolèse ne devienne une annexe de la rue de Montaigne» (rue où se trouve l'ambassade du Canada). Selon nos informations, d'autres anciens délégués, même certains nommés par les libéraux, et qui ont refusé de nous parler, trouvent tout autant contestable la nomination de M. Licari.

 

 

«On ne peut baigner 30 ans dans la paranoïa fédérale pour ensuite mener le combat quotidien qui consiste à assurer la présence du Québec en France», dit crûment l'ancienne ministre des Relations internationales du Québec, Louise Beaudoin, aujourd'hui professeure associée au département d'histoire de l'UQAM. Mme Beaudoin, qui a elle aussi été déléguée du Québec à Paris en 1984 et 1985, précise que son opposition n'a rien de personnel puisque, en tant qu'ambassadeur, M. Licari n'était pas reconnu comme un de ceux qui, à l'endroit du Québec, se comportait comme un «faucon».

 

 

L'actuel ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, soulignait hier que la nomination d'un ancien ambassadeur du Canada comme délégué général du Québec à Paris n'est pas un précédent puisque Jean Chapdelaine, qui occupa ce poste de 1965 à 1976, avait auparavant été ambassadeur du Canada en Suède, au Brésil et en Égypte. «Mais on n'est plus au temps de Jean Chapdeleine !», lance Louise Beaudoin. À l'époque, «on construisait la diplomatie québécoise». Aujourd'hui, note-t-elle, le Québec a une diplomatie professionnelle, expérimentée. Mme Gagnon-Tremblay admet que plusieurs personnes issues du réseau québécois des Relations internationales auraient pu accéder à ce poste, «mais ce nom-là [M. Licari] a été retenu parce que c'est quelqu'un qui connaît bien M. Charest», explique-t-elle. Elle souligne que tous les premiers ministres du Québec depuis les années 60 ont tenu à confier ce poste clé à une personne en qui ils avaient une parfaite confiance.

 

Mais, selon le porte-parole péquiste en matière de relations internationales, Daniel Turp, la nomination de M. Licari illustre une «contradiction frappante» de Jean Charest. «Il plaide pour l'extension de la doctrine Gérin-Lajoie mais il nomme à Paris quelqu'un qui émane de l'appareil qui la combat depuis qu'elle existe !»

 

M. Licari, mathématicien et philosophe, a aussi été affecté à Nairobi, à Alger, à Paris et à Rome et a représenté le Canada comme ambassadeur au Maroc, au Sénégal et au Vatican.

 

«Lors de ma dernière visite à Paris, a relaté Mme Gagnon-Tremblay, j'ai rencontré M. Abdou Diouf [ancien président du Sénégal maintenant secrétaire général de l'OIF], qui le connaît très bien parce que M. Licari a déjà été ambassadeur au Sénégal.»

 

De 1998 à 2000, M. Licari a été «en détachement» auprès de Secor, une firme dirigée par Marcel Côté et reconnue comme étant proche des libéraux de Jean Charest. Présent hier à l'assermentation du nouveau député libéral d'Outremont, Raymond Bachand (autre ancien de Secor), M. Côté a dit avoir un bon souvenir de M. Licari : «Il était à trois bureaux du mien, se souvient M. Côté. Je le taquinais parce qu'il était toujours en voyage !» Mais le diplomate travaillait sur des dossiers internationaux, «surtout en Europe», alors que Secor venait d'ouvrir son bureau de Paris. «Il avait travaillé étroitement auprès de deux de nos clients canadiens, la division transport de Bombardier et un autre que je ne nomme pas», a dit M. Côté.

 

La ministre Gagnon-Tremblay ignorait, hier, si M. Licari avait démissionné de la fonction publique fédérale ou s'il prendrait sa retraite. Quant aux rumeurs selon lesquelles elle-même était intéressée par le poste, Mme Gagnon-Tremblay les trouve étranges. «Je ne sais pas d'où ça vient. Je n'ai jamais évoqué ça. Ce n'est pas un poste que je souhaiterais pour une fin de carrière, c'est trop actif», a-t-elle dit candidement.

 


 

1-     SITUATION ACTUELLE

 

Le Québec est aujourd’hui une société en mutation, c’est-à-dire qu’il traverse une période de changements qui vont modifier sensiblement son évolution. Ces changements ont commencé après 1970 à la suite des efforts du gouvernement pour moderniser les structures socioéconomiques, le fonctionnement de l’État et les politiques publiques. Mais, au fil des années, la population aussi a changé et en bout de piste, en devenant moderne, le Québec est devenu en fait bien différent, et d’une façon parfois surprenante. On en voit maintenant les conséquences. Pour expliquer ce cheminement, je vais essayer d’esquisser tout d’abord le portrait actuel de la société québécoise en soulignant quelques traits qui sont  caractéristiques des changements récents ou en cours.

 

·       Commençons par l’économie. Comparativement à la situation avant 1980, le Québec a maintenant une économie moderne tournée vers la haute technologie, grâce à une main-d’œuvre compétente et aux efforts consentis en recherche et développement. Elle a connu au cours des dernières années une bonne croissance, ce qui a amélioré la situation de l’emploi.

 

·       Par contre, il n’y a plus de croissance démographique et le faible taux de natalité des dernières décennies se traduit par le vieillissement de la population et une pénurie grandissante de main-d’œuvre qui risquent d’handicaper l’avenir. L’immigration deviendra ainsi un enjeu majeur des prochaines années.

 

·       La société québécoise est une société très ouverte sur le monde, comme en témoignent le niveau élevé des exportations et le succès de ses artistes sur la scène internationale.

 

·       Comme d’autres petites sociétés, le Québec doit ses succès à sa créativité qui s’exprime dans le domaine de la production, de la recherche ou encore de la culture, que ce soit en littérature, au cinéma, au théâtre et dans le spectacle.

 

 

Le présent texte est basé sur une conférence donnée au Centre d’études canadiennes de l’Université d’Innsbruck en Autriche, le 14 novembre 2007 et intitulée «Le Québec en mutation».

 

·       Par ailleurs, au plan politique, depuis l’échec du deuxième référendum sur l’indépendance, on remarque une plus grande incertitude de la population face aux enjeux qui confrontent le Québec et sur le rôle que devrait dorénavant  jouer l’État. Ceci s’est traduit en pratique par une plus grande diversité des opinons et des partis politiques, diversité qui a finalement conduit à l’élection d’un gouvernement minoritaire en 2007.

 

·       L’évènement d’Hérouxville, qui a déclenché la discussion sur la question des «accommodements raisonnables», a fait prendre conscience aux Québécois et Québécoises qu’ils étaient devenus une société laïque et qu’ils auront à cohabiter de plus en plus avec des groupes ethniques différents d’eux.

 

·       Enfin, malgré tous les efforts qui y furent consacrés, l’évolution des dernières décennies laisse en plan une question non résolue, à savoir le statut politique du Québec. La question nationale revient continuellement au devant de l’actualité dès qu’un évènement soulève, de près ou de loin, la défense des intérêts du Québec ici ou à l’étranger.

 

L’évolution démographique, l’impact d’une immigration croissante, les défis de la mondialisation, de l’environnement et les risques de la situation internationale donnent aux Québécois le sentiment que leur société, en dépit de ses succès, demeure très fragile face à un avenir incertain. Leur inquiétude est d’autant plus profonde qu’ils ont mis de côté les repères traditionnels qui les avaient guidés à travers l’histoire jusqu’à tout récemment. Par contre, l’avènement du Québec moderne a aussi laissé en héritage des balises qui pourraient nous aider à continuer l’édification d’une société que nous aurions le goût de laisser aux générations futures. Un retour sur cette évolution aide à comprendre les étapes qui ont été franchies.

 

2 -    L’AVÈNEMENT DU QUÉBEC MODERNE

 

L’avènement du Québec moderne a commencé il y a une cinquantaine d’années quand on a constaté à quel point le développement de notre société était en train de prendre du retard par rapport au reste du Canada et aux pays développés. Cette prise de conscience s’est traduite par un virage politique et le gouvernement a entrepris, à la fin des années soixante, la réforme du secteur public afin de doter le Québec de politiques progressives dans les domaines stratégiques pour son avenir.

 

C’est au cours des années soixante-dix qu’a pris force le démarrage du Québec moderne avec le développement des réseaux de l’éducation, de la santé et qu’on a mis en place des programmes de sécurité sociale dignes d’une société civilisée. On a, de plus, canalisé l’épargne publique vers une caisse centrale de dépôts et placements et on a complété l’action des ministères par la création de sociétés publiques, dont Hydro-Québec, afin d’appuyer l’émergence de centres de décisions économiques québécois. Finalement, afin d’arrêter l’anglicisation qui menaçait la région montréalaise et éventuellement l’ensemble du Québec, le gouvernement a passé des lois pour protéger la langue française et favoriser l’intégration des immigrants.

 

Durant cette période d’effervescence, on peut dire que les gouvernements ont montré un sens des responsabilités qui s’appuyait sur un idéal politique visant à assurer avec fierté l’avenir du Québec. Qui dit responsabilités dit pouvoirs et il y a donc eu une recherche d’une plus grande autonomie politique en utilisant les pouvoirs constitutionnels disponibles pour défendre les intérêts du Québec au sein du Canada mais aussi au plan international. Pour plusieurs, l’évolution normale du Québec était de devenir un pays souverain.

 

Les résultats des efforts consentis sont remarquables et le Québec dispose aujourd’hui d’un secteur public développé et compétent, d’un secteur privé dynamique et d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. Notre langue apparait sécurisée, bien qu’il faille être toujours vigilant, et nous avons un secteur culturel apprécié internationalement. La société québécoise vit aujourd’hui au diapason des pays les plus développés et elle est devenue un modèle qui fascine par sa réussite et par sa capacité de demeurer une société francophone en Amérique du Nord.

 

Mais il y a aussi l’envers du décor car, par rapport aux changements qui étaient souhaités il y a quarante ans, d’autres sont survenus, notamment au plan des attitudes et des valeurs. Le désir de vouloir s’émanciper collectivement a eu sa contrepartie individuelle. Les Québécois ont, en effet, tourné le dos à la pratique et aux croyances religieuses et, comme dans les autres sociétés occidentales, celles-ci ont été remplacées par une éthique individualiste. L’abandon des valeurs traditionnelles  et le triomphe de l’individualisme ont sapé les bases ancestrales de deux institutions sociales importantes, soit le mariage et la famille.

 

Ce changement n’est pas sans causer d’inquiétudes car il peut être interprété comme un refus de se projeter dans l’avenir. C’est comme si l’élan initial de vouloir maîtriser notre destin national s’était retourné contre nous, laissant dans sa foulée une société fragmentée politiquement et socialement.

 

L’État est également sorti éclopé de cette aventure. Son leadership n’est plus autant valorisé qu’il le fût au début de la Révolution tranquille. D’une part, les groupes économiques et la société laïque ont pris la place normale qui leur revient dans la société et ils ne veulent plus se faire imposer des orientations ou des décisions qui les touchent directement ou indirectement. D’autre part, les erreurs de gestion financière durant les trois dernières décennies et le niveau de l’endettement public ont handicapé la capacité d’action du secteur public. Il faut maintenant restreindre les dépenses de programmes et le souci principal du gouvernement, à chaque année, est de garder en équilibre son fonctionnement en gérant les contraintes financières au rythme de la conjoncture, tout en sachant qu’à moyen et long terme le déséquilibre causé par le vieillissement de la population et la hausse des dépenses de santé risque de devenir insupportable.

 

Il ne faut donc pas se surprendre si les Québécois ont de la difficulté à se projeter dans l’avenir et, comme l’explique Jean-Claude Guillebaud dans son livre  La Refondation du Monde (Éditions du Seuil) : « Une société qui n’est plus capable de se projeter dans l’avenir perd du même coup son dynamisme démographique. À l’inverse, une société vieillissante aura bien du mal à valoriser le long terme. La logique est circulaire ».  Le Québec doit à tout prix essayer de retrouver le goût du futur s’il veut rester fidèle à son histoire qu’il est en train d’oublier.

 

 

3   -    QUELQUES PISTES POUR NOTRE AVENIR

 

Lorsque la société québécoise, au milieu des années soixante, a esquissé une feuille de route pour son avenir, elle l’a fait dans le contexte d’une époque. En suivant le parcours qu’il s’était tracé, le Québec a réussi à poser des jalons intéressants et à se donner de nouveaux ancrages et de nouvelles assises. Mais aujourd’hui, c’est peu dire que d’affirmer que ce contexte, à la fois au plan international et interne, a beaucoup changé. Quel est ce nouveau contexte auquel il fait face et est-ce que ces assises et ancrages pourraient l’aider à franchir une nouvelle étape de son histoire?

 

Le nouveau contexte international

 

Commençons par le contexte international avec le constat évident que la situation géopolitique du monde a totalement changé. Avec la fin de la période de la guerre froide où deux blocs se faisaient face, nous vivons de plus en plus dans un monde multipolaire où l’hégémonie économique occidentale est assaillie par le développement des nouvelles économies, principalement celles de la Chine et de l’Inde. Tous les pays sont ainsi confrontés au défi croissant de la mondialisation des échanges, des investissements et des communications. Toutefois, cette confrontation relativement pacifique entre l’occident et l’orient n’est pas exempte d’insécurité, que ce soit au plan de la santé, de l’environnement et du terrorisme, sans mentionner les risques de la prolifération des armes nucléaires.

 

Il y a eu, de plus, un autre changement fondamental. À la fin de la deuxième guerre mondiale, les concepts de frontière et de souveraineté avaient encore une signification dans le domaine des relations internationales. Plus de quatre-vingt pays sont d’ailleurs devenus indépendants après 1945 et les Québécois ont aussi été fascinés par cet attrait de l’indépendance. Devenir membre de l’ONU était, pour ces nouveaux pays, la reconnaissance ultime de leur souveraineté.

 

La complexité, la gravité et l’étendue des  grands problèmes mondiaux limitent toutefois de plus en plus l’exercice des pouvoirs souverains car leurs impacts débordent bien au-delà des frontières politiques, des frontières naturelles et des continents. Pour être efficace, la gestion de ces problèmes exige la coordination des collaborations régionale, continentale et mondiale. Dans cette mouvance qui s’observe ainsi à tous les niveaux, l’action internationale n’est plus réservée aux pays souverains car elle interpelle autant les organisations non gouvernementales que les gouvernements régionaux ou centraux et, finalement, de plus en plus les organisations multilatérales. Tous les peuples sont conviés à une gestion responsable et solidaire de la planète.

 

Il est intéressant de souligner comment, à l’intérieur de ce nouveau contexte, l’intégration continentale et la coopération internationale donnent la possibilité aux petites sociétés de performer. On le voit, par exemple, en Europe non seulement parmi les petits pays comme l’Irlande, la Suède, l’Autriche ou les Pays-Bas mais aussi au niveau des régions comme la Bavière, Barcelone, la région de Rhône-Alpes ou encore l’Écosse et la Flandre pour ne donner que ces exemples. Cette performance est économique et culturelle mais aussi politique car, qu’elles soient indépendantes ou non, les petites nations ont en commun une grande capacité de s’adapter à leur environnement et de corriger leurs malaises sociaux et identitaires par un consensus communautaire plus facile. Elles contribuent aussi de façon étonnante à innover et à contribuer à la recherche de solutions aux problèmes internationaux. Le Québec a réussi à faire partie de ce groupe de sociétés performantes et dynamiques.

 

Le contexte canado-québécois

 

Du contexte géopolitique international, passons au contexte canado-québécois. Comme nous l’avons souligné précédemment, le Québec a cherché, au cours des dernières décennies, à occuper son champ de souveraineté à l’intérieur de la constitution canadienne et à être le plus autonome possible dans l’exercice de ses responsabilités. En se faisant, le bilan de son évolution montre qu’il disposait des outils suffisants pour atteindre un niveau de développement social et économique enviable. Il a été lui-même responsable de ses succès comme de ses échecs. Il n’y a évidemment jamais de situation idéale mais on s’aperçoit, en définitive, que le partage des pouvoirs constitutionnels a été et demeure relativement favorable à la gouvernance de niveau provincial au Canada et donc favorable au Québec.

 

Malgré tout, le Québec vit encore aujourd’hui avec l’insatisfaction d’un rêve non réalisé, que ce soit dans le camp des fédéralistes comme dans celui des indépendantistes. Pour les fédéralistes, il y a eu les échecs répétés des essais de réforme constitutionnelle et le blocage, si ce n’est l’indifférence du reste du Canada, empêche de poursuivre toute discussion à ce sujet. Du coté des indépendantistes, il y a eu l’échec de deux référendums avec le peu d’espoir d’en tenir un troisième à moyen terme. Mais il leur est difficile d’abandonner cet espoir même si le cœur y est de moins en moins et que la raison est, quant à elle, à la recherche de motifs qui ne sont pas évidents.

 

Quel que soit l’angle sous lequel on l’aborde, le processus inachevé d’un réalignement constitutionnel et politique favorable semble être dans un cul-de-sac. Il faut voir la situation avec réalisme et en prendre acte car l’élection d’un gouvernement minoritaire au Québec est certainement le symptôme d’un profond malaise et d’une lassitude qui se reflètent dans le partage éclaté des forces politiques, à la fois au niveau provincial et fédéral. Cet éclatement se perçoit également entre les régions et les générations.

 

Le premier ministre fédéral, monsieur Harper, a probablement compris le dilemme politique que cela pose pour les deux capitales et il a agi en tout cas comme s’il avait décidé de faire pencher la balance en faveur du Québec en le reconnaissant comme une nation, en lui ouvrant la porte à une participation à l’UNESCO et en évoquant la possibilité de finalement corriger l’exercice du pouvoir de dépenser qui est une des récriminations importantes du Québec depuis des décennies. On peut critiquer la signification et la portée de ces gestes mais c’est néanmoins une évolution plus fluide des relations fédérales-provinciales.

 

La recherche d’un repositionnement

 

Pour essayer de voir comment le Québec peut se repositionner par rapport à l’ensemble de son environnement, examinons ce que j’appelle les assises et les ancrages solides sur lesquels il peut s’appuyer. J’en ai identifié six dont il hérite de son histoire et de son évolution.

 

1.                      Il y a tout d’abord les valeurs fondamentales que nous partageons comme peuple, à savoir la démocratie, la langue française, le pacifisme, le respect des droits et libertés et, en particulier, l’égalité homme femme.

 

2.           Nous avons mis en place des institutions publiques dont nous pouvons nous servir pour réaliser nos projets de développement collectifs.

 

3.                      Nous pouvons souligner avec un brin de fierté certains traits originaux de notre personnalité comme société, qui s’expriment par notre créativité dans les secteurs économiques et culturels, notre goût de réussir et notre persévérance pour trouver des solutions à la  mesure de nos problèmes.

 

4.            Il n’est pas inutile de mentionner que par la géographie et l’histoire nous sommes ancrés au reste du Canada et de l’Amérique du Nord et que nous en retirons des bénéfices matériels importants.

 

5.            Notre situation géographique et notre histoire nous ont permis de développer des relations stratégiques avec les États-Unis, en particulier avec la Nouvelle Angleterre, et ensuite avec l’Europe, en particulier la France avec laquelle nous avons rétabli une coopération reflétant les liens de fraternité entre nos deux peuples. La coopération franco-québécoise est devenue vitale pour notre survie comme société francophone.

 

6.            Notre ouverture au plan international a permis au Québec de se constituer un réseau de partenaires et d’amis avec lesquels nous avons également établi des liens de coopération qui ne demandent qu’à être cultivés soit au sein de la Francophonie ou soit avec d’autres régions comme la Bavière, la Wallonie, la Catalogne et maintenant avec São Paulo ou encore le Shandong et le Cap Occidental.

 

Cet ensemble de facteurs constitue une plateforme à partir de laquelle on peut continuer à faire évoluer notre société. Ce sont des atouts importants pour l’avenir mais afin de pouvoir continuer notre feuille de route, il nous faut réconcilier la vision du Québec qu’on souhaite avec la complexité du monde réel. À cet égard, l’analyse précédente fait ressortir quelques constats avec lesquels il y a peu de compromis possibles.

 

Parmi ces constats, il y a tout d’abord l’émergence d’une nouvelle conscience quant à la fragilité de l’écosystème de la planète en même temps que l’apparition d’un système économique dont les règles de jeu dépassent la capacité d’intervention des États pris individuellement. Le règne de l’économie de marché est en train d’échapper à tout contrôle.

 

La notion de souveraineté au sens, où on l’entendait il y a cinquante ans, a changé car elle ne s’envisage plus sans l’intégration du devoir de coopération et de solidarité. Et pour que notre participation à ce nouveau monde soit efficace, il faut accepter de s’intégrer à des ensembles de différents niveaux. Le cheminement des pays de l’Union européenne qui ont compris, entre autres, la nécessité d’établir progressivement une politique étrangère commune est un exemple des compromis qui doivent être faits avec l’histoire.

 

Le rôle de l’État se définit donc aujourd’hui par rapport à un nouveau paradigme à la fois au plan économique, social et international. L’interdépendance dans laquelle nous vivons est venue bouleverser profondément la gouverne des services publics et la défense des intérêts nationaux. Il nous faut dorénavant établir des alliances avec les partenaires qui partagent les mêmes préoccupations que nous et nous pouvons le faire comme le montre la réussite que le Québec a eue dans le dossier de la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

 

De ce point de vue, en quoi notre participation à la fédération canadienne est-elle différente de ce que sera bientôt la participation des pays membres à l’intérieur du mécanisme de fonctionnement de l’Union Européenne qui devient de plus en plus fédérale sans le dire? On peut débattre de cette question mais la réponse est déjà en train de s’écrire.

 

En définitive, quand on analyse l’ensemble des enjeux qui confrontent les sociétés occidentales et particulièrement la nôtre, on s’aperçoit combien il est difficile de faire le pont entre l’histoire et l’avenir. Peut-être que l’idée de coiffer l’évolution qu’a connue la société québécoise au cours du 20ième siècle par une constitution qui consoliderait les acquis et exprimerait nos valeurs en tant que nation serait une piste à considérer. Ce serait une façon de construire ce pont.

 

Lettres: Bouchard en eaux troubles

Denis Vaugeois

Ex-directeur général des relations internationales (1970-1974), historien et éditeur.

 

 Sillery, le 27 décembre 2005

 

Lucien Bouchard court décidément après le trouble! Sa prise de position en faveur de M. Wilfrid Licari comme délégué général du Québec à Paris frise l'inconscience ou la provocation. Les uns se souviendront de ses ex-liens avec M. Mulroney, les autres rappelleront le sort qu'il a réservé aux bureaux et délégations du Québec à l'étranger à peine assis dans le fauteuil de premier ministre. C'est mon cas et je me reproche, presque à chaque jour, de ne pas avoir piqué une sainte colère publique à l'époque.

 

Sous prétexte de combattre le déficit, Lucien Bouchard, l'ex-ambassadeur qui avait des comptes diplomatiques à régler, avait engagé le Québec dans des dépenses folles. En effet, ces fermetures, tout en privant le Québec d'outils précieux qui avaient fait leurs preuves, coûtaient les yeux de la tête. Voilà une question que je connais. De 1970 à 1974, j'ai été directeur général des relations internationales. Sous un régime libéral, avec la complicité de Gilles Chatel du ministère de l'Industrie et du Commerce, nous avons ouvert une bonne douzaine de bureaux et délégations à travers le monde. Parallèlement, nous avons fait un peu de ménage dans de vieilles délégations, surtout celles de New York et Londres, où du personnel avait été oublié depuis quelque 20 ans. Un réseau de représentations à l'étranger avait pris forme. Après l'ère Bouchard, il a fallu le reconstruire. Quand l'ancien premier ministre aura-t-il l'élégance de faire amende honorable ?

 

Depuis 40 ans, les relations internationales du Québec ont connu des hauts et des bas. Les problèmes ne sont pas toujours venus d'Ottawa. Paradoxalement, les libéraux, ceux du Québec bien entendu, ont été les plus constants, de Jean Lesage à Robert Bourassa. MM. Jean Charest et Benoît Pelletier s'inscrivent dans cette continuité, même si certaines nominations étonnent. Mais ça, c'est un vieux problème. Les postes à l'étranger sont convoités et trop rarement attribués à des fonctionnaires de carrière. Constamment en poste à l'étranger depuis 1971, M. Licari vient du sérail diplomatique fédéral. Ou bien on le considérera comme un transfuge, ou bien il restera en service commandé. Souhaitons que, cette fois, ce ne soit ni l'un ni l'autre. Il faudra bien lui donner sa chance et le laisser ferrailler avec le ministre Pettigrew ou son successeur.

 

Nombreux sont ceux qui, à l'occasion de cette nomination, rappelleront la contribution de M. Jean Chapdelaine, ancien ambassadeur du Canada passé au service de la diplomatie québécoise. C'était autrefois. Il nous fallait un maître; il joua merveilleusement ce rôle. Aujourd'hui, les relations internationales du Québec sont en]tre les mains de «pros», comme dit M. Charest. Il faudrait bien leur faire confiance.

 

LE DEVOIR

Édition du jeudi 22 décembre 2005

 

 

Nomination de Wilfrid-Guy Licari à la Délégation générale du Québec à Paris

- Que le vrai Jean Charest se lève

 

Louise Beaudoin

Ancienne ministre des Relations internationales

 

La nomination de Wilfrid-Guy Licari, actuel ambassadeur du Canada en Tunisie, au poste de délégué général du Québec à Paris est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Pendant que Benoît Pelletier, le ministre québécois des Relations intergouvernementales canadiennes, se bat, verbalement tout au moins, pour donner un espace viable au Québec sur la scène internationale -- et se fait traiter de «méchant péquiste» par le lieutenant québécois de Paul Martin --, Jean Charest est en voie de faire de la diplomatie québécoise une succursale de l'appareil fédéral.

 

 

 

Qui dit vrai ? Stephen Harper quand il annonce qu'il y a au Québec un des premiers ministres «les plus fédéralistes» depuis des décennies ou Charest lui-même quand il prétend publiquement se battre avec acharnement pour la place du Québec dans le monde ?

 

On aurait tendance à donner raison à Harper tant Charest, de toute évidence, «fédéralise» à outrance la diplomatie québécoise. Quelles étranges ambiguïtés : Harper appelle à reconnaître au Québec un rôle international pendant que Charest nomme à Paris un ambassadeur dont le mandat, comme celui de tous les ambassadeurs canadiens, a été de combattre systématiquement quelque action internationale québécoise que ce soit !

 

Est-ce le fait d'avoir été bêtement lâché par Paul Martin, dont la stratégie «référendaire» contre le Bloc dans les élections fédérales lui nuit, qui le mène à des entourloupettes visant à plaire, malgré tout, au grand frère libéral ?

 

Toujours est-il que les nominations de Charest en matière de relations internationales se suivent et se ressemblent :

 

- celle, à Toronto, de Jocelyn Beaudoin, ancien président du Conseil pour l'unité canadienne, qui a engendré Option Canada, dont les 4,5 millions de dollars obtenus de Patrimoine Canada ont été dépensés de façon occulte pendant la campagne référendaire;

 

 

- celle d'Alfred Pilon à la tête des trois offices internationaux de la jeunesse (l'Office franco-québécois pour la jeunesse, l'Office Québec-Wallonie-Bruxelles et l'Office Québec-Amériques), maintenant regroupés sous la même présidence, ce qui affaiblit considérablement le caractère unique des relations directes et privilégiées qui unissent la France et le Québec. Alfred Pilon est lui aussi un ancien du Conseil pour l'unité canadienne, subventionné à même les fonds publics par Jean Charest.

 

 

- et, maintenant, celle de Wilfrid-Guy Licari, ambassadeur du Canada en Tunisie.

 

 

Je connais depuis longtemps M. Licari puisque nous avons tous les deux étudié en France à la fin des années 60, et c'est un homme courtois, mais quand, à titre d'ambassadeur du Canada, a-t-il récusé, par exemple, le «petit catéchisme» de l'ancien ministre Axworthy, ouvrage anti-Québec remis à la mode du jour par l'actuel et particulièrement agressif ministre Pierre Pettigrew ? Quand a-t-il contesté la politique du «cadenas diplomatique» imposée au Québec sur la scène internationale depuis 40 ans ? Quand a-t-il appuyé la doctrine énoncée en 1965 par le ministre de l'Éducation de l'époque, Paul Gérin-Lajoie, en ce qui concerne le prolongement externe de nos compétences constitutionnelles internes, doctrine qui constitue le fondement juridico-politique de notre présence internationale ? Jean Charest peut-il nous assurer que, contrairement à l'immense majorité de ses collègues ambassadeurs, il n'a pas, dans tous les pays où il a représenté le Canada, donné du Québec moderne une image caricaturale et mensongère ?

 

Ayant baigné depuis 30 ans dans la paranoïa fédérale à Ottawa sans jamais s'en dissocier, il sera difficilement en mesure de mener le combat pour la place du Québec à la tête de son poste le plus névralgique, Paris. En effet, en France autant qu'ailleurs, la vie d'un diplomate québécois est un combat quotidien, comme peuvent en témoigner tous les anciens délégués généraux, dont son prédécesseur, Clément Duhaime.

 

À cela s'ajoute l'affront ainsi fait à tous ceux qui, avec compétence et loyauté, oeuvrent au ministère des Relations internationales, ou ailleurs dans la société québécoise, et se préparent, depuis de nombreuses années, à assumer la relève. Nous ne sommes plus, contrairement à ce que voudrait nous faire croire Jean Charest, à l'époque de la Révolution tranquille, où nous avions besoin d'importer d'Ottawa pour créer notre diplomatie un ambassadeur chevronné, Jean Chapdelaine, qui a été notre maître à tous et nous a appris notre métier, où nous avions aussi besoin, venant d'Ottawa, d'un Jean Lesage qui croyait au Québec. À sa nation et à son État.

 

Jean Charest lui, visiblement, n'a jamais vraiment quitté Ottawa et rêve toujours d'y retourner...

 

EXPOSE DE CLAUDE ROQUET SUR LES ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES A L'AADQ

 

SEPTEMBRE 2007

 

 

 

                                       Accommodements et différences 

 

 

Si j’ai suggéré un dialogue, entre membres intéressés de l’Association des anciens Délégués du Québec, concernant les « Accommodements raisonnables », c’est que les débats au Québec à ce sujet m’ont paru d’une importance majeure, étant donné surtout l’approche très large que propose la Commission Taylor-Bouchard. 

 

Vous aurez vu le document de consultation de la Commission, au www.accommodements.qc.ca.  Il traite de quatre dimensions des rapports interethniques, chacune fort ambitieuse :

 

1-     les valeurs et les droits;

2-     la diversité culturelle;

3-     l’intégration collective;

4-     la laïcité. 

 

On m’a demandé de lancer les échanges de vue, lors de notre déjeuner.  À cette fin, je me contenterai de quelques remarques personnelles, évidemment très limitées et discutables, sur chacun de ces quatre thèmes tels qu’ils sont présentés dans le document de la Commission.     

 

Remarques préliminaires 

 

Certains auraient voulu que le gouvernement tranche (« Commission égale démission »). 

On a contesté la composition de la Commission.    

On a condamné son approche comme élitiste et insuffisamment ouverte à tous.

On a regretté qu’elle ait élargi démesurément le débat. 

On a craint que la consultation ne provoque des attitudes négatives et racistes. 

  

Personnellement, je ne suis pas très sensible à ces critiques.  Je suis heureux que le Québec engage là un large débat sur de larges questions. 

 

Concernant les valeurs et les droits : 

 

À la p. 17 de son document, la Commission énumère « certaines valeurs fondamentales à l’honneur dans notre société », sans y inclure l’héritage religieux du Québec.  C’est une lacune.  C’est trop facilement gommer des siècles d’histoire religieuse qui marquent les valeurs, l’identité et le patrimoine culturel du Québec.  Les valeurs qui inspirent les Québécois découlent en bonne partie de leurs racines judéo chrétiennes (à plus de 90%), à quoi s’ajoute l’apport d’autres religions et courants de pensée.  Pour refléter cette réalité, on pourrait se contenter d’une formule modeste, comme celle de l’Union européenne : « l’héritage religieux et humaniste du Québec ».   Ou de façon plus large évoquer les valeurs qui dérivent des grands monothéismes, des autres religions et des traditions humanistes du Québec. 

 

Au plan des droits, le document évoque la liberté de religion et s’interroge sur son sens et sa portée.  Pour ma part, je reconnais la liberté de religion comme un droit essentiel. Mais la religion peut servir de prétexte à des exigences diverses.  À mon avis, on ne saurait accepter en son nom des pratiques criminelles (mutilation féminine; meurtres d’honneur; fatwas appelant à l’assassinat) ou contraires au droit établi en Occident (polygamie); ou encore l’intégration dans notre système juridique de systèmes juridiques religieux.

 

En ce qui concerne les accommodements pour motifs religieux, je ne m’en remettrais pas à une conception subjective ou personnelle d’une religion (comme la Cour suprême du Canada, voir p. 31), mais plutôt à ses définitions officielles et à ses exigences centrales.  Par ailleurs, on n’a pas à se plier à ceux qui voudraient imposer à d’autres les obligations religieuses que leur impose leur religion.  Enfin, il serait utile d’établir des orientations pour certains problèmes fréquents dans des milieux comme l’université, l’hôpital etc. 

 

Sur la diversité culturelle : 

 

       1- Le respect des autres cultures ne doit pas amener la majorité québécoise à traiter la

sienne comme une parmi d’autres.  La société d’accueil a sa consistance et son histoire, sur laquelle la majorité imprime légitimement mais non exclusivement son propre caractère, tout en demeurant ouverte et en acceptant d’évoluer. 

 

        2- Certains « signes » culturels n’ont pas le même sens pour la société d’accueil et pour tel immigrant (par ex., le voile).  Certains traits purement culturels sont indûment sacralisés comme religieux. 

 

Sur les rapports interculturels  et l’intégration collective : 

 

1-     Un « Républicanisme » basé uniquement sur les rapports juridiques et les grands droits universels  peut sembler éluder les problèmes des rapports interethniques; mais il vide la société de sa réalité et de son histoire (voir l’ouvrage de Fernand Dumont sur la formation de la société québécoise). 

 

2-     C’est une société entière qui accueille l’immigrant et son ethnie dans le dipôle de « l’interculturalisme ».  On ne peut biffer de notre société la profondeur historique de sa culture française (sans exclure la dimension anglophone et autochtone) et de ses dimensions religieuses. Les deux côtés du dipôle ne sont pas de même nature et n’ont pas le même statut.  Cela n’exclut nullement une attitude d’ouverture et d’accueil culturel. 

 

Sur la laïcité, quelques remarques :

 

1-     Chaque société qui se dote d’un espace public laïc le fait à sa façon, en fonction de son histoire et de ses réalités.  Aucune laïcité n’est identique aux autres.  Le Québec doit se donner sa conception de la laïcité et accepter qu’elle évolue avec le temps.  S’attacher à un type inamovible, reflet supposément pur des principes des Lumières, entraînerait des effets pervers.  Au sujet de la laïcité en Turquie, le titulaire de la chaire du département d’études du Proche Orient à Princeton faisait remarquer récemment qu’une définition trop rigide et doctrinaire de la laïcité risquait de polariser et de diviser inutilement la société turque (interview dans Today’s Zaman sur internet, 27 août 2007).  

     

2-     Il faut distinguer laïcité et laïcisme.  La laïcité est un cadre agréé qui gère le rapport entre religions, philosophies et idéologies dans la société.  Une de ces idéologies est un laïcisme (Denise Bombardier a utilisé la formule : « laïcité fondamentaliste ») qui prône une perception très négative des religions et voudrait les exclure totalement de l’espace public.  Cette idéologie a droit de s’exprimer mais elle n’est pas neutre et ne peut prétendre être la laïcité.  Par ailleurs, l’agnostique ou l’athée peut être sensible aux valeurs d’origine religieuse (voir Comte-Sponville cité par Grand’maison, « Pour un nouvel humanisme », p. 159). 

 

3-     La laïcité doit permettre un dialogue ouvert, dans la société, notamment sur les questions relatives aux valeurs, à l’éthique, au « sens », et non prétendre interdire ce dialogue aux divers courants de pensée, politiques, idéologiques, philosophiques ou religieux.   

 

 

Québec entre la France et les États-Unis

Anne Legaré
Le Devoir vendredi 4 juin 2004
 

Louise Beaudoin, dans un article du Devoir du 11 mai, souhaite remettre les choses en place en ce qui concerne la politique du dernier gouvernement souverainiste à l'endroit de la France. Cette ouverture à un débat incomplet jusqu'à maintenant me paraît souhaitable et je me réjouis qu'elle y consente. Le but de ce débat n'est pas de mettre en cause le travail de Louise Beaudoin. Bien au contraire. Dans l'ouvrage Le Québec, otage de ses alliés. Les relations du Québec avec la France et les États-Unis, je souligne en juste part la «détermination» de l'ancienne ministre dans les dossiers qui concernent la relation du Québec avec la France.

Il ne s'agit donc pas ici d'attribuer des satisfecit au travail parfois salutaire de l'ancienne ministre au sein d'un gouvernement qui a semblé ambivalent, sinon divisé entre la logique d'une option américaine quasi exclusive et la nécessité d'un contrepoids traduit dans une option française et européenne forte. Cet enjeu est à la fois social, culturel et politique.

Dans ce contexte, ne faudrait-il pas profiter de la situation dans laquelle l'alternance politique met les Québécois pour tenter de comprendre et faire comprendre pourquoi, en tout premier lieu, nos intérêts seraient de tel côté plutôt que de tel autre. Cela, en approfondissant une question qui n'est jamais totalement tranchée ni totalement claire, celle très complexe de l'identité du Québec, une communauté francophone en perpétuelle transformation, traversée par la diversité de ses composantes et par les effets du pouvoir de son voisin américain. [...]

Ambivalence

Les efforts de Louise Beaudoin et l'amitié que nous porte la France n'ont-ils pas été contrés à maintes occasions, au cours des dix dernières années, par les intérêts partagés entre la France et le Canada? Comment expliquer le sentiment d'ambivalence à l'endroit de la France qui s'est fortement manifesté dans les milieux intellectuels québécois? La société québécoise n'est-elle pas concernée par la relative indifférence affichée par les étudiants à l'endroit des universités françaises?

Quel est l'impact sur l'identité québécoise des contraintes externes qui pèsent sur la politique internationale du Québec (subordination à la politique étrangère du Canada, solidarité indispensable dans l'alliance avec les États-Unis et avec le Canada sur les questions de sécurité, extension de plus en plus large du libre-échange, importance du marché américain pour nos exportations, etc.)? Quelles sont les positions de fond de nos gouvernements à ce sujet?

Le besoin de définir une politique internationale faisant contrepoids aux tendances continentales est-il partagé collectivement? Comment une telle politique pourrait-elle être expliquée aux Québécois? Quel poids doit-on donner aux liens franco-québécois par rapport à ceux que nous chérissons avec les États-Unis? Le mouvement entraîné par les échanges commerciaux avec les États-Unis peuvent-ils tenir lieu de seul déterminant d'une vision des intérêts du Québec à long terme?

Les citoyens ont-ils les outils nécessaires pour interpréter ou décoder en «termes identitaires» les nombreuses déclarations favorables à une plus grande intégration continentale en même temps que la volonté d'affirmation nationale ou étatique? [...]

Louise Beaudoin rappelle que l'option française n'a pas fait l'unanimité au sein du gouvernement souverainiste et que l'on doit quand même à son action d'avoir actualisé une «vraie politique» à l'égard de la France. [...]

Je fais état dans Le Québec, otage de ses alliés des contradictions internes du document produit par le gouvernement du Parti québécois et adopté par l'Assemblée nationale appelé Plan stratégique 2001-2004. Les liens avec la France y sont mesurés à «la place que la France occupera par rapport à d'autres partenaires européens» (p. 228). N'est-on pas justifié de penser que l'ambiguïté d'une telle déclaration est le signe d'un refus de prendre parti face à des points de vue qui divisent également les Québécois par rapport aux questions identitaires? Peut-on sérieusement se contenter de louer les efforts d'une action indéniablement productive mais qui demeure partielle? Agir davantage sur les représentations que se font les citoyens québécois, telle devrait être la priorité des deux partenaires impliqués dans une politique franco-québécoise tournée vers la promotion de la diversité culturelle.

Qu'on me comprenne bien: l'enjeu n'est plus de penser le Québec comme à l'ère de la survivance ni d'ériger la France en modèle ou en lieu de mémoire empreint de nostalgie. Il s'agit de dynamiser un débat pour que les relations internationales du Québec soient à moyen terme un outil de renforcement d'une identité spécifique.

À cette fin, je propose deux moyens. Le premier consiste à solliciter des acteurs politiques qu'ils mettent au service des citoyens une véritable politique de communication en matière de relations internationales. Le second moyen est de s'affranchir de toute réserve face au débat public afin de permettre à chacun de mieux saisir les tenants et les aboutissants de certains choix dont les conséquences concernent chacun. Louise Beaudoin n'aurait rien à perdre dans ce débat.

Anne Legaré : Professeure au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal et auteure de Le Québec, otage de ses alliés. Les relations du Québec avec la France et les États-Unis (VLB, 2003).

 

 

Le Devoir 25 janvier 2011 Québec

Tirons profit du rapport Bastarache

Denis de Belleval - Ministre de la Fonction publique sous René Lévesque

                Ancien Délégué général du Québec à Bruxelles

 

Les voies du Seigneur sont impénétrables, surtout en politique! Après la saga des compteurs d'eau à Montréal et les récits de voyage ambigus sur le yacht d'un entrepreneur omniprésent, on attendait la mise sur pied d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction. On reçoit plutôt un rapport circonspect qui recommande une refonte du mécanisme de nomination des juges relevant de la compétence du gouvernement du Québec. Pourquoi ne pas en tirer profit?

De temps immémoriaux, la nomination des juges est un des champs favoris où s'exerce le bon patronage au sein de nos gouvernements. Et ce n'est pas par hasard si la loi anglaise de 1867, qui nous tient lieu de Constitution, stipule que la nomination des juges des cours supérieures relève du gouvernement fédéral, même si l'administration de la justice a été confiée aux provinces. Sir John A. Macdonald, ce «patroneux» par excellence, en avait fait un enjeu stratégique des tractations au coeur de la genèse du dit texte de loi. Au Québec, les mailles de la réforme élaborée par Marc-André Bédard, ministre de la Justice sous René Lévesque, se sont révélées finalement assez larges pour que la nomination de nos propres juges fournisse un sol fertile à nos émules de Sir John...

Changer des moeurs

Le resserrement du processus que propose la commission Bastarache est donc opportun. Mais que l'on ne s'y trompe pas: il est plus facile d'améliorer des institutions que de changer des moeurs. Après tout, il y a peu, des ténors du milieu juridique prétendaient que nous avions le meilleur système de nomination des juges au monde. D'autres, et au plus haut niveau, minimisent la portée des recommandations qui découlent du rapport dont l'opportunité a été pourtant amplement démontrée: «La preuve a révélé qu'il [le processus de nomination] est perméable aux interventions et influences de toutes sortes, notamment de députés, de ministres, de membres de partis politiques, d'avocats ou des candidats eux-mêmes...» Remarquons, en passant, l'euphémisme: membres de partis politiques et non solliciteurs de fonds, tâche pourtant fort honorable.

Or, ayant connu les mêmes phénomènes, les Britanniques, ces conservateurs prudents et pragmatiques, ont décidé, depuis 2006, d'en finir avec des pratiques d'un autre âge en réduisant à sa plus simple expression le cordon qui relie la nomination des juges au politique. Ils ont mis sur pied une commission indépendante chargée de choisir leurs juges par voie de concours, selon les normes usuelles en la matière: le mérite ou la compétence du meilleur candidat, compte tenu des critères utilisés. Le choix qui est laissé ensuite au Lord Chancellor, leur ministre de la Justice, est d'accepter ou de refuser la nomination du seul candidat proposé. Un refus s'est produit une fois, en 2008. La commission a revu le dossier, a proposé de nouveau le même candidat et celui-ci a été nommé.


Il appert que nous, provinciaux, ne devrions pas suivre cet exemple. Selon la commission Bastarache, «il n'y a rien de choquant à ce que les élus choisissent des gens qui partagent la même philosophie», ce qui, toujours selon la Commission, «n'est pas la même chose que le copinage ou le népotisme qui ne servent [sic] qu'à remercier des candidats pour services rendus.» Un jésuite ne saurait mieux dire!

Accordons tout de même à la Commission la volonté de restreindre la marge de manoeuvre des élus aux trois meilleurs candidats proposés par un secrétariat indépendant - à mettre sur pied - calqué sur le modèle britannique. M. Bastarache prévoit aussi que le ministre pourrait refuser en bloc la liste soumise (recommandation 27). Mais au fond, il recommande, à toutes fins utiles, que le ministre de la Justice, voire le premier ministre et le Conseil des ministres tiennent leur propre concours à partir de la liste fournie par le secrétariat et procèdent même à des consultations externes «sauf auprès des personnes en leur qualité de solliciteur de fonds, d'employé ou de membre d'un parti politique» (recommandation 29). Que MM. Fava et Rondeau se le tiennent pour dit, ne fût-ce qu'avec leurs simples suggestions qu'il ne faut pas confondre avec des pressions indues ou colossales! Bref, c'est le retour en force de la dame aux post-it. Comme on le voit, le démon est dans les détails.

Responsabilisation du pouvoir politique

Il nous serait possible d'allonger ici les incongruités, les dysfonctionnements, les injustices et les controverses auxquels donnera lieu immanquablement la marge de discrétion ministérielle que propose de laisser au politique le rapport Bastarache. Une porte doit être ouverte ou fermée; les demi-vierges relèvent du fantasme. Une réforme s'impose et plusieurs des recommandations de la Commission devraient être retenues. Mais nos législateurs auraient intérêt à aller jusqu'au bout de sa logique, au lieu de se contenter de demi-mesures, dont les avatars reviendront immanquablement nous hanter, à plus ou moins brève échéance.

À cet égard, l'argument de la prétendue indispensable conservation de la responsabilisation du pouvoir politique a le dos large! La rigueur du raisonnement en la matière n'est pas toujours au rendez-vous et l'affirmation péremptoire tient souvent lieu de démonstration.