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OPINION
La mesure du défi budgétaire
Denis Bédard, Économiste,
ex-président de la Commission nationale sur les
finances et la fiscalité locales,
l'auteur a été secrétaire du Conseil du Trésor
Le Devoir
Édition
du mardi 27 octobre 2009
Dans la recherche de solutions à l'impasse budgétaire du
gouvernement du Québec pour les prochaines années, il me
semble utile de montrer l'ampleur du défi qui nous attend en
mettant en relation l'évolution des déficits prévus, la
croissance des revenus et des dépenses ainsi que le niveau
de notre endettement.
La stratégie du gouvernement est basée sur un scénario
financier quinquennal pour la période 2009-2010 à 2013-2014.
Dans ce scénario, on constate que le déficit pour l'année en
cours atteindrait 3,9 milliards de dollars, qu'il
augmenterait à 4,8 et 5,6 milliards au cours des deux années
suivantes et qu'il se stabiliserait par la suite à 6
milliards. Pour apprécier ce scénario, il est utile de
retourner en arrière et d'analyser l'évolution récente de la
situation financière, sans tenir compte toutefois de la
technique de la réserve budgétaire qui a été utilisée pour
compenser les variations des résultats d'une année à
l'autre.
Ainsi, en 2007-2008, le budget enregistre un surplus de 1
milliard de dollars, mais l'année 2008-2009 connaît un
revirement important, car le budget se solde par un déficit
de 2 milliards, ce qui constitue une détérioration de 3
milliards d'une année à l'autre. Avant recours à la réserve
budgétaire, on prévoit sur la même base pour 2009-2010 un
déficit de 4,2 milliards de dollars, soit une nouvelle
détérioration de 2,2 milliards. La situation financière du
gouvernement s'est donc dégradée de 5,2 milliards de dollars
en deux ans.
Baisse des coûts
Cette dégradation s'explique par deux facteurs: d'une part,
de 2006-2007 à 2009-2010, les revenus autonomes diminuent
progressivement de 49,7 milliards à 47,4 milliards et,
d'autre part, les dépenses de programme augmentent de 51,7 à
60 milliards de dollars. L'évolution divergente que
connaissent ces deux éléments cruciaux du budget a été en
partie compensée par une baisse des coûts du service de la
dette découlant de la baisse des taux d'intérêt et de la
croissance des transferts fédéraux faisant suite aux
discussions sur le déséquilibre fiscal. Mais le résultat net
de cette évolution est que nous faisons face désormais à un
trou financier. Il s'agit de la première cause de l'impasse
à laquelle on fait maintenant face.
Pour les années suivantes du scénario budgétaire, à savoir
2010-2011 à 2013-2014, on voit une reprise de la croissance
des revenus autonomes, mais elle est accompagnée cette fois
d'une stagnation des transferts fédéraux et d'une croissance
du service de la dette dont les coûts bondissent de 6,1
milliards en 2009-2010 à 9,4 milliards en 2013-2014.
Pour essayer de stabiliser le déficit à environ 6 milliards,
l'objectif de croissance des dépenses de programme à partir
de 2010-2011 est fixé à 3,2 % alors que la moyenne des trois
années précédentes est de 5,1 %. Devant la hausse
incontournable des dépenses de santé qui est de l'ordre de
5,5 % et l'évolution des dépenses d'éducation qui augmentent
annuellement d'environ 3,5 %, les crédits des autres
ministères devront être complètement gelés durant les quatre
prochaines années pour respecter la limite globale de 3,2 %,
situation qui se traduirait évidemment par une baisse des
services compte tenu de la hausse des prix et des salaires.
Il n'y a évidemment aucune marge de manoeuvre dans ce
scénario financier qui est basé sur des hypothèses fragiles
compte tenu des incertitudes de la conjoncture économique.
Les risques touchant à la fois l'évolution des revenus et
des dépenses pourraient avoir un impact combiné significatif
sur le déficit à court terme. Par exemple, en ce qui
concerne seulement les dépenses, si leur croissance moyenne
était de 4,2 %, soit 1 % de plus que l'objectif de 3,2 %, en
se rappelant qu'elle fut de 5,1 au cours des dernières
années, la prévision du déficit serait en 2013-2014 de 8,6
milliards au lieu de 6 milliards. Cela donne une idée de
l'ampleur des risques, surtout à la veille du renouvellement
des conventions collectives.
L'endettement du gouvernement
L'endettement est l'autre aspect inquiétant de l'impasse
financière du gouvernement. Au 31 mars 2009, la dette brute
était rendue à 151,4 milliards de dollars, ce qui équivalait
à 49,9 % du PIB du Québec. Quel que soit le concept de dette
utilisé (brute, directe ou nette), le Québec est de loin la
province la plus endettée au Canada. Sauf la Nouvelle-Écosse
et Terre-Neuve à 33 %, toutes les autres provinces ont une
dette brute inférieure à 30 % du PIB. Si le Québec était à
ce niveau de 30 %, la dette brute serait seulement de 90
milliards de dollars et le service de dette coûterait en
proportion 2,5 milliards de moins pour l'année en cours. On
ne pourra jamais avoir une fiscalité compétitive tant que ce
problème existera.
L'accroissement de la dette durant la période 2009-2014
dépendra des déficits qui seront encourus, mais aussi du
financement qui sera nécessaire pour la réalisation du Plan
québécois des infrastructures dont le total des
investissements sera de 41,8 milliards entre 2008 et 2013.
En tenant compte de l'ensemble des besoins de fonds du
gouvernement, le scénario financier prévoit une hausse de la
dette brute de 8,9 milliards en 2009-2010 et de 9,9
milliards en 2010-2011. La dette atteindrait ainsi 170,2
milliards de dollars au 31 mars 2011. À ce rythme, elle
pourrait atteindre entre 190 et 200 milliards de dollars au
31 mars 2014.
En plus d'augmenter la dette, le plan des infrastructures
aura un impact sur les dépenses budgétaires. Dans l'Énoncé
économique du 14 janvier 2009, il est indiqué que cet impact
serait de 576 millions en 2009-2010, augmentant à 1,4
milliard en 2012-2013, montants qui devront être absorbés à
l'intérieur des objectifs prévus de croissance des dépenses,
ce qui pose un problème supplémentaire de 800 millions.
La sortie de crise
La recherche de solutions à la sortie de crise devrait tenir
compte des constatations découlant du bref diagnostic que
nous venons de faire, à savoir qu'il y a eu premièrement une
sous-croissance évidente des revenus autonomes depuis
2006-2007. Deuxièmement, la réalisation du plan des
infrastructures aura des conséquences budgétaires et
financières qui dépassent l'impact de la récession. Il faut
de plus souligner que la pratique de la réserve budgétaire
n'a finalement servi qu'à camoufler une détérioration des
finances gouvernementales depuis trois ans tandis que la
mise en place du Fonds des générations a donné l'illusion
que le problème de la dette à long terme allait être
facilement réglé.
Avec les besoins de financement appréhendés, on fait donc
face aujourd'hui à une vague d'endettement qui est démesurée
quand on compare notre situation à celle des autres
administrations publiques au Canada. En laissant les
infrastructures se dégrader et en repoussant les
investissements pour répondre aux besoins du secteur public,
les gouvernements ont contourné l'esprit de la loi sur le
déficit zéro qui était de contrôler la croissance de la
dette.
Quant au Fonds des générations, il n'aura fallu que trois
ans pour montrer qu'il pourrait ne pas tenir la route à long
terme: non seulement ses revenus de placement risquent de ne
pas être au rendez-vous, mais l'objectif lui-même de
diminuer l'importance de la dette va fuir devant nous comme
il l'a fait depuis 1999 alors que la dette brute était de
101 milliards et qu'elle vogue maintenant vers les 200
milliards.
En résumé, les mécanismes en place ne seront tout simplement
pas suffisants pour répondre à l'ampleur du défi budgétaire
auquel le Québec fait face. Maintenant que la loi sur le
déficit zéro est suspendue, il faut saisir l'occasion pour
faire le bilan de son application et compte tenu de
l'évolution critique de la dette du Québec, il faudrait
aussi réévaluer les avantages du Fonds des générations par
rapport à d'autres options qui pourraient permettre d'avoir
un impact direct et plus rapide sur l'endettement du
gouvernement. La question qui se pose est la suivante:
faut-il remplacer la loi sur le déficit zéro par une loi sur
le contrôle de l'endettement? Voilà un beau mandat pour un
comité d'étude spécial qui ferait rapport sur ces enjeux
avant le prochain discours sur le budget.
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Charest tente de calmer le jeu
Pettigrew défend la nomination de Licari à Paris; Landry et
Michaud la dénoncent
Antoine Robitaille
Édition
du samedi 24 et du dimanche 25 décembre 2005
Le Devoir
Afin de calmer le jeu, le premier ministre Jean Charest a
décidé d'intervenir hier au sujet de la nomination
controversée de son ami Wilfrid-Guy Licari comme délégué
général du Québec à Paris. En vain, semble-t-il, car cette
nomination a continué d'alimenter le débat, suscitant des
réactions de Pierre Pettigrew, Bernard Landry et Yves
Michaud, entre autres.
«J'espère que la polémique va cesser», a dit au Devoir M.
Charest, qui a refusé net ce que le chef du Parti québécois,
André Boisclair, lui a réclamé jeudi sur les ondes de
Radio-Canada, soit «de réviser sa décision».
«Ce n'est pas dans l'intérêt de la délégation [générale du
Québec à Paris] que la polémique continue», a fait valoir le
premier ministre. Il s'est du reste montré enchanté de
l'intervention-surprise de l'ancien premier ministre Lucien
Bouchard, sorti de sa réserve jeudi pour défendre la
nomination de M. Licari à Paris.
Selon M. Charest, M. Bouchard a raison de souligner que M.
Licari «a toujours été très respectueux des compétences
québécoises [...] dans tout ce qu'il a entrepris; il fut un
de ceux qui ont toujours été des alliés indéfectibles du
Québec». Aussi, le parallèle que M. Bouchard a dressé entre
le tollé qui avait suivi sa nomination et celui qu'a suscité
celle de M. Licari est à ses yeux très juste : «Quand Lucien
avait été nommé [à Paris], on lui avait reproché les mêmes
choses qu'on reproche aujourd'hui à Wilfrid Licari,
notamment le fait d'être un ami du chef du gouvernement,
alors que Lucien, comme ambassadeur du Canada à Paris, a
fait un excellent travail.»
M. Charest a insisté pour dire que M. Licari est «d'abord
nommé pour ses compétences» et que cette nomination est «en
droite ligne avec» ce qu'il veut «au niveau des affaires
internationales», soit élargir la présence du Québec à
l'étranger. Compte tenu de l'amitié entre les deux hommes,
M. Licari «aura un canal privilégié» entre eux, a-t-il
confirmé. «Mais ce ne sera pas pour autant un canal de
détournement du ministère et des autres canaux», a nuancé M.
Charest. Au fond, a-t-il fait valoir, «l'amitié n'est pas un
substitut pour la compétence, et je n'aurais jamais osé
nommer à ce poste une personne si je n'avais pas l'intime
conviction qu'il en possédait».
Irrité par le caractère acerbe des critiques péquistes, M.
Charest a insisté sur le fait qu'il a maintenu en poste
Clément Duhaime jusqu'au mois dernier alors que celui-ci
avait été nommé en 2000 à Paris par Lucien Bouchard. «J'ai
toujours eu le plus grand respect pour Clément. Il est resté
en poste après mon arrivée au pouvoir parce que c'est un
professionnel» alors que tout le monde sait qu'il «n'est pas
d'allégeance fédéraliste». Jean Charest a précisé ceci : «Je
l'ai défendu avec beaucoup d'énergie à l'Organisation
internationale de la francophonie [OIF] parce que c'est un
pro, parce que c'est quelqu'un qui nous fait honneur.»
Selon M. Charest, savoir mettre de côté la partisanerie,
comme M. Bouchard l'a fait jeudi et comme il l'a lui-même
fait en maintenant M. Duhaime en poste, est essentiel à la
valorisation des institutions : «Autant il est vrai qu'un
premier ministre fédéraliste peut garder en poste une
personne qui n'est pas d'allégeance fédéraliste parce que
c'est un pro, autant l'inverse doit pouvoir être vrai aussi.
Sinon, on diminue nos institutions.»
M. Charest a par ailleurs soutenu qu'il savait que M. Licari
adhérait à la doctrine Gérin-Lajoie, combattue par le
fédéral mais qui fonde la personnalité étrangère du Québec.
«Il a été ambassadeur dans plusieurs pays francophones et au
Vatican, où le Québec était au centre des échanges», a aussi
fait valoir le premier ministre : «Il connaît très bien le
Québec.»
De plus, il estime qu'à l'approche d'échéances importantes,
notamment en 2008 (le 400e anniversaire de Québec ainsi que
le 49e Congrès eucharistique international et le Sommet de
la Francophonie, qui auront tous deux lieu dans la Vieille
Capitale), M. Licari pourra être d'un apport crucial.
Celui-ci a été ambassadeur au Vatican. Et il a été
ambassadeur au Sénégal, où il s'est lié d'amitié avec Abou
Diouf, aujourd'hui secrétaire général de l'OIF. Ce sont des
réseaux qui pourront être mis à profit.
Pettigrew applaudit
Quant au ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre
Pettigrew, rejoint hier en pleine campagne électorale
fédérale, il n'a eu que de bons mots pour M. Licari, dont il
sera le patron jusqu'à la fin de février (M. Licari est en
poste à Tunis). Il a salué cette nomination, y voyant une
façon «d'enrichir la diplomatie québécoise». «Je connais
Wilfrid depuis une trentaine d'années et je crois qu'il va
faire un excellent délégué du Québec.» Au dire de M.
Pettigrew, les critiques des anciens délégués et des
péquistes à l'endroit de M. Licari montrent que «ces gens-là
se choquent aussitôt que les choses sortent des chemins
traditionnels».
M. Pettigrew a poursuivi : «Je trouve très bien que la
diplomatie québécoise s'ouvre à un individu qui a une très
large expérience, qui vient lui-même de l'étranger, qui
s'est intégré au Québec. Voilà le genre de citoyen qu'on
aime mettre au service du Québec. C'est très bien», a dit le
ministre.
M. Pettigrew s'est dit nullement choqué par le fait que M.
Licari l'a contredit jeudi, dans son entrevue au Devoir, au
sujet de la doctrine Gérin-Lajoie, qu'il avait déclarée
«périmée» au mois d'août. Il a prétendu avoir été mal cité à
l'époque : «M. Licari a seulement contredit ce qu'on m'avait
fait dire dans un point de presse.» Pourtant, les propos du
ministre à l'époque ne faisaient aucun doute. Mais il a
insisté : «Ce que j'ai dit [...], et c'est la seule chose
qu'on avait retenue de ma position, c'est que je ne voyais
pas la doctrine Gérin-Lajoie comme base de négociation sur
autre chose que des ententes administratives, ce pour quoi
elle avait été écrite en 1965.»
Transfuge et transfusion
Dans le camp péquiste, on ne désarmait pas hier. Un autre
ex-premier ministre, Bernard Landry, a confirmé au Devoir
qu'il préparait une réponse écrite à celui à qui il avait
succédé, Lucien Bouchard, avec qui il dit «différer
respectueusement d'opinion» au sujet de la nomination de M.
Licari. Selon lui, l'ambassadeur a beau dire que la doctrine
Gérin-Lajoie «coule dans ses veines», cela signifie «qu'il
doit avoir eu des transfusions très récemment !», a-t-il
raillé. M. Landry a insisté pour dire qu'il n'attaque pas
l'homme, qui a été très courtois lorsqu'il l'a rencontré à
l'étranger lorsqu'il était aux affaires. Il reste que M.
Licari a eu à nier pendant plus de 30 ans que le Québec
forme une nation. «Il a aussi eu à défendre devant les
étrangers l'abjecte Loi sur la clarté», a déclaré M. Landry.
Michaud et l'olibrius
Ancien délégué du Québec à Paris, Yves Michaud allait dans
le même sens hier. Se rappelant avoir rencontré M. Licari à
plusieurs reprises, il a dit estimer que ce dernier «a
toujours fonctionné selon le bréviaire des diplomates
canadiens à l'étranger, qui ont tout fait et feront tout
pour minimiser la personnalité internationale du Québec».
Quant à la défense passionnée qu'en a faite Lucien Bouchard,
M. Michaud a soutenu qu'elle est logique puisque, lorsqu'il
a été ambassadeur à Paris, «il a tout fait [...] pour nous
marginaliser et affaiblir la délégation du Québec en
France». Aussi, dans les semaines qui ont suivi son arrivée
au pouvoir à Québec, M. Bouchard «a démantelé presque la
moitié du réseau des bureaux et délégations du Québec à
l'étranger. Et Sylvain Simard [alors ministre des Relations
internationales], cet olibrius, a avalé la couleuvre. Un
vrai ministre aurait démissionné». En somme, a dit M.
Michaud, «dans la position où est M. Bouchard actuellement,
il eût mieux valu qu'il se tût».
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