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Monique Gagnon Tremblay

ALLOCUTION DE LA MINISTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES

ET MINISTRE RESPONSABLE DE LA FRANCOPHONIE,  MADAME MONIQUE GAGNON-TREMBLAY À LA RÉCEPTION OFFERTE PAR L’ASSOCIATION DES ANCIENS DÉLÉGUÉS DU QUÉBEC

le jeudi 26 mai 2011

Denis Bédard La mesure du défi budgétaire Le Devoir, mardi 27 octobre 2009
Anne Légaré La francophonie: une union géoculturelle en formation

OPTIONS POLITIQUES, juillet-août 2008

Antoine Robitaille Pettigrew défend la nomination de Licari à Paris; Landry et Michaud la dénoncent Le Devoir, samedi 24 décembre 2005

 

 

OPINION

La mesure du défi budgétaire

    

Denis Bédard, Économiste,

ex-président de la Commission nationale sur les

finances et la fiscalité locales,

l'auteur a été secrétaire du Conseil du Trésor 



 

Le Devoir

Édition du mardi 27 octobre 2009

 

Dans la recherche de solutions à l'impasse budgétaire du gouvernement du Québec pour les prochaines années, il me semble utile de montrer l'ampleur du défi qui nous attend en mettant en relation l'évolution des déficits prévus, la croissance des revenus et des dépenses ainsi que le niveau de notre endettement.

 

La stratégie du gouvernement est basée sur un scénario financier quinquennal pour la période 2009-2010 à 2013-2014. Dans ce scénario, on constate que le déficit pour l'année en cours atteindrait 3,9 milliards de dollars, qu'il augmenterait à 4,8 et 5,6 milliards au cours des deux années suivantes et qu'il se stabiliserait par la suite à 6 milliards. Pour apprécier ce scénario, il est utile de retourner en arrière et d'analyser l'évolution récente de la situation financière, sans tenir compte toutefois de la technique de la réserve budgétaire qui a été utilisée pour compenser les variations des résultats d'une année à l'autre.

 

Ainsi, en 2007-2008, le budget enregistre un surplus de 1 milliard de dollars, mais l'année 2008-2009 connaît un revirement important, car le budget se solde par un déficit de 2 milliards, ce qui constitue une détérioration de 3 milliards d'une année à l'autre. Avant recours à la réserve budgétaire, on prévoit sur la même base pour 2009-2010 un déficit de 4,2 milliards de dollars, soit une nouvelle détérioration de 2,2 milliards. La situation financière du gouvernement s'est donc dégradée de 5,2 milliards de dollars en deux ans.

 

Baisse des coûts

 

Cette dégradation s'explique par deux facteurs: d'une part, de 2006-2007 à 2009-2010, les revenus autonomes diminuent progressivement de 49,7 milliards à 47,4 milliards et, d'autre part, les dépenses de programme augmentent de 51,7 à 60 milliards de dollars. L'évolution divergente que connaissent ces deux éléments cruciaux du budget a été en partie compensée par une baisse des coûts du service de la dette découlant de la baisse des taux d'intérêt et de la croissance des transferts fédéraux faisant suite aux discussions sur le déséquilibre fiscal. Mais le résultat net de cette évolution est que nous faisons face désormais à un trou financier. Il s'agit de la première cause de l'impasse à laquelle on fait maintenant face.

 

Pour les années suivantes du scénario budgétaire, à savoir 2010-2011 à 2013-2014, on voit une reprise de la croissance des revenus autonomes, mais elle est accompagnée cette fois d'une stagnation des transferts fédéraux et d'une croissance du service de la dette dont les coûts bondissent de 6,1 milliards en 2009-2010 à 9,4 milliards en 2013-2014.

 

Pour essayer de stabiliser le déficit à environ 6 milliards, l'objectif de croissance des dépenses de programme à partir de 2010-2011 est fixé à 3,2 % alors que la moyenne des trois années précédentes est de 5,1 %. Devant la hausse incontournable des dépenses de santé qui est de l'ordre de 5,5 % et l'évolution des dépenses d'éducation qui augmentent annuellement d'environ 3,5 %, les crédits des autres ministères devront être complètement gelés durant les quatre prochaines années pour respecter la limite globale de 3,2 %, situation qui se traduirait évidemment par une baisse des services compte tenu de la hausse des prix et des salaires.

 

Il n'y a évidemment aucune marge de manoeuvre dans ce scénario financier qui est basé sur des hypothèses fragiles compte tenu des incertitudes de la conjoncture économique. Les risques touchant à la fois l'évolution des revenus et des dépenses pourraient avoir un impact combiné significatif sur le déficit à court terme. Par exemple, en ce qui concerne seulement les dépenses, si leur croissance moyenne était de 4,2 %, soit 1 % de plus que l'objectif de 3,2 %, en se rappelant qu'elle fut de 5,1 au cours des dernières années, la prévision du déficit serait en 2013-2014 de 8,6 milliards au lieu de 6 milliards. Cela donne une idée de l'ampleur des risques, surtout à la veille du renouvellement des conventions collectives.

 

L'endettement du gouvernement

 

L'endettement est l'autre aspect inquiétant de l'impasse financière du gouvernement. Au 31 mars 2009, la dette brute était rendue à 151,4 milliards de dollars, ce qui équivalait à 49,9 % du PIB du Québec. Quel que soit le concept de dette utilisé (brute, directe ou nette), le Québec est de loin la province la plus endettée au Canada. Sauf la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve à 33 %, toutes les autres provinces ont une dette brute inférieure à 30 % du PIB. Si le Québec était à ce niveau de 30 %, la dette brute serait seulement de 90 milliards de dollars et le service de dette coûterait en proportion 2,5 milliards de moins pour l'année en cours. On ne pourra jamais avoir une fiscalité compétitive tant que ce problème existera.

 

L'accroissement de la dette durant la période 2009-2014 dépendra des déficits qui seront encourus, mais aussi du financement qui sera nécessaire pour la réalisation du Plan québécois des infrastructures dont le total des investissements sera de 41,8 milliards entre 2008 et 2013. En tenant compte de l'ensemble des besoins de fonds du gouvernement, le scénario financier prévoit une hausse de la dette brute de 8,9 milliards en 2009-2010 et de 9,9 milliards en 2010-2011. La dette atteindrait ainsi 170,2 milliards de dollars au 31 mars 2011. À ce rythme, elle pourrait atteindre entre 190 et 200 milliards de dollars au 31 mars 2014.

 

En plus d'augmenter la dette, le plan des infrastructures aura un impact sur les dépenses budgétaires. Dans l'Énoncé économique du 14 janvier 2009, il est indiqué que cet impact serait de 576 millions en 2009-2010, augmentant à 1,4 milliard en 2012-2013, montants qui devront être absorbés à l'intérieur des objectifs prévus de croissance des dépenses, ce qui pose un problème supplémentaire de 800 millions.

 

La sortie de crise

 

La recherche de solutions à la sortie de crise devrait tenir compte des constatations découlant du bref diagnostic que nous venons de faire, à savoir qu'il y a eu premièrement une sous-croissance évidente des revenus autonomes depuis 2006-2007. Deuxièmement, la réalisation du plan des infrastructures aura des conséquences budgétaires et financières qui dépassent l'impact de la récession. Il faut de plus souligner que la pratique de la réserve budgétaire n'a finalement servi qu'à camoufler une détérioration des finances gouvernementales depuis trois ans tandis que la mise en place du Fonds des générations a donné l'illusion que le problème de la dette à long terme allait être facilement réglé.

 

Avec les besoins de financement appréhendés, on fait donc face aujourd'hui à une vague d'endettement qui est démesurée quand on compare notre situation à celle des autres administrations publiques au Canada. En laissant les infrastructures se dégrader et en repoussant les investissements pour répondre aux besoins du secteur public, les gouvernements ont contourné l'esprit de la loi sur le déficit zéro qui était de contrôler la croissance de la dette.

 

Quant au Fonds des générations, il n'aura fallu que trois ans pour montrer qu'il pourrait ne pas tenir la route à long terme: non seulement ses revenus de placement risquent de ne pas être au rendez-vous, mais l'objectif lui-même de diminuer l'importance de la dette va fuir devant nous comme il l'a fait depuis 1999 alors que la dette brute était de 101 milliards et qu'elle vogue maintenant vers les 200 milliards.

 

En résumé, les mécanismes en place ne seront tout simplement pas suffisants pour répondre à l'ampleur du défi budgétaire auquel le Québec fait face. Maintenant que la loi sur le déficit zéro est suspendue, il faut saisir l'occasion pour faire le bilan de son application et compte tenu de l'évolution critique de la dette du Québec, il faudrait aussi réévaluer les avantages du Fonds des générations par rapport à d'autres options qui pourraient permettre d'avoir un impact direct et plus rapide sur l'endettement du gouvernement. La question qui se pose est la suivante: faut-il remplacer la loi sur le déficit zéro par une loi sur le contrôle de l'endettement? Voilà un beau mandat pour un comité d'étude spécial qui ferait rapport sur ces enjeux avant le prochain discours sur le budget.

 

 

juillet-août 2008

 

Charest tente de calmer le jeu

 

Pettigrew défend la nomination de Licari à Paris; Landry et Michaud la dénoncent

 

Antoine Robitaille

Édition du samedi 24 et du dimanche 25 décembre 2005

Le Devoir

 

Afin de calmer le jeu, le premier ministre Jean Charest a décidé d'intervenir hier au sujet de la nomination controversée de son ami Wilfrid-Guy Licari comme délégué général du Québec à Paris. En vain, semble-t-il, car cette nomination a continué d'alimenter le débat, suscitant des réactions de Pierre Pettigrew, Bernard Landry et Yves Michaud, entre autres.

 

 

«J'espère que la polémique va cesser», a dit au Devoir M. Charest, qui a refusé net ce que le chef du Parti québécois, André Boisclair, lui a réclamé jeudi sur les ondes de Radio-Canada, soit «de réviser sa décision».

 

«Ce n'est pas dans l'intérêt de la délégation [générale du Québec à Paris] que la polémique continue», a fait valoir le premier ministre. Il s'est du reste montré enchanté de l'intervention-surprise de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, sorti de sa réserve jeudi pour défendre la nomination de M. Licari à Paris.

 

Selon M. Charest, M. Bouchard a raison de souligner que M. Licari «a toujours été très respectueux des compétences québécoises [...] dans tout ce qu'il a entrepris; il fut un de ceux qui ont toujours été des alliés indéfectibles du Québec». Aussi, le parallèle que M. Bouchard a dressé entre le tollé qui avait suivi sa nomination et celui qu'a suscité celle de M. Licari est à ses yeux très juste : «Quand Lucien avait été nommé [à Paris], on lui avait reproché les mêmes choses qu'on reproche aujourd'hui à Wilfrid Licari, notamment le fait d'être un ami du chef du gouvernement, alors que Lucien, comme ambassadeur du Canada à Paris, a fait un excellent travail.»

 

M. Charest a insisté pour dire que M. Licari est «d'abord nommé pour ses compétences» et que cette nomination est «en droite ligne avec» ce qu'il veut «au niveau des affaires internationales», soit élargir la présence du Québec à l'étranger. Compte tenu de l'amitié entre les deux hommes, M. Licari «aura un canal privilégié» entre eux, a-t-il confirmé. «Mais ce ne sera pas pour autant un canal de détournement du ministère et des autres canaux», a nuancé M. Charest. Au fond, a-t-il fait valoir, «l'amitié n'est pas un substitut pour la compétence, et je n'aurais jamais osé nommer à ce poste une personne si je n'avais pas l'intime conviction qu'il en possédait».

 

 

Irrité par le caractère acerbe des critiques péquistes, M. Charest a insisté sur le fait qu'il a maintenu en poste Clément Duhaime jusqu'au mois dernier alors que celui-ci avait été nommé en 2000 à Paris par Lucien Bouchard. «J'ai toujours eu le plus grand respect pour Clément. Il est resté en poste après mon arrivée au pouvoir parce que c'est un professionnel» alors que tout le monde sait qu'il «n'est pas d'allégeance fédéraliste». Jean Charest a précisé ceci : «Je l'ai défendu avec beaucoup d'énergie à l'Organisation internationale de la francophonie [OIF] parce que c'est un pro, parce que c'est quelqu'un qui nous fait honneur.»

 

 

Selon M. Charest, savoir mettre de côté la partisanerie, comme M. Bouchard l'a fait jeudi et comme il l'a lui-même fait en maintenant M. Duhaime en poste, est essentiel à la valorisation des institutions : «Autant il est vrai qu'un premier ministre fédéraliste peut garder en poste une personne qui n'est pas d'allégeance fédéraliste parce que c'est un pro, autant l'inverse doit pouvoir être vrai aussi. Sinon, on diminue nos institutions.»

 

 

M. Charest a par ailleurs soutenu qu'il savait que M. Licari adhérait à la doctrine Gérin-Lajoie, combattue par le fédéral mais qui fonde la personnalité étrangère du Québec. «Il a été ambassadeur dans plusieurs pays francophones et au Vatican, où le Québec était au centre des échanges», a aussi fait valoir le premier ministre : «Il connaît très bien le Québec.»

 

De plus, il estime qu'à l'approche d'échéances importantes, notamment en 2008 (le 400e anniversaire de Québec ainsi que le 49e Congrès eucharistique international et le Sommet de la Francophonie, qui auront tous deux lieu dans la Vieille Capitale), M. Licari pourra être d'un apport crucial. Celui-ci a été ambassadeur au Vatican. Et il a été ambassadeur au Sénégal, où il s'est lié d'amitié avec Abou Diouf, aujourd'hui secrétaire général de l'OIF. Ce sont des réseaux qui pourront être mis à profit.

 

Pettigrew applaudit

 

Quant au ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, rejoint hier en pleine campagne électorale fédérale, il n'a eu que de bons mots pour M. Licari, dont il sera le patron jusqu'à la fin de février (M. Licari est en poste à Tunis). Il a salué cette nomination, y voyant une façon «d'enrichir la diplomatie québécoise». «Je connais Wilfrid depuis une trentaine d'années et je crois qu'il va faire un excellent délégué du Québec.» Au dire de M. Pettigrew, les critiques des anciens délégués et des péquistes à l'endroit de M. Licari montrent que «ces gens-là se choquent aussitôt que les choses sortent des chemins traditionnels».

 

M. Pettigrew a poursuivi : «Je trouve très bien que la diplomatie québécoise s'ouvre à un individu qui a une très large expérience, qui vient lui-même de l'étranger, qui s'est intégré au Québec. Voilà le genre de citoyen qu'on aime mettre au service du Québec. C'est très bien», a dit le ministre.

 

M. Pettigrew s'est dit nullement choqué par le fait que M. Licari l'a contredit jeudi, dans son entrevue au Devoir, au sujet de la doctrine Gérin-Lajoie, qu'il avait déclarée «périmée» au mois d'août. Il a prétendu avoir été mal cité à l'époque : «M. Licari a seulement contredit ce qu'on m'avait fait dire dans un point de presse.» Pourtant, les propos du ministre à l'époque ne faisaient aucun doute. Mais il a insisté : «Ce que j'ai dit [...], et c'est la seule chose qu'on avait retenue de ma position, c'est que je ne voyais pas la doctrine Gérin-Lajoie comme base de négociation sur autre chose que des ententes administratives, ce pour quoi elle avait été écrite en 1965.»

 

Transfuge et transfusion

 

Dans le camp péquiste, on ne désarmait pas hier. Un autre ex-premier ministre, Bernard Landry, a confirmé au Devoir qu'il préparait une réponse écrite à celui à qui il avait succédé, Lucien Bouchard, avec qui il dit «différer respectueusement d'opinion» au sujet de la nomination de M. Licari. Selon lui, l'ambassadeur a beau dire que la doctrine Gérin-Lajoie «coule dans ses veines», cela signifie «qu'il doit avoir eu des transfusions très récemment !», a-t-il raillé. M. Landry a insisté pour dire qu'il n'attaque pas l'homme, qui a été très courtois lorsqu'il l'a rencontré à l'étranger lorsqu'il était aux affaires. Il reste que M. Licari a eu à nier pendant plus de 30 ans que le Québec forme une nation. «Il a aussi eu à défendre devant les étrangers l'abjecte Loi sur la clarté», a déclaré M. Landry.

 

Michaud et l'olibrius

 

Ancien délégué du Québec à Paris, Yves Michaud allait dans le même sens hier. Se rappelant avoir rencontré M. Licari à plusieurs reprises, il a dit estimer que ce dernier «a toujours fonctionné selon le bréviaire des diplomates canadiens à l'étranger, qui ont tout fait et feront tout pour minimiser la personnalité internationale du Québec». Quant à la défense passionnée qu'en a faite Lucien Bouchard, M. Michaud a soutenu qu'elle est logique puisque, lorsqu'il a été ambassadeur à Paris, «il a tout fait [...] pour nous marginaliser et affaiblir la délégation du Québec en France». Aussi, dans les semaines qui ont suivi son arrivée au pouvoir à Québec, M. Bouchard «a démantelé presque la moitié du réseau des bureaux et délégations du Québec à l'étranger. Et Sylvain Simard [alors ministre des Relations internationales], cet olibrius, a avalé la couleuvre. Un vrai ministre aurait démissionné». En somme, a dit M. Michaud, «dans la position où est M. Bouchard actuellement, il eût mieux valu qu'il se tût».