Anecdotes vécues avec Bernard Landry

Marcel Gaudreau

 2018-11-07

''Lors d'une mission en Europe au début des années 2000, et notamment à Barcelone, alors qu'il était ministre des finances dans le gouvernement Bouchard, une journaliste catalane lui demandait  de se prononcer sur ses ennemis politiques. Il avait repris cette dernière en lui disant qu'il avait des adversaires politiques et non des ennemis. Il s'élevait au-dessus de la mêlée, ce que certains nomment la grandeur.''

François Bouilhac

2018-11-07

''Mi-septembre 1997, à titre de DG du Bureau des Missions au MDE (ministère du Développement économique), j’accompagne M. Landry en mission en Argentine et au Pérou. La portion Argentine se déroule sans problème, M. Landry est très à l’aise dans la langue de Cervantès; les gens d’affaires sont contents du soutien accordé par le ministre des Finances.

Pour rallier Lima qui est la seconde destination de la mission, l’avion fait une escale de deux heures à Santiago du Chili. Dans le salon d’attente, M. Landry prend connaissance d’une nouvelle qui le dévaste : un journaliste de la Gazette laisse entendre que son épouse d’alors Lorraine Laporte, qui souffre d’un cancer grave (et en décèdera en 1999), aurait bénéficié d’un traitement de faveur pour ses soins à l’hôpital, suite à une intervention de son mari; cela se serait passé au détriment d’autres patients, ce qui n’est évidemment pas la vérité. La chose a rebondi à l’Assemblée Nationale et un député de l’Opposition a attaqué M. Landry, en son absence, sur ce sujet.

 Le trajet Santiago-Lima est un cauchemar, le ministre est révolté et il veut annuler la portion Pérou pour rentrer au plus vite au Québec. On le sent «vraiment dévasté» par une telle injustice; il en pleure même. En arrivant à Lima, vers une heure du matin, son adjointe l’envoie se coucher. Conseil de guerre entre les fonctionnaires et la personne de son cabinet. On reste positif et tout le monde s’entend pour «tirer dans le même sens». Le matin arrive, il est encore très «fragile», mais il s’est ressaisi. Le jeune ambassadeur du Canada qui l’accueille (un anglophone dont c’est le premier poste dans cette fonction) sait trouver les mots justes et sincères. Il convainc Monsieur Landry de ne pas modifier le programme préparé et la mission se déroule normalement.

 Malgré sa peine et sa colère, le ministre des Finances «livre une fois de plus la marchandise».''