Il y a 50 ans, le Québec à Paris

Revue de presse

Charest commémore les 50 ans de la représentation du Québec à Paris

Le premier ministre Jean Charest a terminé sa tournée à Paris en dévoilant une plaque commémorant l'ouverture, il y a 50 ans, de la représentation québécoise dans la capitale française. La Délégation générale du Québec à Paris est la seule à avoir un statut diplomatique.

« Ces lieux ont été témoins des premiers pas de la relation entre le Québec et la France et, de fait, des premiers pas de la diplomatie québécoise moderne », a déclaré le premier ministre Jean Charest.

Cette Maison du Québec constitue en quelque sorte le berceau de l'action internationale du Québec. Il s'agit, à ce titre, d'un lieu de mémoire exceptionnel.

— Jean Charest

Ce dévoilement s'inscrivait dans une série d'activités commémoratives auxquelles a participé le premier ministre du Québec cette semaine à Paris.

Jean Charest a profité de l'occasion pour rendre hommage à Paul Gérin-Lajoie, à l'origine de la doctrine qui guide les activités internationales du Québec depuis près d'un demi-siècle, à savoir que le Québec peut agir à l'étranger dans ses domaines de compétence.

L'ancien ministre, aujourd'hui âgé de 92 ans, a prononcé en 1965 un discours devant le corps consulaire de Montréal qui allait passer à l'histoire. Alors vice-premier ministre du Québec, Paul Gérin-Lajoie voulait simplement souligner que la province canadienne possédait la capacité juridique d'exercer ses compétences constitutionnelles sur le plan international, et pouvait donc participer pleinement à tous les débats internationaux qui le concernent. Cette doctrine, qui a d'abord servi des besoins ponctuels, est devenue la base de la plupart des actions internationales du Québec.

En octobre 1961, le premier ministre Jean Lesage a inauguré la Maison du Québec à Paris, devenue la Délégation générale du Québec à Paris en 1964. Le délégué général du Québec à Paris a alors obtenu un statut diplomatique. Quelques années plus tard, le reste de la délégation a également obtenu ce statut, normalement réservé aux représentants d'États souverains.

 

 

Relations internationales - La ministre Gagnon-Tremblay est des célébrations

La Délégation «doit servir de tremplin pour consolider l'image que le Québec projette à l'échelle internationale»

Monique Gagnon-Tremblay<br />

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Monique Gagnon-Tremblay
 

La Délégation générale du Québec à Paris doit consolider ses acquis tout en poursuivant ses actions à l'échelle politique, culturelle et économique. Tel est l'essentiel du message de Monique Gagnon-Tremblay, titulaire du ministère des Relations internationales. Entretien.

On aura compris que Mme Gagnon-Tremblay est aux premières loges lors des célébrations du 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris. «C'est une grande fête. On célèbre les 50 ans de la présence du Québec à Paris. Et, quand on regarde le passé et qu'on regarde l'avenir, vous comprendrez qu'il s'est fait beaucoup de choses en 50 ans», lance d'entrée de jeu la ministre.

«Ce qui est exceptionnel au sujet de notre Délégation à Paris, c'est qu'elle jouit des avantages qu'on accorde habituellement à une ambassade. Elle se démarque ainsi de toutes les autres Délégations que nous avons dans le monde. Elle profite d'une relation directe et privilégiée entre le Québec et la France, qui s'exprime à travers ce dispositif diplomatique en vertu duquel le Consulat général de la France à Québec et la Délégation générale du Québec à Paris assurent sans intermédiaire les communications de gouvernement à gouvernement.»

Le fait français

L'autre élément qui distingue cette Délégation par rapport à ses consoeurs québécoises à l'échelle internationale est le fait du parrainage de l'Entente Québec-France sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. Cette entente, qui s'inscrit comme l'un des chantiers importants du nouvel espace économique du Québec, selon la ministre Gagnon-Tremblay, a été signée le 17 octobre 2008 par le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le président français, Nicolas Sarkozy.

L'entente vise à faciliter et à accélérer l'acquisition d'un permis pour l'exercice d'une profession, d'une fonction ou d'un métier réglementé au Québec ou en France par l'adoption d'une procédure commune de reconnaissance des qualifications professionnelles. La documentation gouvernementale note que, depuis sa mise en service, une centaine d'autorités professionnelles ont appliqué cette procédure, permettant, là où une équivalence globale existait, la conclusion d'un arrangement de reconnaissance mutuelle des qualifications. «C'a été un moment historique, la signature de cette entente», tient à rappeler la ministre.

La Délégation générale du Québec à Paris ne se distingue-t-elle pas par le fait français? «Oui, c'est vrai qu'il y a le fait français. Mais je vous dirais que, si c'est le cas pour Paris, ce l'est également à l'échelle internationale. Quand on parle du fait français, il faut rappeler que c'est avec la France que nous avons cheminé dans l'optique de nos relations internationales à l'échelle de la Francophonie. Si nous sommes considérés comme des partenaires à part entière au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie, c'est grâce aux Français, qui nous ont donné un coup de main.»

Un tremplin

Si la Délégation générale du Québec à Paris a servi de carrefour politique, culturel et économique au cours des 50 dernières années, le bagage d'expérience accumulée «doit servir de tremplin non seulement pour consolider nos acquis, mais aussi pour consolider l'image que le Québec projette à l'échelle internationale. Le Québec est bien perçu dans le monde. Le Québec est présent dans 17 pays et dans 28 villes. Nous célébrons les 50 ans de la présence du Québec à Paris, mais nous célébrons de plus les 40 ans de la présence du Québec en Allemagne, en Bavière. Nous sommes au Japon aussi depuis 40 ans. Nous sommes en Italie depuis longtemps, nous sommes présents en Angleterre et nous sommes présents à New York depuis 60 ans.»

La ministre Gagnon-Tremblay tient à souligner que le gouvernement du Québec ne pourrait plus se passer de ses bureaux internationaux et de ses Délégations. «Ils sont absolument essentiels, dit-elle en ramenant, par la même occasion, la conversation vers la France. Ce qui est intéressant en ce qui concerne la France, c'est que le Québec travaille étroitement avec les régions françaises en développant des programmes de coopération et en misant sur eux. Et cette coopération emprunte la voie des visites ministérielles.»

Cette collaboration, observe encore Mme Gagnon-Tremblay, est rendue possible par l'entremise de la Commission permanente de coopération franco-québécoise. «Cette année, précise-t-elle, une centaine de projets de collaboration [auront lieu] qui totalisent 1,4 million de dollars. Cela mettra à contribution des chercheurs, des ministères, des artistes, des créateurs, des représentants des milieux associatifs et privés et d'autres encore.»

En conclusion, Monique Gagnon-Temblay rappelle que le parcours de la Délégation générale du Québec à Paris a posé «de grands jalons pour que la prochaine génération puisse à son tour mener encore plus loin cette relation unique que nous entretenons avec la France».
 

Relations Québec-France - Après la culture, les relations économiques

Michel Robitaille<br />

Photo : Source ministère des relations internationales

Michel Robitaille
 

Après 50 ans de présence en France, la Délégation du Québec à Paris a réussi à faire reconnaître, indéniablement, la dimension culturelle qui unit les deux nations. Elle tente aujourd'hui d'aller chercher la même reconnaissance dans le secteur économique et compte, notamment, sur le Plan Nord pour y arriver. C'est du moins le défi que s'est fixé le délégué général du Québec à Paris, Michel Robitaille.

Arrivé en poste il y a moins d'un an, le délégué général s'est donné pour mandat prioritaire de mettre en valeur la dimension économique qui unit la France et le Québec. «La dimension culturelle est très importante et bien reconnue, mais la dimension économique de la relation franco-québécoise, elle, est moins connue. Alors, je me suis donné pour mandat d'être très près des gens d'affaires et d'appuyer, par exemple, le cercle des dirigeants d'entreprises franco-québécoises, qui réunit des dirigeants d'entreprises qui sont à la fois implantées au Québec et en France, et de les mettre en valeur.»

Selon lui, les gens commencent à peine à comprendre l'importance de la relation économique franco-québécoise. Et pourtant, la France est le troisième partenaire européen, après l'Allemagne et le Royaume-Uni, en matière d'import-export. La relation est encore plus importante, soutient-il, en ce qui concerne la présence des entreprises françaises au Québec.

À ce jour, quelque 400 entreprises françaises sont établies au Québec et 140 entreprises québécoises sont présentes sur le territoire français. «Dans la relation franco-québécoise, il y a plusieurs grandes entreprises françaises qui ont choisi le Québec pour point d'ancrage en Amérique du Nord, explique Michel Robitaille. Je pense par exemple à Ubisoft, un des plus grands employeurs français au Québec. Et c'est la même chose pour les entreprises québécoises, comme Bombardier et SNC-Lavalin, qui ont leur point d'ancrage en France.»

Le délégué se réjouit de voir s'achever le dossier de la reconnaissance mutuelle de la formation professionnelle. C'était le dossier prioritaire des trois dernières années après la signature, en 2008, d'une entente par le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le président français, Nicolas Sarkozy. «En un peu moins de trois ans, nous avons réussi à signer 80 ententes qui couvrent à peu près tous les secteurs de formation professionnelle pour des métiers qui pourraient être touchés par une telle entente.»

De la centaine d'ententes possibles, 80 ont déjà été signées et une soixantaine sont déjà en oeuvre, ce qui permet une meilleure mobilité des travailleurs et favorise les entreprises travaillant sur les deux territoires.

Cap sur le Plan Nord

L'autre facteur qui va aider le délégué général dans sa mission de mise en valeur des relations économiques entre le Québec et la France, c'est le fameux Plan Nord de Jean Charest. «Les Français sont très intéressés par le Plan Nord, assure le délégué général. Il y a le ministre [chargé de l'industrie] Éric Besson qui a effectué une mission il y a quelques semaines au Québec, et cette coopération franco-québécoise pour le développement du Nord québécois va certainement être un élément qui sera au centre de notre coopération franco-québécoise pour les prochaines années.»

Selon lui, le Plan Nord va permettre de développer de multiples liens entre la France et le Québec sur le plan de la recherche et de la coopération économique dans le secteur de l'environnement, du développement durable et de l'écotourisme, entre autres. «Il y a présentement six chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) qui sont à l'Université Laval, à la chaire d'études nordiques, et qui travaillent avec les chercheurs québécois sur des enjeux du développement du Grand Nord. C'est une première pour le CNRS.»

Même Monaco, qui est couvert par la Délégation générale du Québec à Paris, s'est mis de la partie avec la fondation du prince Albert II qui finance un projet d'atlas de la biodiversité du Grand Nord québécois.

Diversité


Entre les activités de représentation auprès des instances politiques, l'organisation de missions économiques, les rencontres de négociations avec des partenaires et le développement d'un réseau de contacts dans tous les domaines à l'intention des Québécois qui se rendent en France, le délégué général du Québec à Paris veille à assurer une plus grande visibilité du Québec sur l'ensemble du territoire français. Et, sur ce plan, le 50e anniversaire de la délégation lui permet de déployer tous ses atouts.

Depuis avril dernier, on ne compte plus les activités qui se déroulent dans la capitale et en région. Il y a eu le spectacle musical Le Québec prend la Bastille, la restauration de la place du Québec à Saint-Germain-des-Prés, la création d'un concours radiophonique sur les chansons francophones les plus appréciées du public français, l'organisation de colloques qui rappellent les hauts faits de la coopération, la création d'un prix d'excellence pour les entrepreneurs franco-québécois et même l'organisation d'un festival des arts numériques pour faire valoir l'expertise québécoise dans ce domaine.

À travers toutes ces festivités, Michel Robitaille tente de faire briller le Québec à tous les niveaux et sur tout le territoire. «Mon objectif était de mettre en valeur ce qui est fait par la coopération, les secteurs d'excellence et de grandes réussites, mais également de refléter la diversité de la délégation franco-québécoise, alors j'ai trouvé des partenaires tant des secteurs privé que public pour l'organisation de manifestations qui touchent tous les secteurs.»

Et, pour sortir de la région parisienne et faire rayonner le Québec dans toute la France, la délégation mise notamment sur l'Association France-Québec, composée de milliers de bénévoles amoureux du Québec qui organisent, dans 63 régions de la France, des activités visant à faire la promotion du Québec. «Ce sont des gens qui, par dévouement et par intérêt du Québec, deviennent des relayeurs de la Délégation générale, soutient Michel Robitaille. C'est un réseau très précieux pour nous, parce que ses membres sont sur l'ensemble du territoire, ils connaissent très bien les associations et ils font vivre cette relation franco-québécoise au quotidien.» C'est, selon lui, l'un des fleurons de la délégation, avec l'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), qui a fait voyager quelque 140 000 jeunes depuis sa création en 1968.

La délégation a bien vieilli, selon lui, car elle a su s'adapter à l'évolution des sociétés française et québécoise. Et ce qu'il voit, aujourd'hui, au sein de la Délégation générale du Québec à Paris, lui donne bon espoir pour le futur. Car, comme il le dit si bien, un cinquantième anniversaire, c'est à la fois une vitrine sur le passé et une occasion de se projeter vers l'avenir.
 

50 ans de la Délégation du Québec à Paris - Devoir de mémoire, de reconnaissance, de persistance

Paul Gérin-Lajoie, premier ministre de l'Éducation sous le gouvernement Lesage et président-fondateur de la Fondation Paul Gérin-Lajoie 5 octobre 2011 Europe

Nous publions le discours que prononcera M. Gérin-Lajoie ce soir dans le cadre des célébrations entourant la Délégation

Vous imaginez facilement qu'à l'âge où j'en suis, j'ai une multitude de souvenirs. Mais, hélas, avec le passage du temps, ils ne sont pas tous aussi nets, aussi marqués, les uns que les autres. Certains, encore présents, s'estompent tranquillement. Par contre, d'autres restent ineffaçables.


C'est le cas de l'événement qui s'est produit, il y a cinquante ans, et que nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer comme il convient: l'inauguration de la Délégation générale du Québec en France en octobre 1961. De la «Maison du Québec» à Paris, disions-nous familièrement à l'époque.

Plusieurs représentants du Québec, dont le premier ministre Jean Lesage et un bon nombre de ses collègues (j'en faisais moi-même partie), étaient présents sur place, en compagnie de personnalités du gouvernement français, de nombreux conseillers, de représentants du gouvernement fédéral et de plusieurs journalistes. Je n'aurais jamais pensé alors que, cinquante ans plus tard, je participerais à la fête d'aujourd'hui. Comme quoi on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve.

L'avenir justement, celui de notre Délégation générale, s'est révélé plein de surprises heureuses et fertiles en développements dont nous ne pouvions pas prévoir la variété ni l'ampleur. Pour utiliser une terminologie contemporaine, je dirais que notre Délégation a été un investissement éminemment rentable. Un investissement dans le sens le plus noble du terme, car il a ouvert au Québec des horizons qui seraient sans doute restés fermés autrement.

Un précédent de taille

En instituant cette Délégation, le Québec, État non souverain, instituait du même coup des relations directes, de gouvernement à gouvernement, avec la France, État souverain. On a tendance à l'oublier aujourd'hui, mais c'était là une innovation considérable, un précédent de taille. Une nouveauté qui ne serait jamais survenue sans la compréhension, je dirais même la complicité active, de la France et, surtout, de son président, le général de Gaulle.

Le général avait senti, et son ministre André Malraux aussi, que les Québécois étaient désireux de s'ouvrir au monde. [...] entre le Québec et l'extérieur, il n'existait pas de relations d'État à État. Pour que cela se produise, il fallait qu'un autre pays soit disposé à créer un précédent, malgré les obstacles prévisibles, certains juridiques, d'autres politiques. Seule la France, avec qui les Québécois avaient tant d'affinités historiques et culturelles, pouvait jouer ce rôle et participer d'une manière originale à cet épanouissement du Québec.

Il fallait aussi que, du côté québécois, plus précisément au niveau du gouvernement, on soit prêt à agir. C'était le cas, même si, je dois le rappeler, on s'inquiétait dans certains milieux des difficultés possibles et, surtout, des dépenses qu'il faudrait encourir. Car, pour la première fois, une «province» établirait des relations directes avec un pays étranger. Toute une entreprise! [...]

Devoir de mémoire

En évoquant ces faits d'une manière forcément sommaire, je ne fais que m'acquitter, au nom de nous tous ici présents et au nom de tous les Québécois, d'un devoir naturel de mémoire.

Un devoir de mémoire qui doit s'accompagner d'un devoir de reconnaissance envers les personnalités politiques et les fonctionnaires, tant français que québécois, qui ont su faire fructifier l'investissement de 1961 en déployant imagination et détermination. Car [...] l'établissement de notre Délégation générale en France a donné naissance à une série de programmes et d'initiatives dont on osait à peine rêver au début. [...] Je [veux ici] rappeler trois développements.

Le premier à me venir à l'esprit est la croissance phénoménale des échanges France-Québec en éducation, puis, peu après, en culture. Ce fut en quelque sorte notre chantier de départ, celui qui s'imposait de toute évidence. À l'époque, au début de nos réformes en éducation, les lacunes du Québec en matière d'enseignement et de recherche étaient importantes. Nous avions besoin d'aide, mais d'une aide qui serait réciproque, établie sur une base d'égalité puisque, malgré nos besoins, nous pouvions nous aussi, sur certains plans, aider. Le pays tout désigné pour ce genre d'entreprise était évidemment la France qui, je le répète, a tout de suite été une sorte de complice du Québec.

C'est en effet la France qui fit que le Québec, vers la fin des années 1960, fut invité à se représenter lui-même, sans intermédiaire, au sein de conférences de pays francophones sur l'éducation. Cette avancée conduisit à la création de l'Agence de coopération culturelle et technique et, de là, à la mise sur pied du Sommet des pays francophones. [...]

La place du Québec

Je ne raconte pas l'histoire de cette progression dans l'organisation politique et structurelle de la francophonie, sauf pour rappeler qu'en ce qui concerne le Québec, elle ne se réalisa pas sans heurts ni conflits avec le gouvernement fédéral. Car — ce souvenir me tient particulièrement à coeur — en avril 1965, devant le corps consulaire de Montréal, j'avais exprimé la détermination du Québec de prendre dans le monde contemporain la place qui lui revient et insisté sur la capacité juridique du Québec d'exercer au plan international les compétences constitutionnelles que lui reconnaît la Constitution canadienne.

Cette prise de position de Jean Lesage souleva l'étonnement, voire la consternation dans les milieux fédéraux, dont les vues sur le sujet étaient, disons, inspirées d'une conception beaucoup plus conservatrice et traditionnelle des relations internationales. Il s'ensuivit des frictions qui firent la manchette des médias, mais cette idée du «prolongement externe des compétences québécoises internes», révolutionnaire à l'époque, a été acceptée et défendue non seulement par le gouvernement auquel j'appartenais alors, premier ministre en tête, mais par tous les gouvernements québécois depuis 1965. Je me permets de considérer aussi cette continuité comme un autre développement digne de mention.

Parler en son nom propre

Ce qui m'amène à évoquer un troisième devoir, de persistance celui-là. [...] Le monde change sous nos yeux. Les rapports entre États se multiplient et se compliquent. Les domaines sur lesquels on discute et les programmes qu'on met au point touchent toutes les activités humaines, pas seulement économiques. Il serait impensable et irresponsable — ce n'est heureusement pas le cas — que le Québec se contente de gérer l'acquis. Il est devenu pour lui encore plus vital qu'avant de parler en son propre nom et de se représenter lui-même dans les domaines qui relèvent de lui.

On me répondra que les autres provinces n'en font pas autant que lui et qu'il devrait être satisfait de ses réalisations, déjà impressionnantes quand on pense au nombre de ses délégations à l'étranger et à la variété de ses intérêts internationaux. Mais s'impose-t-il de rappeler que le Québec est à maints égards unique? Que sa situation démographique en Amérique du Nord est forcément précaire? Et que, s'il n'y voit pas lui-même, personne d'autre ne défendra spontanément ses intérêts et, encore plus évident, que personne d'autre ne fera la promotion de son identité propre?

Devoir de mémoire, de reconnaissance et de persistance, donc. Trois mots qui résument les sentiments que j'éprouve aujourd'hui, mon regard portant, en raison de mon âge, sur des décennies d'évolution québécoise.

En définitive, c'est l'honneur de ma vie d'avoir été associé de si près à la renaissance et à l'épanouissement de cette nation aujourd'hui ouverte plus que jamais «aux souffles du monde», comme le disait le grand poète de la francophonie Aimé Césaire.

***

Paul Gérin-Lajoie, premier ministre de l'Éducation sous le gouvernement Lesage et président-fondateur de la Fondation Paul Gérin-Lajoie

 

La place du Québec à Paris dans toute sa splendeur

Dans le cadre du 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris, une cérémonie a souligné la restauration et la mise en valeur de la Place du Québec à Paris et de l’œuvre qui l’orne, L’Embâcle, du sculpteur québécois Charles Daudelin.

Une plaque rappelant l’histoire de la place et la démarche de l’artiste a été dévoilée à cette occasion.

Inaugurée en 1980, la Place du Québec à Paris est située devant l’Église Saint-Germain des Prés, à l’un des carrefours les plus fréquentés de notre capitale.

Depuis 1984 s’y trouve L’Embâcle, sculpture-fontaine offerte par le gouvernement du Québec. Cette œuvre représente, sous la forme d’une fontaine stylisée, un flot d’eau soulevant et perçant les dalles du trottoir, symbolise de la débâcle des glaces flottantes au printemps sur le fleuve Saint-Laurent.

 

Inauguration de la place de Québec à Paris : MM. Bertrand Delanoé, maire de Paris, Michel Robitaille, délégué général du Québec à Paris, Mme Monique Gagnon-Tremblay, ministre des Relations internationales du Québec, M. Jean Charest, Premier ministre du Québec et Mme Daudelin, veuve du sculpteur Charles Daudelin auteur de la fontaine "l’embâcle" offerte par le Gouvernement de Québec à la ville de Paris en 1984, rénovée en 2011 à l’occasion du 50ème anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris.

© Ministère des Affaires étrangères et européennes/Frédéric de La Mure

 

50 ans de coopération avec la France - Le bilan de Jean Charest est contesté

Christian Rioux 5 octobre 2011 Québec

Paris — Au second jour de sa visite officielle en France, le premier ministre Jean Charest a dressé un bilan essentiellement positif de la coopération du Québec avec la France. Venu à Paris pour célébrer les 50 ans de la Délégation générale du Québec en France, le premier ministre clôturait hier avec le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, un colloque dressant le bilan de ce demi-siècle de coopération et organisé par la Commission franco-québécoise des lieux mémoires communs. Citant l'ancien sous-ministre et historien Guy Frégault, qui estimait que la relation du Québec avec la France ne pouvait se limiter à une simple relation diplomatique, Jean Charest a demandé: «Est-ce qu'il y a ailleurs une relation qui ressemble à ce que nous vivons?»

Cet optimisme ne semblait pourtant pas partagé par plusieurs intervenants de ce colloque tenu dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères. L'ancienne ministre des Relations internationales du Parti québécois, Louise Beaudoin, a déploré que le Québec ne soit jamais parvenu à convaincre la France de vraiment défendre le statut du français dans le monde. «Le français, c'est pourtant le chantier urgent pour la France et le Québec dans la francophonie.» «Il faut agir de toute urgence!», dit la députée de Rosemont, qui note que, alors que cette urgence ne semble pas comprise en France, le français décline à vue d'oeil à Montréal. «C'est la première fois de ma vie que je me demande si les Québécois ont encore cette volonté de survivre qu'ils ont affichée depuis 400 ans.»

Dans une intervention remarquée, l'universitaire Gérard Bouchard a dressé un bilan assez inquiétant d'une relation qui s'est beaucoup émoussée. Avec le «refroidissement de la question nationale, dit-il, l'engouement pour la France s'est beaucoup effacé [...]. La France est devenue un pays comme les autres, comme disait le poète Gaston Miron». Chiffres à l'appui, le sociologue note qu'aujourd'hui «la France est étonnamment peu présente dans la vie culturelle des Québécois». L'ancien consul général de France à Québec, Henri Réthoré, a déploré de son côté une relation qui «manque d'une certaine ardeur politique».

«Unique au monde»

Ces critiques ne semblent pas inquiéter Jean Charest, selon qui la relation qu'entretiennent la France et le Québec est «unique au monde». Ni d'ailleurs le ministre Alain Juppé, qui a tenu à souligner que «nos amis canadiens ont bien compris que notre amitié avec nos frères québécois était un atout majeur».

Jean Charest avait commencé sa journée en inaugurant une plaque identifiant la sculpture de Charles Daudelin sur la place du Québec, au coeur de Saint-Germain-des-Prés. Cette sculpture donnée en 1984 par le Québec à la France s'intitule L'embâcle (même si elle décrit la débâcle du printemps) et vient d'être rénovée par la Ville de Paris. Ironique, le maire de la capitale, Bertrand Delanoë, a qualifié Jean Charest du «plus parisien des Québécois». Le premier ministre a aussi dévoilé une oeuvre de Geneviève Cadieux intitulée La Voie lactée, qui est exposée dans la station de métro de la gare Saint-Lazare.

Même si la rencontre n'était pas prévue, Jean Charest a rencontré le leader socialiste Pierre Moscovici, avec qui il s'est entretenu une trentaine de minutes. Moscovici, qui a récemment visité le Québec, est un des principaux lieutenants du candidat favori de la primaire du Parti socialiste, François Hollande. Jean Charest n'a par ailleurs rencontré aucun des candidats en lice dans cette primaire.

Le premier ministre a aussi dîné avec des présidents et des vice-présidents de conseils régionaux pour leur parler du Plan Nord. Il a cependant précisé qu'aucun investissement ne serait annoncé durant cette visite. Aujourd'hui, jour anniversaire de l'inauguration de la Maison du Québec à Paris, Jean Charest sera reçu par le premier ministre François Fillon pour un entretien et un dîner officiel commémorant l'événement.

Pour justifier le refus du président Nicolas Sarkozy de le recevoir, Jean Charest a invoqué «un horaire très chargé et, entre autres, la naissance d'un enfant... C'est une rumeur, paraît-il». Cet accouchement appréhendé n'a cependant guère modifié l'agenda de Nicolas Sarkozy, qui a passé la journée d'hier dans le Gard, assistera ce matin au Conseil des ministres, déjeunera avec des intervenants sur la petite enfance, recevra le secrétaire général de l'OIF et s'envolera demain pour l'Arménie.

 

Association Québec-France - Pour l'amitié et l'amour de la France

Le Québec et la France sont organisés en «régionales»

Le Parc national de la Gaspésie, un «grand espace» fort apprécié des Français<br />

Photo : Source Sepaq

Le Parc national de la Gaspésie, un «grand espace» fort apprécié des Français
 

L'Association France-Québec est d'abord une association d'amitié. Pierre Provost, son président, témoigne.

Il y a quarante ans se créaient de part et d'autre de l'Atlantique deux regroupements de citoyens dans le but de promouvoir les échanges entre la France et le Québec. «Nous regroupons plus de 2000 Québécois et nous sommes ce qu'on pourrait appeler la "partie civile" de la coopération franco-québécoise, énonce Pierre Provost, président de l'Association Québec-France. À certains égards, la coopération franco-québécoise, c'est très administratif, gouvernemental et politique, alors que nous, nous sommes la société civile de participation à la coopération.»

Ce regroupement est avant tout une association d'amitié qui vise à développer les relations entre la France et le Québec. Constituée de 20 «régionales» qui tapissent le Québec — de la Gaspésie à l'Abitibi, de l'Outaouais à l'Estrie, illustre M. Provost — l'Association Québec-France a son équivalent français, constitué de 69 «régionales». L'une des caractéristiques des deux regroupements est de ne pas être centrés sur les grands centres urbains — Paris, Montréal — mais de couvrir les régions.

Tous deux non seulement font la promotion des échanges culturels et touristiques, mais ces associations constituent un véritable réseau d'amitié et d'entraide qui facilite l'accueil des visiteurs d'outre-mer, peu importe quelles régions ils visitent, de même que les échanges de maisons (avec, en outre, l'accueil par les résidants locaux), ainsi que les échanges d'étudiants et de professionnels. Pierre Provost a lui-même bénéficié d'un échange professionnel inédit. «En 1988-89, raconte-t-il, durant un an, j'ai fait un échange professionnel. J'étais alors organisateur communautaire en CLSC (dans la Baie-des-Chaleurs) et j'ai changé de poste avec une conseillère en économie sociale et familiale de Bourgogne. On voulait alors voir comment des professionnels pouvaient intervenir en territoire complètement différent.»

«Ç'a été tout un dépaysement pour la famille, poursuit-il. Pensez donc, mes quatre enfants ont passé une année dans des écoles en milieu rural français. Ce fut pour eux une belle expérience... Pour ma part, sur le plan professionnel, ç'a été une expérience extraordinaire, parce que les façons de travailler sont très différentes. Entre autres, j'ai pris une foule d'initiatives qui ont parfois beaucoup étonné les Français, puisque je ne respectais pas la hiérarchie! De mon côté, j'ai beaucoup apprécié l'étroite collaboration qui existe entre les mairies et les écoles — ce qu'on ne voit pas ici!»

Depuis vingt ans, les échan-ges professionnels de part et d'autre de l'Atlantique se sont amplifiés. Actuellement, cinq centres jeunesse du Québec et autant d'instituts régionaux de travail social de la France partagent des professionnels. «Ce sont donc des travailleurs sociaux, des éducateurs, des psycho-éducateurs, qui partent de la France pour venir ici voir comment on travaille, et vice-versa, résume M. Provost. On a actuellement des stagiaires français à Québec, à Gaspé et en Montérégie, et d'autres s'en viennent.» Les membres de l'Association Québec-France bénéficient d'une foule d'avantages. Non seulement les membres d'une régionale reçoivent-ils la visite de «cousins» venus leur présenter leur coin de pays et leur mode de vie mais, lorsque vient le temps d'explorer la contrée française, ils bénéficient de l'accueil des membres de la régionale française.

«On a aussi un programme d'échange de maisons, relate Pierre Provost. L'un de nous va chez un membre de France-Québec et lui vient ici pour un mois. Les membres de la régionale en étant informés, ils accueillent et s'occupent du visiteur. C'est dire que, en plus d'un échange de maisons, il y a tout un réseau d'accueil en place.» De même, un membre qui décide de visiter différentes régions de la France peut demander à être hébergé par des membres de la régionale. «On ne fait alors pas le voyage d'un touriste qui réside dans des hôtels, note Pierre Provost, mais on va chez des gens qui nous accueillent et nous font découvrir leur coin de pays.»

Par ailleurs, dans le cadre du programme «Découverte du pays d'en face», l'Association Québec-France organise des délégations (d'une vingtaine de personnes) qui visitent une suite de régions de la France durant une année. «Nos membres sont reçus par des régionales françaises afin de découvrir différents coins de la France et sont hébergés chez l'habitant (des membres de France-Québec), explique le président de l'association. L'année suivante, ce sont des Français qui découvrent le Québec en faisant une tournée des régions.» M. Provost souligne au passage qu'«on n'a jamais de problème avec l'accueil; il y a toujours des membres prêts à accueillir d'autres membres».

L'association offre aussi des programmes pour jeunes, dont le programme «Intermunicipalité», qui permet à de jeunes Québécois et Français de travailler dans une municipalité du «pays d'en face». «Actuellement, on a environ 150 jeunes qui vivent de part et d'autre une expérience qui leur permet de découvrir la France ou le Québec, relate-t-il. On a aussi des ententes avec des vignerons français qui accueillent des jeunes, les hébergent et les paient pour leur faire faire des vendanges.»

Les deux associations organisent également chacune un prix littéraire. Des livres sont envoyés dans chacune des régionales, rapporte M. Provost, les mem-bres de celles-ci les lisent et votent. L'écrivain français qui remporte le prix vient ensuite faire une tournée organisée au Québec — de même pour le lauréat québécois en France. «On devient membre de notre association pour plusieurs raisons, indique avec enthousiasme le président, soit par amour de la France, pour accueillir des Français et échanger avec eux, découvrir des régions et des modes de vie, se lier d'amitié et voir du pays!»
 

 

Un 5 octobre glorieux pour le Québec

En 1961, le Québec débarquait au 9, rue Barbet-Jouy

Le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre Jean Charest lors de la signature de l’entente historique en 2008 pour la mobilité de la main-d’œuvre. <br />

Photo : Christian Chevalier Assemblée Nationale

Le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre Jean Charest lors de la signature de l’entente historique en 2008 pour la mobilité de la main-d’œuvre.
 

En 1961, le Québec devient un nouveau joueur sur la scène internationale. Pas seulement en paroles, mais aussi en actes. N'affiche-t-on point «maison» à l'intérieur du territoire parisien?

S'il avait fallu une preuve que ce n'était plus comme avant dans la «Belle Province», que le temps d'un régionalisme à la Duplessis, où un territoire d'Amérique se défendait contre toute influence étrangère, cela fut amené quand un 5 octobre — on était en 1961 — un premier ministre du Québec, récemment élu, se rendit à Paris pour inaugurer, au 9, rue Barbet-Jouy, la Maison du Québec. Et celui qui accueillit alors Jean Lesage avait un nom dont le prestige s'était étendu jusque de ce côté-ci de l'Atlantique: André Malraux.

Et quand, un soir de 1967, Gilles Vigneault et consorts reçurent les ovations d'une foule dans cet Olympia parisien, il y eut plus d'un Québécois et d'une Québécoise pour croire que le succès de ce Vive le Québec! rejaillissait sur elles et eux.

En ces jours du «réveil» québécois, l'attente était grande d'une réaction du «grand frère», qui sera dit plus tard «cousin», devant les aspirations de grandeur d'un peuple qui ne se voulait plus résigné. Et le soutien de la France fut déterminant. Que ce soit en culture, en politique, tout appui recherché fut obtenu. Et cela, au-delà même de la demande, jusqu'au jour où le général fit entendre une déclaration fracassante du haut du balcon de l'hôtel de ville montréalais.

Auparavant, en ces jours-là, le Québec découvrit toutefois qu'il y avait chez lui une littérature de qualité. Le succès, et les prix qui s'ensuivirent, en témoignait. Fierté donc quand Marie-Claire Blais reçut en 1966 le Médicis. Et qui a donc lu alors, comme par obligation, les pages de L'Avalée des avalées, car la critique française encensait l'écriture de ce Réjean Ducharme, cet auteur qui se cache si bien?

Aussi, si les films québécois sont produits avec enthousiasme, le succès d'un Pour la suite du monde semble confirmé quand, outre-Atlantique, on associe cette oeuvre à la grande tradition cinématographique documentaire. Et ainsi de suite, avec un point d'orgue lorsque Charlebois et Forestier entonnent un Lindberg dont, près d'un demi-siècle plus tard, l'air et les paroles reviennent avec aisance dans les mémoires.

Une Maison du Québec avait donc à Paris pignon sur rue. Elle sera toutefois identifiée avec une connotation plus diplomatique en se transformant en Délégation générale du Québec à Paris. Mais qui y séjourne en poste a presque un statut de diplomate: les échanges seront d'ailleurs acerbes entre le représentant canadien et le porte-parole du fleurdelisé.

Coup d'éclat

Et on voyait grand, avec de belles réalisations dont, en culture, le dernier coup d'éclat fut sans doute cette entente sur le biculturalisme que la troïka franco-canado-québécoise a imposée aux Nations Unies, obtenant gain de cause face aux impérialistes du bloc anglo-saxon: ce qui n'est pas une mince victoire.

Toutefois, cinquante ans plus tard, si on jette un regard sur cette «maison-délégation», on peut dire que, après le mot «révolution», c'est «tranquille» qu'il faut maintenant choisir pour décrire la situation actuelle.

Une normalisation s'opère, mais qui s'y opposerait quand on voit la signature d'ententes comme celle portant sur la reconnaissance professionnelle? Et, pour les entreprises d'ici, de nouveaux marchés s'ouvrent, d'autant plus que l'ancrage français fait qu'on parle maintenant d'une politique d'échanges commerciaux qui déborderaient sur toute l'Europe et incluraient la confédération canadienne.

Aussi, le présent délégué nous informe que cette orientation est voulue par les actuels dirigeants québécois: «La dimension culturelle est très importante et bien reconnue, mais la dimension économique de la relation franco-québécoise, elle, est moins connue, relate Michel Robitaille. Alors, je me suis donné pour mandat d'être très près des gens d'affaires et d'appuyer, par exemple, le cercle des dirigeants d'entreprises franco-québécoises qui réunit des dirigeants d'entreprises qui sont à la fois implantées au Québec et en France, et de les mettre en valeur.»

Voilà! Parlait-on d'affaires il y a 50 ans? Quand Shawinigan Water and Power n'avait pas encore été nationalisé au profit d'une future Hydro-Québec? Quand le Québec n'était en rien un lieu dit de pointe, encore moins dans l'univers numérique ou celui du génie aéronautique? Quand les fleurons en éducation n'avaient pas pour nom «institut» ou «chaire de recherche»?

Mais, en ces jours-là, il y eut des gens de paroles et d'images qui portaient la voix naissante de ces Français d'Amérique: le premier Québec international ne fut-il pas ainsi culturel?

 

Acte fondateur - Le 12 avril 1965, Paul Gérin-Lajoie prononce un discours historique

Paul Gérin-Lajoie<br />

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Paul Gérin-Lajoie
 

On ne saurait aborder le sujet des relations internationales du Québec sans évoquer la doctrine Gérin-Lajoie qui en a tracé la voie. Dans quelles circonstances cette doctrine est-elle née? Sur quoi repose-t-elle? Et quelles en sont les conséquences, hier comme aujourd'hui?

Remontons au début des années 1960. Le Québec est en pleine Révolution tranquille et le Parti libéral de Jean Lesage est au pouvoir. Pour la première fois de son histoire, le gouvernement du Québec compte au sein de son cabinet un ministre de l'Éducation, Paul Gérin-Lajoie, et un ministre des Affaires culturelles, Georges-Émile Lapalme.

Ce dernier se rend à Paris pour rencontrer son homologue français, André Malraux. «Malraux lui fait alors part de l'intérêt que de Gaulle porte envers le Québec, explique Robert Aird, auteur et historien. Il lui suggère fortement d'augmenter la présence du Québec à Paris. C'est ainsi qu'est née la Maison du Québec à Paris. C'est l'acte fondateur des relations internationales québécoises.»

Cette présence diplomatique québécoise à Paris, combinée à la sympathie du gouvernement de Gaulle envers le Québec, favorise les échanges entre les deux capitales. En 1965, Paul Gérin-Lajoie se rend à Paris pour signer une toute première entente France-Québec, portant sur l'éducation. «À cette époque, les besoins en éducation au Québec sont immenses», rappelle Robert Aird.

La doctrine

À son retour de Paris, Paul Gérin-Lajoie est accueilli à l'aéroport par André Patry, alors juriste et conseiller du premier ministre Lesage. «C'est bien beau, cette entente, lui dit Patry, mais sur quelles bases juridiques repose-t-elle?» C'est qu'André Patry a déjà beaucoup réfléchi à la question. Il propose alors à Paul Gérin-Lajoie de prononcer un discours, qu'il écrira lui-même en grande partie, dans lequel seront étayées ces bases juridiques. On convient de prononcer le discours devant un parterre composé du corps consulaire en poste au Québec. Le 12 avril 1965, Paul Gérin-Lajoie prononce son discours historique et la doctrine Gérin-Lajoie voit le jour.

On décrit généralement la doctrine Gérin-Lajoie en ces termes: c'est le prolongement international des compétences internes du Québec. Dans son discours de 1965, Paul Gérin-Lajoie explique les bases juridiques qui rendent cette thèse possible. Il s'appuie d'abord sur un jugement du Conseil privé datant de 1883 qui stipule que les provinces canadiennes ne sont d'aucune façon les déléguées du gouvernement canadien et qu'elles n'agissent pas en vertu d'un mandat reçu de ce dernier. Elles sont donc libres de légiférer comme elles l'entendent dans les champs de compétence qui sont les leurs en vertu de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique.

Il poursuit en soulignant une contradiction constitutionnelle, confirmée par un jugement rendu trente ans plus tôt par le comité judiciaire de Conseil privé et jamais invalidé depuis. Si le Canada possède le droit de signer des traités internationaux, ce qu'on nomme le jus tractatuum, il ne peut en revanche appliquer ces traités si leur mise en oeuvre touche les champs de compétence provinciaux.

En d'autres mots, les provinces sont parties prenantes ou non de tout traité canadien portant sur leurs champs de compétence. Dans ce cas, pourquoi les provinces, donc le Québec, ne pourraient-elles pas signer leurs propres ententes internationales dans leurs champs de compétence, avance alors Gérin-Lajoie. D'autant plus que le Statut de Westminster de 1931 est muet sur la question des relations internationales et nulle part n'est-il mentionné qu'elles relèvent de la compétence exclusive du gouvernement du Canada.

Ce sont les raisons pour lesquelles Gérin-Lajoie avance que le Québec, comme les autres provinces canadiennes, d'ail-leurs, possède lui aussi le jus tractatuum. Il va même plus loin en déclarant «qu'il n'est plus admissible non plus que l'État fédéral puisse exercer une sorte de surveillance et de contrôle d'opportunité sur les relations internationales du Québec».

D'hier à aujourd'hui

Depuis ce discours, tous les gouvernements du Québec, peu importe leur allégeance politique, ont adhéré à cette doctrine. «Depuis cette première entente en 1965 sur l'éducation, le Québec a signé 687 ententes internationales, dont 383 sont toujours en vigueur», rappelle Stéphane Paquin, professeur à l'ÉNAP et spécialiste des relations internationales.

Si la doctrine Gérin-Lajoie fait l'unanimité au Québec depuis sa naissance, le gouvernement fédéral a réagi de différentes façons au fil des ans. «En 1965, le gouvernement Pearson avait une certaine ouverture, mais celle-ci s'est rétrécie avec l'arrivée du gouvernement Trudeau, souligne Stéphane Paquin. Le ton s'est durci chaque fois que le PQ était au pouvoir et que les libéraux dirigeaient le gouvernement canadien. On peut dire aujourd'hui, même s'il n'y a jamais eu de reconnaissance officielle du jus tractatuum provincial par le Canada, que la question ne pose plus vraiment de problème, le gouvernement Harper étant plus ouvert à la présence internationale des provinces.»

Il en donne pour preuve les négociations entourant l'entente de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. «Toutes les provinces canadiennes sont assises aux tables de négociations.»

Un autre bel exemple de la doctrine Gérin-Lajoie à l'oeu-vre est l'entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. «Cette entente a été signée par la France et le Québec, sans la participation du Canada. C'est d'ailleurs la première fois qu'une entente France-Québec est signée personnellement par le président français; auparavant, les ententes étaient signées par des ministres du gouvernement français.»

Ce type de relations internationales gagne même du terrain. «C'est une tendance qu'on observe maintenant dans la plupart des États fédérés. Par exemple, en Espagne, la Catalogne signe maintenant ses propres ententes internationales. Et le Québec, à cet égard, fait aujourd'hui figure de précurseur et de modèle grâce à la doctrine Gérin-Lajoie.»
 

 

En poste à Paris - Et Michel Lucier succéda à Marcel Masse

Marcel Masse, de 1996 à 1997, et Michel Lucier, de 1997 à 2000, se sont succédé au poste de délégué général du Québec en France, du milieu des années 1990 jusqu'à l'aube de l'autre siècle. S'ils ont témoigné de cette expérience professionnelle dans le site du 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris (DGQP), ils ont aussi répondu aux questions du Devoir.

Pour un, Michel Lucier considère le délégué comme un véritable ambassadeur du Québec. Marcel Masse, sans pour autant se montrer réducteur dans sa vision de la fonction, pose un regard moderne sur un tel poste: «La montée des transports — et là, je ne parle pas seulement des avions mais aussi d'Internet et de tout ce qui s'est développé depuis une trentaine d'années — fait finalement que le rôle des représentants à l'extérieur a été dans un sens diminué d'autant.»

Selon lui, «la définition du mot "ambassadeur" suit la courbe de la relation directe entre les pays. Prenons l'exemple du premier ministre du Québec. À son époque, Duplessis n'a jamais pu venir en France; pour ce faire, il aurait dû effectuer le trajet par bateau ou prendre un vol qui durait de 14 à 15 heures à la fin des années 1950. Aujourd'hui, le premier ministre du Québec vient à Paris cinq ou six fois par année et il a des relations directes avec le chef du gouvernement, le président. Ces deux-là peuvent se téléphoner, ils s'écrivent par courriel et ils se connaissent. Le même mode d'opération s'applique dans le G8, dans le G20 et dans tout ce que vous voulez sur le plan des échanges internationaux», explique M. Lucier.

Ce constat posé, il dépeint ce qui se passe maintenant: «Les bureaux à l'étranger, les délégations et les ambassades doivent d'abord tenir le contact avec les Québécois ou les Canadiens sur le sol de leur juridiction. Deuxièmement, dans le cas d'un délégué du Québec, il doit en faire la promotion sur les plans économique, culturel, universitaire et des investissements; il lui faut développer des relations de bon voisinage et, quand de plus il s'agit du Québec, cela doit se faire dans le sens d'un bon voisinage qui se vit dans un esprit de coopération depuis une cinquantaine d'années; coopération d'État à État, de corporations, d'artistes, de médecins, etc. Enfin, tout le monde a tissé des liens exceptionnels depuis ce temps, qui se sont beaucoup modifiés.»

Ce point de vue exprimé, il va de soi que Marcel Masse a pris la direction de la Délégation dans un climat de lendemain de référendum perdu et d'attentes envolées: «Il y a eu une sorte de baisse de température de ce côté-là et il fallait ne pas baisser les bras à Paris; c'est l'une des raisons pour lesquelles M. Parizeau m'a nommé à ce poste.» Il considère que ce fut une ligne de force qui a laissé son empreinte sur son mandat.

Il fait ressortir un autre aspect de son travail: «J'ai vécu un tournant où les régions de la France ont pris une importance de plus en plus marquée, ce qui n'était pas encore inscrit dans nos habitudes de coopération; c'était très palpable et visible ici.»

«Être délégué général à Paris ou ailleurs, ce n'est pas la même chose», signale en premier lieu Michel Lucier. Il poursuit: «C'est la seule place où le délégué a vraiment un rôle diplomatique et politique. Tout comme un ambassadeur, on l'appelle "chef de mission diplomatique". Impossible d'accoler le mot "ambassade" à cette réalité, parce qu'il ne s'agit pas d'un pays souverain, mais c'est un statut diplomatique et politique reconnu. La chose la plus visible et la plus claire, c'est que les relations se déroulent de gouvernement à gouvernement de façon directe.»

Il reconnaît, à la suite de cette assertion, que le délégué est un véritable ambassadeur: «Un tel état de fait suppose un certain nombre de nuances et de remarques qui peuvent varier en fonction des époques, selon les tempéraments des gens qui sont nommés ou de ceux qui les nomment.»

Retour sur un printemps

Après avoir affirmé, selon les mots de l'écrivain Alain Peyrefitte, que le diplomate «ne fait pas la parole mais porte la parole», il résume le mandat d'un délégué: «Il lui faut respecter des balises qui sont les orientations qu'il reçoit de l'homme politique et du gouvernement qu'il représente. Après quoi, il lui revient d'utiliser les connaissances du terrain qu'il possède et le réseau qu'il a déjà établi sur le territoire, s'il ne s'agit pas de quelqu'un qui est parachuté dans ses fonctions. Voilà ce qui va servir à guider les stratégies à mettre en place et à exécuter les mandats reçus.»

Sur le plan des satisfactions qu'il tire de son passage comme chef de file de la délégation, Michel Lucier identifie en premier lieu le succès que fut la tenue du «Printemps du Québec en France», qui s'est échelonnée sur une période de quatre mois en 1999: «C'est la plus grande activité culturelle que le Québec a présentée à l'étranger.» À ce propos, il rend hommage à un groupe: «J'ai toujours dit et je répète que les délégués généraux du Québec en France doivent avoir la simplicité et la lucidité de reconnaître que nos premiers ambassadeurs, ce sont nos artistes et notre monde culturel.»

Il considère également que la reprise des visites alternées des premiers ministres en France et au Québec a marqué positivement son séjour à Paris. «Elles ont réorienté la coopération et c'est réellement une des choses les plus importantes qui se sont produites et qui se sont traduites par des relations politiques et diplomatiques.»

Il a de plus inscrit ses activités professionnelles dans la foulée de celles de son prédécesseur, Marcel Masse, en accentuant le rapprochement amorcé avec les régions: «On a assisté à l'ouverture sur le territoire par le biais de conventions et de collaborations intervenues entre les régions françaises et la Délégation du Québec; on en a signé six du temps que j'ai été là.»

À l'époque, autant de plans d'action ont été paraphés avec les territoires de Rhône-Alpes, du Pas-de-Calais, de l'Auvergne, de Poitou-Charentes, de l'Aquitaine et de l'Alsace: «Et, dans la foulée de ces ententes, il y a également eu le renouvellement des liens avec l'Association France-Québec, qui regroupait 6000 adhérents, dont le travail à accomplir est de faire connaître et aimer le Québec en France», souligne encore l'ancien délégué.
 

 

Centre culturel du Québec à Paris - Trois fois dommage

Aujourd'hui, voilà 50 ans, s'ouvrait sous le regard protecteur du général de Gaulle la Délégation générale du Québec à Paris. Cette date est un repère important de l'histoire contemporaine du Québec qui ce jour-là entreprit de construire sa personnalité internationale. Pour marquer l'événement, plusieurs avaient espéré que soit annoncée la création du centre culturel québécois à Paris tant attendu. Mais non, cet anniversaire ne sera pas marqué par un tel cadeau.

Plus que la simple ouverture de la Maison du Québec à Paris, comme s'appela d'abord la délégation de la rue Pergolèse, ce jour du 5 octobre 1961 marque avant tout l'établissement de relations directes et privilégiées entre Paris et Québec. Le président de Gaulle voulait que la France renoue avec les Français du Canada et que ceux-ci s'émancipent politiquement. Jusqu'où voulait-il que cela aille, plusieurs interprétations sont proposées, mais chose certaine, il donna au gouvernement du Québec d'alors l'impulsion politique nécessaire à son affirmation politique.

On sait ce qu'il en découla. Ces relations directes et privilégiées furent le point de départ de l'affirmation de la capacité juridique de l'État du Québec à prolonger sur la scène internationale ses champs de compétence. C'est ce qui lui permit au début des années 1970 de participer aux organisations internationales francophones naissantes, de siéger de plein droit depuis 1986 à l'Organisation internationale de la Francophonie, de pouvoir intervenir à l'UNESCO et de négocier des traités bilatéraux.

L'histoire de ces relations privilégiées ne s'arrête toutefois pas au monde politique. Elles produisirent au fil des ans un espace culturel commun qui dépasse les frontières des deux États et des deux gouvernements. Cet espace est occupé par des artistes, chanteurs, interprètes, musiciens, romanciers, mais aussi par des touristes, des étudiants, des gens d'affaires qui, au fil des ans, ont appris à se connaître, à faire fi des préjugés et à vivre ensemble. Ce sont deux peuples distincts qui savent toutefois reconnaître qu'ils ont en partage une histoire, une langue et une culture communes. Bref, l'essence même d'une communauté.

Cet espace culturel aurait mérité qu'il soit célébré à l'occasion de cet anniversaire, car les relations France-Québec sont d'abord cela. L'annonce de l'aménagement d'un centre culturel québécois distinct de la délégation était attendue. Une étude avait été commandée par le ministère des Relations internationales pour relancer le projet préparé au début des années 2000 par le gouvernement du Parti québécois sous le nom «Espace Québec». On voulait y loger la bibliothèque Gaston Miron, la Librairie du Québec, une salle d'exposition, une petite scène. On voulait en faire un lieu de rencontres et d'échanges culturels, mais aussi une vitrine pour le savoir-faire québécois et la technologie.

Les considérations financières qui eurent raison du projet en 2002 ont à nouveau prévalu. Lundi, le couperet est tombé. Ce projet n'aura pas lieu. Trois fois dommage. On rate l'occasion de souligner avec force l'importance des relations France-Québec. On se refuse un instrument capital de promotion de la culture québécoise sur la France et sur l'Europe. Et on laisse la bibliothèque Gaston Miron, faute de lieu propre au Québec, quitter la Délégation qui a besoin d'espace pour aller se perdre au fin fond d'une bibliothèque universitaire française. Il y a là un manque d'audace et de vision.

 

 Jean-Christophe Adon, à gauche et Philippe Peyronnet, devant la vitrine.  Photo J.-L. Daubasse

Jean-Christophe Adon, à gauche et Philippe Peyronnet, devant la vitrine. Photo J.-L. Daubasse

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Pour la participation au 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris tout au long de 2011, le concours de pavoisement de commerces intitulé « le Québec en vitrine » a mis à l'honneur les couleurs du Québec sur le territoire français du 18 au 25 juin. Des lots, dont deux billets d'avion Paris-Montréal aller-retour, seront offerts à l'auteur de la vitrine la plus originale.

Lors de ce concours qui était ouvert à tous, la pharmacie d'Astaffort a reçu le deuxième prix national parmi plusieurs milliers de participants. 13 commerces avaient décidé de s'y joindre pour le village d'Astaffort, ce qui représente un fort taux de participation. Félicitations aux pharmaciens, Philippe Peyronnet et Jean-Christophe Adon.

 

Il y a 50 ans, le Québec à Paris - 3 - Une passion disparue

La relation du Québec avec la France s'est banalisée, dit André Patry, un artisan de la «doctrine Gérin-Lajoie»

Christian Rioux 5 octobre 2011 Québec

Le président français François Mitterrand accueillant le premier ministre québécois René Lévesque au palais de l’Élysée, en juin 1983. L’époque des relations passionnées entre le Québec et la France tirait à sa fin.<br />

Photo : Archives Le Devoir

Le président français François Mitterrand accueillant le premier ministre québécois René Lévesque au palais de l’Élysée, en juin 1983. L’époque des relations passionnées entre le Québec et la France tirait à sa fin.
 

La Délégation générale du Québec à Paris célèbre aujourd'hui ses cinquante ans. C'est l'occasion de rappeler quelques moments forts de l'histoire de la jeune diplomatie québécoise. Dernier d'une série de trois textes.

À SUIVRE...

 

Un demi-siècle d'échanges - Le Québec reçoit de la France une reconnaissance internationale

 

L'écrivaine Marie-Claire Blais signe un premier coup d'éclat en obtenant en 1966 le Médicis

En 50 ans, le Québec a reçu de la France plus d'un appui. Le mot «État» s'inscrivit dans les échanges et les artistes d'ici reçurent outre-Atlantique un accueil plus que favorable. Plus tard, des échanges économiques, mais toujours des liens suivis. Le ministère des Relations internationales se souvient.

1961

Le premier ministre Jean Lesage effectue sa première visite officielle en France et inaugure le 5 octobre 1961 à Paris, en présence d'André Malraux, la Maison du Québec, qui deviendra trois ans plus tard la Délégation générale du Québec, assimilée à une représentation diplomatique avec immunité de juridiction, privilèges douaniers et fiscaux.

Le premier ministre du Québec, Jean Lesage, est reçu par le général de Gaulle.

1964

Ratification de la première entente de coopération technique franco-québécoise entre le ministère de la Jeunesse du Québec et l'Association pour l'organisation des stages en France.

1965

Le ministre de l'Éducation, Paul Gérin-Lajoie, signe avec son homologue français, Christian Fouchet, la première entente internationale du Québec: l'Entente sur un programme d'échanges et de coopération dans le domaine de l'éducation. La Commission permanente de coopération franco-québécoise voit le jour pour veiller à l'application des programmes prévus dans cette ambitieuse entente.

Le ministre de l'Éducation, Paul Gérin-Lajoie, formule une doctrine qui fonde en droit la liberté d'action du Québec, sur le plan international, dans ses champs de compétence exclusifs.

1966

L'écrivaine Marie-Claire Blais remporte le prix Médicis pour son roman Une saison dans la vie d'Emmanuel, publié chez Grasset en France.

1967

Vive le Québec! à l'Olympia. Ce «premier spectacle officiel du Québec» regroupe une douzaine de Québécois dont Gilles Vigneault, Pauline Julien, Claude Gauthier, Clémence Desrochers et Ginette Reno.

Félix Leclerc triomphe à Bobino.

Visite au Québec du général de Gaulle à l'occasion d'Expo 67. Sa déclaration faite sur le balcon de l'hôtel de ville de Montréal a des répercussions tant au Québec qu'au Canada et en France.

Signature des accords Peyrefitte-Johnson couvrant plusieurs domaines, dont la culture et l'éducation

1968

Création de l'Office franco-québécois pour la jeunesse.

À l'invitation de la France, le ministre de l'Éducation du Québec participe à la conférence des ministres de l'Éducation à Libreville, une première en matière de relations multilatérales.

1969

Depuis son passage fulgurant en 1969 à l'Olympia, Robert Charlebois est devenu une icône de la chanson québécoise en France.

1970


Avec l'appui du gouvernement français, le Québec obtient le statut de gouvernement participant à l'Agence de coopération culturelle et technique, devenue aujourd'hui l'Organisation internationale de la francophonie.

1973

Les Belles-Soeurs, de Michel Tremblay, est présentée par la Compagnie des Deux Chaises à l'Espace Cardin, à Paris. Elle est considérée comme la meilleure production étrangère de la saison théâtrale parisienne.

1974

Visite en France du premier ministre Robert Bourassa, au cours de laquelle est convenue, avec le premier ministre Jacques Chirac, la création du Groupe franco-québécois de coopération économique.

1977

Le premier ministre du Québec, René Lévesque, et le premier ministre français, Raymond Barre, instaurent les missions alternées dirigées par les premiers ministres québécois et français.

1979

Création de Starmania, de Luc Plamondon et Michel Berger, au Palais des congrès de Paris. Cette production met notamment en vedette Diane Dufresne, France Gall, Fabienne Thibault, Nanette Workman, Claude Dubois et Daniel Balavoine. Starmania fut l'un des tout premiers opéras rock francophones entièrement chantés. Joué partout dans le monde, cet opéra a connu de nombreuses adaptations.

1986

Le déclin de l'empire américain, de Denys Arcand, remporte le Prix de la critique internationale au Festival de Cannes et attire 1,2 million de spectateurs en France.

1994

Signature d'un premier plan d'action avec une région française, Rhône-Alpes.

1996

La Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs voit le jour.

1997

La semaine «Cinéma du Québec à Paris» est créée, sous la présidence d'honneur de Carole Laure, qui sera chaque année fidèle au rendez-vous. De Paris, la manifestation essaimera jusqu'à Lyon, Nîmes, Cannes, et jusqu'à Liège en Belgique.

1998

Création du Groupe franco-québécois sur la diversité culturelle.

1999

Inauguration du «Printemps du Québec en France».

2000

Lancement du club économique France-Québec.

2001

Premiers ateliers portant sur «la France et sa coopération décentralisée avec le Québec».

2003

Pour Les Invasions barbares, Denys Arcand remporte au Festival de Cannes le prix du scénario. Le prix d'interprétation féminine est remis à Marie-Josée Croze. En 2004, il reçoit trois Césars: meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario original ou adaptation.

2004

Mission commerciale conjointe France-Québec au Mexique, dirigée par les premiers ministres Jean Charest et Jean-Pierre Raffarin.

2005


Le Théâtre national de Chaillot inaugure sa saison avec la version intégrale revisitée de La trilogie des dragons, de l'auteur et metteur en scène Robert Lepage.

Création du Fonds franco-québécois pour la coopération décentralisée.

2008

Création du Conseil franco-québécois de coopération universitaire

Visite au Québec du président Nicolas Sarkozy. Pour la première fois, le président de la République française prononce un discours à l'Assemblée nationale du Québec.

Signature de l'entente Québec-France sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, par Nicolas Sarkozy et Jean Charest.

Visite au Québec du premier ministre François Fillon à l'occasion des fêtes du 400e anniversaire de Québec.

Célébrations en France du 400e anniversaire de la fondation de Québec par Samuel de Champlain, navigateur et cartographe originaire de Brouage, en Charente-Maritime.

2009

L'auteur, metteur en scène et comédien Wajdi Mouawad est artiste associé du Festival d'Avignon. Sa trilogie Le sang des promesses, constituée des pièces Littoral, Incendies et Forêts, inaugure la 63e édition du festival.

Wajdi Mouawad reçoit la même année le Grand Prix du théâtre de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre dramatique.

Dany Laferrière remporte le prix Médicis pour son roman L'énigme du retour, publié aux éditions du Boréal, au Québec, et chez Grasset, en France.

Création du Club des dirigeants d'entreprises franco-québécoises, dont le principal objectif consiste à favoriser l'entraide parmi les acteurs économiques oeuvrant dans l'axe France-Québec, notamment en jouant un rôle de mentorat et en favorisant la mise en commun de réseaux d'informations et d'expériences.

2010

Xavier Dolan se retrouve, à 21 ans, en Sélection officielle au Festival de Cannes avec son deuxième film autoproduit, Les amours imaginaires. En 2009, Dolan avait remporté trois prix à la Quinzaine des réalisateurs avec son premier long métrage, J'ai tué ma mère.

2011

Denis Marleau signe la mise en scène d'Agamemnon présentée à la Comédie-Française. Il est le premier metteur en scène québécois invité par la Comédie-Française à fouler les planches de la Salle Richelieu.

***

d'après le ministère des Relations internationales.

 

 

Publié le 04 octobre 2011 à 15h50 | Mis à jour le 04 octobre 2011 à 19h12

50 ans de coopération franco-québécoise célébrés à Paris

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, en... (Photo fournie par le gouvernement du Québec)

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, en compagnie du ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration de la République française, Claude Guéant, et le représentant du gouverneur militaire de Paris, le général Denis Heck, lors de la cérémonie officielle d'accueil, à l'Hôtel national des Invalides, à Paris, le lundi 3 octobre 2011.

 

Photo fournie par le gouvernement du Québec

 

Michel Dolbec
La Presse Canadienne
Paris

 

Même si les journalistes québécois qui l'accompagnent n'ont pas manqué de l'interroger sur le sujet, Jean Charest a pu oublier, un peu, mardi les polémiques sur l'industrie de la construction pour se consacrer au premier objet de sa visite en France: le 50e anniversaire de l'ouverture de la Délégation générale du Québec à Paris.

Tout au long de la journée, le premier ministre a vanté la «relation d'amitié exceptionnelle» qui lie le Québec et la France depuis que son prédécesseur Jean Lesage et le général de Gaule ont inauguré la première «Maison du Québec», le 6 octobre 1961.

«Existe-t-il ailleurs sur la planète une relation similaire à celle qui existe entre le peuple français et le peuple québécois? Franchement, je ne le crois pas», a dit M. Charest en clôturant en début de soirée, aux côtés du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, un colloque sur l'avenir de la coopération franco-québécoise.

«Cette relation directe et privilégiée de notre pays avec la nation québécoise, au sein d'un Canada uni, personne n'en conteste la légitimité, a ajouté M. Juppé. Nos amis canadiens ont bien compris que notre proximité avec nos frères québécois (...) est un atout majeur pour le partenariat entre nos deux pays.»

 

Pour le premier ministre Charest, la journée avait commencé en plein coeur du quartier Saint-Germain-des-Prés, où il a «ré-inauguré», avec son ami le maire de Paris, Bertrand Delanoë, L'Embâcle, la sculpture-fontaine qui orne la Place du Québec.

Inaugurée en 1980, l'oeuvre de Charles Daudelin (quatre blocs de bronze sortant du sol, comme des morceaux de glace soulevée par les eaux du fleuve) avait subi les outrages du temps, au point qu'on passait désormais à côté sans la voir. Pour les 50 ans de la Délégation, Paris et le gouvernement québécois ont entrepris de lui redonner (avec succès) sa beauté minérale. Une plaque sur la façade d'un immeuble de la place rappelle désormais au passant l'origine et le sens de l'oeuvre. La veuve et le fils de Charles Daudelin ont assisté à la cérémonie.

Le premier ministre s'est ensuite rendu dans la station de métro Saint-Lazare pour dévoiler une autre oeuvre d'art, «La Voie lactée», de la Québécoise Geneviève Cadieux. Cette sculpture a été offerte par la Société des transports de Montréal à la RATP, son équivalent parisien, pour souligner les 50 ans de la Délégation générale du Québec.

L'ancien premier ministre Lucien Bouchard avait été invité par la STM. Dans les années 80, lorsqu'il était ambassadeur du Canada à Paris, il a largement contribué à la «décrispation» des relations très tendues qui régnaient dans le triangle Ottawa-Paris-Québec. Il a rappelé mardi le rôle «crucial» de la Délégation.

«Cette fenêtre que la France a ouverte au Québec sur la vie internationale est unique», a-t-il dit.

L'ex-ministre Louise Beaudoin, qui a pour sa part dirigé la Délégation de Paris dans les années 80, a elle aussi rappelé son importance, que traduit bien le statut diplomatique dont elle jouit.

«Elle est non seulement le vaisseau amiral, mais c'est de là que tout est parti. Aujourd'hui, si le Québec a une trentaine de délégations et de bureaux dans le monde, c'est parce qu'en 1961, il y a eu la création de la Délégation du Québec à Paris», a dit l'ex-ministre.

Tout en se réjouissant de l'intensité des relations franco-québécoises, Mme Beaudoin s'inquiète toutefois de voir la langue française y occuper de moins en moins de place.

«À Montréal, il y a une diminution de la place du français, a-t-elle dit. On a l'impression par ailleurs que le gouvernement français ne le défend pas, particulièrement à l'étranger, dans les institutions européennes et à l'ONU. Je pense qu'il faut ensemble se ressaisir, comme on l'a fait pour la diversité culturelle, ouvrir un nouveau chantier, aussi important, en faveur de la défense du français.»

 

Délégation du Québec: un rôle crucial

Agence QMI
Robert Plouffe
04/10/2011 17h01

PARIS - Lucien Bouchard et Louise Beaudoin sont tous les deux d’avis que la délégation générale du Québec à Paris a joué un rôle crucial dans l’essor du Québec sur la scène internationale.

Invités mardi dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire de la délégation, M. Bouchard, qui fut nommé ambassadeur du Canada à Paris en 1985, et Mme Beaudoin, qui a été déléguée générale pendant la même période, peuvent témoigner du caractère unique de cette entité.

«C’est une relation tout à fait privilégiée», a expliqué l’ancien premier ministre.

«En France, a-t-il poursuivi, c’est comme si le Québec avait l’immunité diplomatique d’un pays souverain, ce qui n’est pas le cas. Une délégation générale, avec un statut reconnu dans le monde, il n’y a pas beaucoup d’exemples.»

Louise Beaudoin renchérit: «C’est non seulement le vaisseau amiral, mais c’est là que tout est parti.»

Ils estiment que les relations entre le Québec et la France sont de plus en plus épanouies et dépassent maintenant les intérêts culturels et politiques pour s’étendre au niveau économique.

Lucien Bouchard se souvient toutefois qu’à son arrivée à Paris, comme ambassadeur du Canada, les relations n’étaient pas toujours au beau fixe entre le Canada, le Québec et la France.

«Autrefois, il y avait cette espèce de diplomatie triangulaire avec parfois des conflits, parfois des heurts. Moi, j’ai eu la chance pendant que j’étais ici, de vivre à un moment où on a lancé les sommets francophones, où les rapports entre MM. Mulroney et Mitterrand et M. Lévesque au début étaient très positifs. Et cela a permis de créer un nouvel air dans la francophonie. C’était une période faste en ce sens qu’on avait établi des rapports très conviviaux.»

Aujourd’hui

Mais l’ancienne ministre de la Francophonie, Louise Beaudoin, pose un regard sombre sur l’avenir de la langue française.

Évitant de blâmer spécifiquement le gouvernement de Jean Charest afin de ne pas gâcher ce 50e anniversaire, Mme Beaudoin ne peut retenir ce cri du cœur: «À Montréal, il y a une détérioration, une diminution de la présence du français. Il n’y a qu’à y vivre, comme moi, j’y vis depuis 1989, pour s’en rendre compte.»

Mme Beaudoin n’est pas plus tendre envers nos cousins. «On a l’impression par ailleurs que le gouvernement français ne défend pas, ni le statut, ni l’usage de la langue française, particulièrement dans les institutions européennes ou aux Nations Unies.»

M. Bouchard et Mme Beaudoin étaient les invités, mardi soir, du premier ministre français François Fillon, à l’occasion du dîner marquant le 50e anniversaire de la délégation générale du Québec à Paris.

Le premier ministre Jean Charest, qui devait prononcer un discours lors de ce repas officiel, aura consacré une partie de sa journée dans la promotion de son Plan Nord aux gens d’affaires et investisseurs français.

 

François Fillon rencontrera Jean Charest, Premier ministre du Québec - Rectificatif

Le Premier ministre François Fillon rencontrera Jean Charest, Premier ministre du Québec lors de sa visite officielle en France à l’occasion du 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris

Mercredi 5 octobre 2011

Programme

16h30 - Hôtel de Matignon
Entretien avec Jean Charest

Cour ouverte

17h15 : Conférence de presse conjointe - salle du Conseil

20h00 - Quai d’Orsay - Entrée par le 1 rue Esnault-Pelterie à 19h30
Dîner officiel offert par le Premier ministre

Echange de toasts ouvert à la presse – Galerie de la Paix

 

Une oeuvre montréalaise dans le métro de Paris

Mise à jour le mardi 4 octobre 2011 à 15 h 56 HAE

L'oeuvre La voix lactée, de l'artiste Geneviève Cadieux, a été dévoilée mardi, dans le métro de Paris. Il s'agit d'une duplication en mosaïque géante de l'oeuvre qui trône sur le toit du Musée d'art contemporain de Montréal.

L'oeuvre est située à la station Saint-Augustin, dans le couloir de correspondance avec la gare Saint-Lazare, un carrefour stratégique fréquenté chaque jour par des dizaines de milliers de voyageurs. Elle a été dévoilée en présence de plusieurs personnalités, dont le premier ministre Jean Charest, le président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal (STM), Michel Labrecque, l'ex-premier ministre du Québec Lucien Bouchard et le ministre français de la Coopération, Michel Robitaille.

Le don de cette oeuvre par la STM vise à souligner le 150e anniversaire de son réseau de transport, à la création de laquelle la Régie autonome des transports parisiens (RATP) avait contribué. « Le métro de Montréal a été conçu durant les années 1960 avec l'assistance technique de la RATP, ce qui nous a permis d'inaugurer en 1966 un système entièrement sur pneumatiques dont nous sommes encore très fiers », a souligné Michel Labrecque.

Je souhaite que cette oeuvre exprime à tout jamais l'esprit de coopération et de fraternité qui unit Montréal et Paris.

— Michel Labrecque, président du C.A. de la STM

L'oeuvre de Geneviève Cadieux a été choisie dans le cadre d'un grand concours s'inscrivant dans une démarche d'échange d'art public. La Voix lactée projette le voyageur dans l'espace du corps, de la bouche et des lèvres, sources de la voix et du langage.

Geneviève Cadieux est professeure agréée au Programme de photographie de la Faculté des Beaux-arts de l'Université Concordia, à Montréal. Elle se consacre essentiellement à la production d'images photographiques et d'installations de grande échelle, dont les principaux sujets sont la représentation du corps humain et le paysage.

L'oeuvre La Voix lactée, de Geneviève Cadieux, dans le métro de Paris

L'oeuvre La Voix lactée telle qu'exposée sur le toit du Musée d'art contemporain de Montréal

Nouveau dévoilement de la fontaine l'Embâcle

Le premier ministre Jean Charest a aussi assisté, mardi, au dévoilement d'une plaque présentant l'Embâcle, oeuvre du sculpteur québécois Charles Daudelin.

La fontaine est un don du gouvernement du Québec à la ville de Paris. Elle a été inaugurée pour la première fois en 1984 et est de nouveau présentée aux Parisiens après avoir fait l'objet de rénovations, en 2011.

La cérémonie, qui visait également à fêter les 50 ans de la Délégation générale du Québec à Paris, a été tenue en présence du maire de la Ville Lumière, Bertrand Delanoë.

L'Embâcle, oeuvre située sur la place du Québec dans le 6e arrondissement, symbolise l'obstruction des cours d'eau québécois lors du dégel au printemps.

L'Embâcle, de Charles Daudelin

L'oeuvre l'Embâcle, de Charles Daudelin, est située à l'intersection du boulevard Saint-Germain et des rues Bonaparte et de Rennes, à Saint-Germain-des-Prés.

Une plaque à la mémoire de Félix Leclerc

Une plaque à la mémoire du grand chansonnier québécois a également été dévoilée à Paris, mardi.

La plaque est fixée sur la façade d'un hôtel où Félix Leclerc a séjourné lors de sa tournée triomphale en France, dans les années 50. L'inscription se lit ainsi : « Félix Leclerc, 1914-1988, séjourna ici en 1951, il donna ses lettres de noblesse à la chanson francophone ».

La plaque a été dévoilée en présence de dignitaires, dont la ministre des Relations internationales Monique Gagnon-Tremblay, ainsi que les chanteurs Guy Béart et Hugues Aufray.

 

50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris - Le premier ministre souligne le caractère unique de la relation France-Québec

PARIS, France, le 4 oct. 2011 /CNW Telbec/ - Au deuxième jour de sa mission en France, le premier ministre Jean Charest a participé à des événements visant à souligner le 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris.

Le premier ministre du Québec, de même que le ministre d'État et ministre des Affaires étrangères et européennes de France, Alain Juppé, se sont adressé aux participants du colloque « La Coopération franco-québécoise : hier, aujourd'hui, demain ». Organisé par la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, ce colloque visait à souligner le 50e anniversaire de la présence québécoise en France en proposant un regard sur l'histoire et les perspectives de la relation France-Québec. Ce colloque traitait des principaux outils et moyens de fonctionnement de cette coopération, du début des années 60 à nos jours, et visait à en dresser un bilan dans tous les domaines. Il réunissait des experts et des acteurs de cette coopération, tant français que québécois. « Il est de notre intérêt mutuel de poursuivre le développement d'une relation aussi productive, aussi féconde, marquée par l'innovation et la créativité. Cette relation mature peut faire preuve d'audace. Le meilleur exemple est sans aucun doute l'Entente entre le Québec et la France en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles », a souligné monsieur Charest.

Au cours de cette journée, le premier ministre Charest s'est également entretenu avec le maire de Paris, Bertrand Delanoë. Ils ont par la suite dévoilé une plaque commémorative marquant la mise en valeur de la Place du Québec ainsi que de l'œuvre « L'Embâcle », du sculpteur Charles Daudelin, qui orne le site. La cérémonie s'est déroulée en présence de l'épouse et du fils du sculpteur. La Ville de Paris a apporté son soutien dans ces travaux de mise en valeur réalisés à l'occasion du 50e anniversaire. La Place du Québec, située devant L'Église Saint-Germain-des-Prés à l'un des carrefours les plus fréquentés de la capitale, avait été inaugurée en 1980 par René Lévesque et le maire de Paris, Jacques Chirac. Le gouvernement du Québec a fait don de la sculpture de Charles Daudelin en 1984.

En présence du ministre responsable de la Coopération, Henri de Raincourt, le premier ministre a aussi participé au dévoilement de l'œuvre de Geneviève Cadieux, « La voie lactée », qui ornera les murs de la station Saint-Lazare du métro de Paris. Cette œuvre est offerte par la Société de transport de Montréal à la Régie autonome des transports parisiens à l'occasion du 50e de la DGQP et des 150 ans du transport collectif à Montréal. « Souligner un demi-siècle de relation diplomatique directe et privilégiée est une occasion de fêter, mais également d'exercer un devoir de mémoire. Les gestes que nous posons aujourd'hui témoignent de cette volonté qui nous anime de poursuivre et d'approfondir cette relation mature que d'autres ont nourrie avant nous », a souligné Jean Charest.

Par ailleurs, le premier ministre a présenté le Plan Nord devant des présidents des Conseils régionaux de France, réunis à l'initiative de l'Association des Régions de France. Le Québec est engagé dans une collaboration avec plusieurs régions françaises, laquelle prend la forme notamment d'échanges entre les créneaux d'excellence québécois et les pôles de compétitivité français. Le premier ministre souhaitait sensibiliser les présidents des Régions françaises à tout le potentiel qu'offre la mise en œuvre du Plan Nord.

 

La «Frônce» et nous


Benoît Aubin

 

Les célébrations de l'anniversaire de fondation de la Délégation du Québec à Paris cette semaine marquent 50 ans d'une relation difficile, et parfois navrante, entre une mère absente et son orphelin agité, drame qui a bien tourné finalement.

Les soldats canadiens empilés dans des péniches de débarquement en route pour le carnage de Dieppe, en 1942, ne pouvaient pas imaginer qu'un jour, des Québécois comme Kim Thúy ou Dany Laferrière deviendraient des stars de la littérature... française.

Dans ce temps-là, la France n'avait pas seulement perdu son ancienne colonie d'Amérique en 1759. Elle l'avait abandonnée et, pour ainsi dire, oubliée.

À sens unique

Jusqu'à ce que papa de Gaulle lance son pétard au sujet du Québec libre à Montréal, en 1967, notre relation avec la «mère-patrie» se déroulait en bonne partie à sens unique.

Aller vivre en France était le privilège d'une élite talentueuse ou fortunée - ou les deux. Le théâtre, la cuisine, les vins français à Montréal étaient pour les snobs de Radio-Canada. Ils étaient les «maudits Français» qui nous regardaient de haut, et nous, les «cousins du Canada», qu'ils regardaient de haut.

C'est un peu par notre faute si les Français nous ont longtemps considérés avec un mélange de condescendance et d'impatience.

Entre le moment où Robert Charlebois est allé les traiter de «race de waiters» et celui où Jean Chrétien a critiqué l'offensive des nationalistes, qui voulaient juste «voir le flag du Québec sur le hood du char» à Paris, nous leur avons infligé nos problèmes, nos chicanes et nos espoirs de colonisés, dont ils n'avaient bien souvent rien à cirer.

Non-indifférence

Il y a une jolie place du Québec dans Saint-Germain, mais elle est jouxtée d'une place de l'Acadie, plus petite, mais tout près: la réflexion exacte de la politique française de «noningérence, mais de non-indifférence» vis-à-vis du projet souverainiste...

De nos jours, ce n'est plus pareil: de 2000 à 4000 personnes voyagent chaque jour entre Montréal et Paris. C'est clairement devenu une relation bilatérale, basée sur des intérêts réciproques: tourisme, affaires, études.

Les Français comprennent mal le rock, mais sont fascinés par l'Amérique. Il devait arriver que chanteurs, musiciens, compositeurs, producteurs québécois réussissent chez eux.

D'égal à égal...

Les Français maîtrisent mieux leur langue que nous, mais les Québécois sont plus soucieux d'en bannir les anglicismes.

Nos fromages sont maintenant aussi bons que les leurs. Il n'y a pas de Renault ou de Peugeot dans les rues de Montréal, mais 90 pour cent du foie gras consommé aux États-Unis est produit au Québec. Leurs vins...

Nos relations avec la France sont devenues plus riches et confortables le jour où les Québécois ont cessé d'en attendre des faveurs et ont commencé à y voir des opportunités...

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Charest à Paris : cérémonie protocolaire et promotion du Plan Nord

Mise à jour le lundi 3 octobre 2011 à 11 h 33 HAE

Jean Charest à Paris

Cérémonie protocolaire soulignant l'arrivée de Jean Charest en France

Le premier ministre Jean Charest est à Paris depuis lundi matin pour souligner les 50 ans de la Délégation générale du Québec.

Dès son arrivée dans la capitale française, M. Charest a eu droit à une cérémonie officielle aux Invalides présidée par le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant.

Le premier ministre québécois sera reçu par le premier ministre François Fillon. Toutefois, aucune rencontre n'est prévue avec le président Nicolas Sarkozy.

À la Délégation générale du Québec, on laisse entendre que les discussions avec l'Élysée, en vue d'un éventuel entretien, se poursuivent.

Monique-Gagnon-Tremblay, responsable des Relations internationales et de la Francophonie, est le seul membre du gouvernement à accompagner le premier ministre.

La délégation québécoise prendra part au dévoilement d'une plaque commémorative à la place du Québec et d'une autre plaque soulignant l'ouverture de la Maison du Québec à Paris, le 5 octobre 1961. M. Charest participera aussi à un colloque sur la coopération franco-québécoise avec le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.

Vendre le Plan Nord aux Français

Jean Charest entend profiter de ce déplacement pour vanter le Plan Nord auprès des représentants du milieu des affaires et du secteur financier français.

Des rencontres avec le Mouvement des entreprises françaises et la Chambre de commerce et d'Industrie de Paris sont au programme.

Radio-Canada.ca avecPresse canadienne

 

Il y a 50 ans, le québec à Paris - 2 - Un grand élan diplomatique

La Délégation du Québec à Paris fut une des premières manifestations de la Révolution tranquille

Christian Rioux 4 octobre 2011 Québec

Jean Lesage (troisième à partir de la gauche) visitant les usines Renault en octobre 1961. Charles de Gaulle avait voulu que le premier ministre du Québec soit reçu en France «comme un chef d’État».<br />

Photo : Agence France-Presse

Jean Lesage (troisième à partir de la gauche) visitant les usines Renault en octobre 1961. Charles de Gaulle avait voulu que le premier ministre du Québec soit reçu en France «comme un chef d’État».
 

La Délégation générale du Québec à Paris aura cinquante ans demain. C'est l'occasion de rappeler quelques moments forts de l'histoire de la jeune diplomatie québécoise et comment elle a tracé son chemin à travers le temps. Deuxième texte d'une série de trois.

À suivre...

La bibliothèque Gaston Miron demeurera propriété du Québec

Elle sera déménagée à la Sorbonne nouvelle

Le poète Gaston Miron<br />

Photo : Jacques Grenier - Le Devoir

Le poète Gaston Miron
 

Paris — De passage à Paris, la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, a confirmé la nouvelle publiée hier par Le Devoir qui annonçait le transfert de la Bibliothèque Gaston Miron (BGM) à l'Université de la Sorbonne nouvelle Paris III. Cette décision signe l'abandon du projet de création d'un «Espace Québec», caressé par les services culturels de la Délégation, regroupant la BGM et la Librairie du Québec autour d'un café littéraire.

La ministre a précisé hier que le Québec demeurerait propriétaire des 17 000 documents actuellement conservés à la Délégation. Ceux-ci ne seront pas dispersés, mais regroupés, dès ce printemps, dans un même endroit dans la grande bibliothèque centrale de La Sorbonne nouvelle, située rue Censier, dans le Ve arrondissement de Paris.

Le gouvernement s'apprête à signer un contrat de cinq ans qui inclura le salaire d'une bibliothécaire québécoise pendant la première année. Une bibliothécaire française, qui suivra trois mois de formation à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, prendra ensuite la relève. Le Québec assumera le tiers de son salaire et fournira 10 000 $ par année pour l'achat de nouveaux livres. Le contrat pourra être réévalué dans cinq ans. Il n'est pas assuré que cette solution réduise les coûts. «Même si ça coûtait un peu plus cher [que le maintien de la BGM à la Délégation], ce serait avantageux», dit la ministre, car la BGM «sera plus accessible». La fréquentation de la bibliothèque de la rue Censier est estimée à 500 000 visiteurs par an. La Sorbonne nouvelle abrite aussi une petite Chaire d'études du Québec contemporain.

Concernant l'abandon, pour une seconde fois, d'un projet de centre culturel québécois à Paris, Monique Gagnon-Tremblay dit que «le problème, c'est que je n'ai pas d'argent. On pourrait toujours penser à l'idéal, mais il faut le financer». Une étude de Secor Europe avait envisagé plusieurs formes de financement, dont des cotisations de membres et la création d'une fondation privée.

   Inauguration de la fontaine ''L'embâcle'' rénovée

mardi 4 octobre

A l'occasion des 50 ans de la Délégation Générale du Québec à Paris et de la visite officielle en France de Jean CHAREST, Premier Ministre du Québec, il sera procédé, mardi 4 octobre à partir de 9h45, à l'apposition d'une plaque commémorative sur la façade de l'immeuble sis 3 Place du Québec, présentant l'Embâcle*, œuvre de Charles Daudelin, et à l'inauguration de cette dernière, rénovée en 2011 par la Ville de Paris. Cette œuvre avait été offerte à la Ville de Paris et inaugurée le 25 octobre 1984.

Cette cérémonie se déroulera mardi 4 octobre, à partir de 9h45, place du Québec, en présence du Premier Ministre du Québec, du Maire de Paris et du Maire du 6e.

* «L'Embâcle, œuvre du sculpteur québécois Charles Daudelin( 1920-2001), symbolise l'obstruction des cours d'eau par la glace lors du dégel au printemps. Don du Gouvernement du Québec à la Ville de Paris inaugurée en 1984 et rénovée en 2011 à l'occasion du 50e anniversaire de la Délégation Générale du Québec à Paris.»

Lors de la Fête Nationale du Québec en juin 2010. (Photo d'archives 2010 © Mairie du 6e)

Il y a 50 ans, le Québec à Paris - 1- Le premier diplomate québécois

Dès 1882, le premier représentant du Québec à Paris applique la doctrine Gérin-Lajoie... 83 ans avant la lettre!

Christian Rioux 3 octobre 2011 Québec

La façade de la Délégation du Québec à Paris, au 66 de la rue Pergolèse.<br />

Photo : Agence France-Presse Martin Bureau

La façade de la Délégation du Québec à Paris, au 66 de la rue Pergolèse.
 

Le 5 octobre, la Délégation générale du Québec à Paris aura cinquante ans. Première représentation du Québec moderne à l'étranger, cette délégation est aussi la seule qui ait un statut diplomatique. C'est l'occasion de rappeler quelques moments forts de l'histoire de la jeune diplomatie québécoise et comment elle a tracé son chemin à travers le temps. Premier texte d'une série de trois.

Paris — Dans l'ancien cimetière de Boulogne-Billancourt, la pierre tombale d'Hector Fabre s'élève au milieu de celles de ses voisins qui appartenaient pour la plupart à la petite bourgeoisie locale. Sur la stèle, on peut lire qu'ici repose le premier «commissaire général du Canada en France». C'est probablement son successeur, Louis-Philippe Roy, qui a fait graver l'inscription. Celui-ci a cependant oublié de mentionner qu'avant d'être commissaire du Canada à Paris, Hector Fabre fut d'abord commissaire du Québec. Bref, le premier diplomate québécois.

Longtemps avant l'ouverture d'une délégation générale, par Jean Lesage, en 1961, le gouvernement de Joseph-Adolphe Chapleau éprouvait le besoin d'avoir un représentant à Paris. Le Plan Nord de l'époque se nommait la colonisation. Or, celle-ci avait besoin de cultivateurs français, belges et flamands. Les premiers ministres du temps allaient régulièrement négocier des emprunts en France. Le Crédit foncier franco-canadien venait d'ailleurs d'être créé à Paris. Bref, après l'arrivée à Québec du premier navire français depuis la Conquête, La Capricieuse, les échanges entre la France et le Québec étaient en pleine croissance.

Fait étrange pour les contemporains, quelques mois après sa nomination, Hector Fabre sera aussi nommé commissaire du Canada. C'est même le premier ministre Chapleau lui-même qui convainc Ottawa de faire appel à ses services, ce qui permettra notamment de partager les frais d'un représentant à Paris. Quand on connaît les batailles diplomatiques qui ont opposé Québec à Ottawa ces cinquante dernières années, ce double mandat que Fabre conservera jusqu'à sa mort, en 1910, apparaît surréaliste.

«Il faut savoir qu'à cette époque, le Canada ne contrôle pas plus sa politique étrangère que le Québec, explique le politologue Denis Monière. À partir de 1910, le Canada [qui n'aura la véritable maîtrise de ses Affaires étrangères que dans les années 1930] cherchera d'ailleurs à agir à l'étranger dans ses domaines de compétences. Exactement comme le Québec tentera de le faire lui aussi dans les années 60.»

Ce n'est qu'après 1910 et la nomination du successeur d'Hector Fabre que le Canada commencera à se montrer jaloux de ses prérogatives à l'étranger. Ottawa refusera donc que le nouveau commissaire, Louis-Philippe Roy, continue à représenter le Québec. Pourtant, Québec fait exactement la même chose qu'Ottawa. Il est significatif que le mandat du tout premier représentant du Québec à l'étranger précise que celui-ci est «le représentant attitré du gouvernement de Québec pour toutes les négociations qui ressortent des attributions de la province». Bref, le Québec estime déjà qu'il peut agir comme il l'entend à l'étranger dans ses domaines de compétences. Quinze ans après la création de la fédération canadienne et quatre-vingt-trois ans avant la doctrine Gérin-Lajoie, c'est presque mot pour mot ce que dira le 12 avril 1965 dans son célèbre discours le ministre libéral Paul Gérin-Lajoie pour défendre, cette fois, les prérogatives du Québec par rapport à Ottawa.

Sauf qu'en 1882, le «Dominion of Canada» n'est pas plus indépendant que la «Province of Québec». Peu importe que Fabre représente Québec ou Ottawa, l'ambassadeur britannique en France boudera la jeune diplomatie canado-québécoise. Il faudra d'ailleurs l'intervention personnelle de la princesse Louise, fille de la reine Victoria, pour que l'ambassadeur de la Grande-Bretagne, Lord Lytton, accepte de recevoir Hector Fabre.

Une personnalité ambiguë

Mais il y a longtemps qu'Hector Fabre a appris à naviguer en eaux troubles. Ce fils d'un compagnon de Louis-Joseph Papineau, le libraire Édouard-Raymond Fabre, traverse une époque difficile qui suit la répression sauvage des insurrections de 1837-1838. Journaliste, il a dirigé la mutinerie au sein de l'Institut canadien (un bastion libéral) et est passé, comme il l'écrira lui-même, «du rouge pâle au bleu tendre».

«Ce sera toujours un personnage difficile à saisir, dit l'historien Yvan Lamonde. C'est quelqu'un qui cherche difficilement sa voie dans une époque très difficile. Il navigue entre les libéraux et les réformistes. Républicain, il reste partisan de l'annexion aux États-Unis, mais taira souvent ses convictions. En même temps, pour lui le nationalisme canadien-français est indissociable de la religion. Un paradoxe pour un annexionniste.»

Très critique à l'égard de la Confédération de 1867, Hector Fabre a tout de même consenti à l'union. «Pour lui, représenter le Québec et le Canada n'a rien de contradictoire, dit Lamonde. De toute façon, le poste qu'il occupe à Paris n'a pas beaucoup d'importance pour le Canada. Depuis l'arrivée de La Capricieuse, l'alliance franco-américaine de 1854 et l'entente cordiale, on sait que la France n'est plus menaçante.»

Qui mieux qu'Hector Fabre pouvait donc donner naissance à la diplomatie québécoise en France? «Il a une vision un peu mythique et sentimentale de la France, dit M. Lamonde. Ce qu'il fera le plus à Paris, c'est de prononcer des discours pour ressourcer le puits sentimental des échanges entre la France et le Québec.»

«Non-ingérence et non-indifférence»

Selon l'ancien ambassadeur du Canada Gilles Duguay, Hector Fabre s'est beaucoup plus occupé du Québec à Paris que d'Ottawa, où «il était protégé par quelques personnages influents, comme Wilfrid Laurier». Si, après la mort d'Hector Fabre, Ottawa refuse que son commissaire en France continue à porter le double chapeau, Paris n'en continue pas moins à traiter de la même façon Québec et Ottawa, deux capitales non souveraines, explique Denis Monière. «À Paris, Québec et Ottawa sont sur le même pied. Le premier ministre québécois Lomer Gouin est reçu à Paris avec le même faste que le premier ministre canadien Robert Borden. Dans ces réceptions, on invite tout le corps diplomatique. C'est la non-ingérence et la non-indifférence avant la lettre.»

Wilfrid Laurier tentera d'ailleurs d'obtenir de Paris un statut intermédiaire pour la représentation du Canada. On songera alors à lui offrir un statut semblable à celui de l'Égypte, qui était à cette époque sous protectorat. Un statut qui fait évidemment penser à celui qu'obtiendra le Québec en France dans les années 1960 avec la création de la Délégation générale.

Lors de sa nomination comme ambassadeur à Paris, l'un des premiers gestes de Lucien Bouchard consistera d'ailleurs à offrir à cette dernière une réplique exacte du portrait de Fabre que détenait l'ambassade. Pour Lucien Bouchard, ce portrait appartenait plus à Québec qu'à Ottawa.

 

50 ans de la Délégation générale du Québec à Paris - Pour un Espace Québec en France

Louise Beaudoin - Députée de Rosemont 3 octobre 2011 Québec

Pourquoi le premier ministre ne profiterait-il pas du 50e anniversaire de la Délégation pour annoncer l’intention du Québec de se doter, enfin, d’une véritable vitrine culturelle à Paris?<br />

Photo : Agence Reuters Benoît Tessier

Pourquoi le premier ministre ne profiterait-il pas du 50e anniversaire de la Délégation pour annoncer l’intention du Québec de se doter, enfin, d’une véritable vitrine culturelle à Paris?
 

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, sera en France cette semaine pour clôturer les festivités du 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris. Son discours sera-t-il celui d'un visiteur sympathique dont on ne dira rien ou presque dans les médias français, ou bien marquera-t-il l'histoire par une détermination à donner un nouvel élan à cette remarquable réussite qu'est le lien entre la France et le Québec?

Un seul chiffre pour illustrer nos échanges dans les domaines de l'immigration, des affaires, des arts et de la culture, du tourisme, de l'éducation: 4000 personnes voyagent, en moyenne, chaque jour entre la France et le Québec, ce qui donne au moins 1,2 million de passagers par an!

Plusieurs fois au fil du temps, il a été imaginé de créer une sorte de «Maison du Québec à Paris». J'avais moi-même présenté en 2002 le projet d'un centre Québec-Europe qui allait servir à la fois l'économie, le tourisme, les sciences et la technologie, sans oublier la culture, évidemment. Il s'agissait d'un solide projet multidisciplinaire bien ancré en France, mais tourné sur l'Europe entière.

Occuper les endroits stratégiques


Dix ans plus tard, tel que le révélait Le Devoir en juillet dernier, le gouvernement du Québec dispose d'une nouvelle et très sérieuse étude de faisabilité commandée par la Délégation générale du Québec à la firme SECOR/Europe. Elle propose dans une nouvelle mouture la création d'Espace Québec, un lieu de promotion du savoir-faire québécois, un lieu d'accueil, de rencontre, de démonstration de notre créativité sur le plan culturel et sur le plan économique, un lieu innovant et invitant pour les amis actuels et futurs du Québec: étudiants, gens d'affaires, artistes, écrivains, émigrants, touristes...

Dans un monde où les échanges s'accélèrent, il faut être présent dans les endroits stratégiques. Tous les pays émergents et même les nations sans État, telles que la Catalogne et la Wallonie, s'installent en plein coeur de Paris, y ouvrent des instituts, des centres. Ces derniers sont dotés de bibliothèques, de salles de spectacle, de salles de réunion pour les gens d'affaires, de cafés, de librairie. Ils deviennent, avec l'aide du Web et de nouvelles technologies, des instituts ou centres aux effets multiplicateurs. La diplomatie culturelle vient ainsi se profiler au coeur de multiples activités clairement destinées à promouvoir l'image de marque du pays ou de la nation concernés.

Pourquoi le premier ministre ne profiterait-il pas du 50e anniversaire de la Délégation pour annoncer l'intention du Québec de se doter, enfin, d'une telle vitrine?

Problème épineux à régler

Ce projet résoudrait du même coup l'épineux problème de la Bibliothèque Gaston Miron qui n'a toujours pas de solution, hormis la triste hypothèse d'aller la reloger dans une bibliothèque de quartier ou au 4e ou 5e étage d'un bâtiment universitaire: une voie de garage, sans ressources, sans perspective, sans contrôle absolu quant à la conservation du Fonds Gaston Miron. Espace Québec, au contraire, ferait de la Bibliothèque Gaston Miron une véritable antenne de la Grande Bibliothèque du Québec dont le succès est aujourd'hui reconnu dans le monde entier.

Le Québec veut être visible et accessible. Il doit rayonner, faire entendre sa voix pour se développer, pour demeurer à l'avant-garde. Voilà ce que le premier ministre pourrait dire en proposant le projet Espace Québec. Sur ce terrain-là, nous sommes sûrement nombreux à être d'accord à l'Assemblée nationale, tout simplement parce que l'on parle de l'ouverture du Québec sur l'Europe et que, tout bien pensé, comme le disent les auteurs de l'étude, «ce sont les échanges culturels qui font la richesse du monde».
 

 

Jean Charest en mission en France pour prendre part aux célébrations du 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris

PARIS, France, le 3 oct. 2011 /CNW Telbec/ - Le premier ministre du Québec, Jean Charest, amorce aujourd'hui une mission en France afin de participer à une série d'activités soulignant le 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris (DGQP), célébré le 5 octobre. Le premier ministre profitera également de son passage en France pour faire la promotion du Plan Nord. Il est accompagné de la ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie, Monique Gagnon-Tremblay.

« Pièce maîtresse de notre dialogue avec la France depuis cinquante ans, la Délégation générale du Québec à Paris est un témoin privilégié de la richesse et de l'étendue des liens qui se sont tissés entre nos deux sociétés. Grâce à son impulsion, ce sont virtuellement tous les secteurs d'activités qu'embrasse aujourd'hui cette relation, au profit du développement social, économique et culturel des deux sociétés », a déclaré Jean Charest.

Le premier ministre du Québec sera l'invité d'honneur d'un diner officiel offert par le premier ministre de la France, François Fillon, pour souligner le 50e anniversaire de la DGQP. Cet anniversaire fait l'objet depuis le début de l'année d'une imposante programmation commémorative qui a bénéficié de la participation des régions, des villes, des universités, des entreprises, des artistes et des citoyens français. Le premier ministre participera à Paris, en compagnie de partenaires importants du Québec, à plusieurs activités s'inscrivant dans cette programmation : une cérémonie soulignant les travaux de mise en valeur de la Place du Québec et de l'œuvre de Charles Daudelin, le dévoilement de l'œuvre d'une artiste québécoise à la station de métro Saint-Lazare, un colloque sur les relations France-Québec ainsi que le dévoilement d'une plaque commémorant la première représentation du Québec en France.

Cette mission sera également l'occasion de faire le point sur plusieurs dossiers d'intérêt commun avec la France, dont la mise en place d'un espace de mobilité professionnelle, le projet d'accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne ainsi que le Plan Nord. Le premier ministre Charest s'entretiendra notamment avec le premier ministre François Fillon, le ministre d'État et ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé, et le président de l'Assemblée nationale française, Bernard Accoyer. Figurent également au programme des entretiens avec le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, et le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

Plan Nord

Le Plan Nord constitue un thème important de cette mission en France. Dans la foulée notamment de la visite au Québec en septembre du ministre français responsable de l'Industrie, de l'Énergie et de l'Économie numérique, Éric Besson, qui a été mandaté pour coordonner l'action de la France à l'égard du Plan Nord, le premier ministre du Québec fera la promotion de ce projet de développement auprès des autorités françaises et des milieux économique et financier. Le premier ministre présentera ainsi le Plan Nord, en compagnie du ministre Besson, devant la Chambre de commerce et d'industrie de Paris et le Mouvement des entreprises de France. Des rencontres de travail se tiendront également sur ce thème avec l'Association des Régions de France et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

 

La Bibliothèque Gaston Miron déménagera à la Sorbonne

Le projet d'un centre culturel québécois à Paris est de nouveau abandonné

Paris — La Bibliothèque Gaston Miron (BGM), seul centre de documentation sur le Québec situé à l'étranger, sera finalement déménagée des bureaux de la Délégation générale du Québec à Paris à l'Université de la Sorbonne Paris III. C'est ce qu'a appris Le Devoir alors que la survie même de cette prestigieuse bibliothèque était en jeu depuis des mois. Depuis le mois de juin, ce fonds exceptionnel de 17 000 documents n'avait plus de bibliothécaire attitré, la Bibliothèque nationale du Québec, elle-même l'objet de restrictions budgétaires, s'étant résignée à retirer l'aide qu'elle fournissait gracieusement à cette institution qui relève du ministère des Relations internationales (MRI).

Même si le cabinet de la ministre Monique Gagnon-Tremblay a refusé de confirmer la nouvelle, Le Devoir a appris que les documents seraient bientôt déménagés dans les bâtiments de la Sorbonne nouvelle, rue Censier dans le Ve arrondissement de Paris. Un employé du Service commun de documentation de la Sorbonne nouvelle nous a déclaré que le fonds de la Bibliothèque Gaston Miron avait fait l'objet d'un «don» à l'université. Une information aussitôt démentie énergiquement par une source de la Délégation générale, mais que le bureau de la ministre Gagnon-Tremblay n'a souhaité ni confirmer ni infirmer, de même que l'Université Paris III.

La Sorbonne nouvelle abrite déjà une petite chaire d'études québécoises, par ailleurs largement sous-financée, qui accueille chaque année un professeur québécois en année sabbatique. Il y a quelques mois, certains avaient émis l'hypothèse de transformer cette chaire en Institut de recherche sur le Québec avec ses propres locaux.

La Délégation générale et le MRI ont refusé de nous dire si l'intégrité du fonds serait préservée et si les documents seraient regroupés dans un même lieu. La Sorbonne nouvelle est une université à dominante littéraire, alors qu'une large partie du fonds québécois concerne les sciences humaines. Impossible pour l'instant de savoir qui demeurera propriétaire des documents, qui sera responsable de leur mise à jour régulière et si le Québec pourrait les récupérer. Il semble cependant assuré que ce déménagement impliquera une contribution financière du Québec.

Seconde mort d'un projet


Cette décision signe la seconde mort du projet de création d'un centre culturel québécois à Paris. Pour sauver la BGM, les services culturels de la Délégation avaient en effet commandé une volumineuse étude à la firme Secor Europe qui proposait de créer un centre culturel baptisé «Espace Québec». L'étude suggérait trois scénarios permettant de regrouper la Librairie du Québec et la BGM en y adjoignant un café littéraire et, éventuellement, une petite salle de projection ainsi que des bureaux de tourisme. Les experts prévoyaient une fréquentation allant de 50 000 à 150 000 visiteurs par année. De passage à Paris en juin dernier, la ministre Gagnon-Tremblay avait réclamé plus de détails financiers et soutenu que ce projet était «toujours vivant», alors qu'on le croyait mort et enterré depuis longtemps.

Une rencontre s'est tenue cet été avec les fonctionnaires du MRI qui n'ont manifesté aucun intérêt pour ces propositions. Il semble que les résistances venaient surtout du MRI alors que le projet aurait suscité une oreille plus favorable au ministère de la Culture et même au bureau du premier ministre. En 2003, Jean Charest avait lui-même annoncé la «suspension» d'un projet semblable, mais nettement plus ambitieux, amorcé par le précédent gouvernement.

Dès ce matin, le premier ministre et sa ministre des Relations internationales seront à Paris pour souligner les 50 ans de la Délégation générale du Québec. Le cabinet de la ministre nous a indiqué qu'aucune annonce spécifique n'avait été prévue au programme concernant la BGM, mais que la ministre répondrait aux questions.